Témoignage de Sophie : la violence psychologique insidieuse

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violence psychologique
Sophie est une femme d’une quarantaine d’années. Elle est expressive et dynamique, malgré l’épuisement auquel elle fait référence par moments, signe de la bataille juridique contre son ex-conjoint dans laquelle elle est engagée depuis quatre ans.

Quand elle raconte son histoire, elle raconte un parcours d’une quinzaine d’années de violences psychologiques, puis physiques, qui se sont infiltrées dans la relation très tôt et de manière insidieuse.

Elle exprime le soulagement d’être enfin sortie de l’emprise dans laquelle elle a vécu. Elle émet l’espoir de trouver un équilibre avec ses enfants qui — eux aussi victimes — souffrent de troubles post-traumatiques. Elle mentionne sans y croire le rêve un peu fou de partir s’installer un jour très loin de son ancien conjoint, pour reconstruire sa vie dans un cadre bienveillant.

 

Quitter la violence : un combat difficile

 

Sophie ne cache pas les difficultés qu’elle a rencontrées (et continue de rencontrer) au niveau légal et pénal, difficultés qui illustrent un véritable « parcours de la combattante », un scénario malheureusement trop fréquent dans les cas de violences psychologiques. En conséquence, elle confie ne plus croire en la justice et classer son rêve de vie sereine dans la case des « improbables ». Elle sent cependant ses forces internes se reconstituer et son envie de soutenir d’autres mères l’aide dans son cheminement personnel et professionnel.

Le témoignage de Sophie met en évidence que la victime ne veut pas toujours recevoir les messages de ses proches quand ceux-ci émettent des doutes en début de relation.

Elle fait remarquer que malgré différentes rencontres avec des thérapeutes au fil des ans, aucun d’eux ne lui ont exprimé clairement qu’elle était victime de violence conjugale, ni avertie du danger qu’elle et ses enfants courraient auprès de son conjoint.


D’autre part, une séparation de quelques mois au milieu de son mariage, et qui a abouti à une reprise de la vie conjugale, montre une fois de plus que les victimes ont besoin de beaucoup de soutien dans ces périodes

  • pour comprendre les mécanismes en jeu,
  • pour se défendre contre le harcèlement
  • et pour faire face à la solitude et les symptômes de « sevrage » qu’entraînent la séparation d’un pervers narcissique, de manière à se tenir à leur choix de quitter leur conjoint.

Les 3 points clés qui l’ont aidée :

 

  • avoir un emploi, et donc une (relative) indépendance financière,
  • le soutien de collègues, particulièrement d’une sage-femme qui s’est engagée en témoignant des marques de violence observées, et ceci malgré les représailles de l’ex-conjoint de Sophie (fausses accusations, tentatives d’intimidation au niveau professionnel), ainsi que celui de ses amis et sa famille,
  • le soutien d’une excellente victimologue, au sein de l’association « Parole de Femmes »

 

 

Les 3 victoires de Sophie:

 

  • le regard actuel de ses proches et collègues, qui lui renvoie l’image de la femme qu’elle est réellement : responsable, capable, empathique, déterminée,
  • la reconnexion avec ses parents,
  • la réalisation a posteriori du chemin qu’elle a déjà parcouru depuis la séparation et qui lui prouve qu’elle a eu raison de se battre

et je laisse lui laisse le soin d’exprimer sa plus grande motivation… à la fin de l’article 🙂

 

 

médecine et violenceSophie : la rencontre avec le prince charmant

 

C’est à la fac de médecine que Sophie rencontre M, un étudiant brillant et charismatique de 4 ans son aîné. Elle a alors 19 ans et est rapidement convaincue qu’elle a trouvé l’homme de sa vie. Avec le recul, elle remarque aujourd’hui que les premiers dénigrements datent du tout début de leur relation. Émerveillée par les compétences médicales de cet étudiant, elle accepte rapidement de croire qu’il est plus brillant et qu’elle n’aura jamais les mêmes capacités que lui.

Elle adopte dès le départ une position de retrait et le dénigrement de sa personne ne fera que s’installer de plus en plus profondément. Il érode sa confiance en elle ainsi que sa capacité de jugement. Son prince se fixe notamment sur le fait qu’elle « bouge la nuit » et le prive du sommeil dont « IL », le futur brillant médecin a besoin pour être performant dans son métier. C’est un outil dont il va se servir pendant toute la durée de leur mariage pour culpabiliser sa femme.

Un autre facteur déterminant dans leur parcours est la coupure avec la famille de Sophie. Celle-ci s’engage en effet à se convertir à la religion de son mari, une condition non-négociable s’ils souhaitent des enfants. Cette décision de la jeune femme provoque des conflits avec ses parents, conflits dont M se sert pour lui prouver que ses proches ne veulent pas son bien. Ainsi commence l’isolement, une technique décrite par de nombreux experts de la question (notamment dans ce livre).

 

Sophie se « piège elle-même »


Parce que M se jette dans de violentes colères quand il n’a pas raison, Sophie apprend à ne plus discuter pour éviter les conflits et à ce moment-là, dit-elle, se piège elle-même dans un engrenage qui va se détériorer.
Il tape les murs, lui inflige des douches froides « pour la calmer » et alors qu’elle vit une première grossesse compliquée, à une occasion, la menace de ne pas l’emmener aux urgences.

 

Alors qu’elle recherche du soutien à l’extérieur elle est confrontée à l’immobilisme des psychologues qu’elle rencontre (non-validation) ainsi qu’à la peur :

  • celle de ne pas être crue (puisque la position de son mari lui donne une respectabilité quasi inébranlable) et
  • celle de l’amplitude des conséquences au cas où elle serait crue (possibilité de détruire son mari professionnellement).

Elle se trouve donc face à un choix impossible.

 

Persuadée qu’elle ne vaut rien, elle ne parvient pas à identifier qu’elle est victime de violences. D’autant que la situation du couple peut être calme pendant des mois avant de se renflammer. À ce stade, elle subit aussi des violences physiques « cachées » (bleus sur le bras, cheveux tirés, etc.).

 

Une séparation avortée.

 

Alors qu’elle est mère de deux jeunes enfants, elle parvient à se séparer pendant cinq mois, avec une solution de garde alternée. Mais Sophie, isolée, est constamment harcelée par son mari, qui la tient réveillée des nuits entières. Elle souffre d’un grand sentiment de culpabilité à l’idée d’être responsable de l’effondrement de sa famille.

Alors elle revient auprès de son mari, pour une phase qui donne à un observateur extérieur le sentiment d’un réengagement : nouvelle grossesse, construction d’une maison.

Au cours des quelques années qui suivent son retour, Sophie continuera de subir les violences de son mari, violences dont les enfants sont parfois témoin. Elle sera notamment hospitalisée, elle rencontrera un psy qui lui annoncera « Madame, c’est d’un avocat  que vous avez besoin. », une remarque qu’elle confie ne pas avoir comprise à l’époque, tant elle est enferrée dans la dynamique toxique de son couple et persuadée par son mari –le médecin crédible et respecté- qu’elle est folle.

Mais petit à petit, se glisse en elle l’idée que si elle ne part pas, elle va mourir.

 

Enfants et violenceLe déclic

Lors d’un événement violent où son mari la cloue par terre en hurlant qu’il sait qu’elle est folle, Sophie, est prise du sentiment d’être « témoin d’une scène de film ». C’est le moment d’un déclic. Malheureusement, ce déclic est un déclic de mort : elle avale des médicaments devant son mari qui lui dit qu’il n’appellera pas de secours. C’est sa belle-sœur qui la trouvera 36 heures plus tard. Le constat s’impose alors à elle:

« Je ne suis pas morte, je veux vivre ».

 

Un mois plus tard, elle emménage avec ses enfants dans un appartement en location. Elle a porté plainte contre son mari.

Les procédures sont longues, lourdes et compliquées. Les erreurs fréquentes, les dossiers perdus, les délais non respectés : en quatre années, c’est une vraie torture juridique qui s’installe, mais Sophie ne baisse pas les bras.
Ni elle ni ses enfants ne sont soutenus par les pouvoirs publics qui jugent et proposent des solutions sans prendre en compte le facteur de violence de son histoire conjugale. Elle loue le soutien associatif, sans lequel elle aurait eu davantage de mal à se remettre sur pied.

Un combat devenu le moteur de la reconstruction

 

Sophie fait partie des personnes qui possèdent un très grand sens de l’empathie. C’est cette ouverture aux autres qui lui permet de trouver encore les ressources de se battre : pour ses enfants, pour elle, pour les inconnues qui se trouvent dans une situation similaire.

Elle dit « qu’elle est obligée de se battre, bien qu’elle ne croit plus en la justice ».

 

Elle ne se rend pas justice elle-même en ne tenant pas compte de tout le chemin qu’elle a déjà parcouru. Elle a réussi à trouver le ressort de quitter son agresseur. Par ce geste, elle a rendu une mère à ces enfants.

Tout en comprenant le découragement qu’elle ressent, je souhaiterais louer le fait qu’en prenant la décision de quitter son mari et en se battant, elle a réussi à soustraire ses enfants à l’influence néfaste de cet homme toxique pendant au moins 50% du temps.
Ce sont les actions et la détermination de Sophie qui ont apporté ce résultat.

 

Elle-même professionnelle dans le domaine médical, elle a commencé une formation universitaire sur les violences faites aux femmes, de manière à être plus à même de discerner les victimes et de les orienter. Elle suit aussi la formation de l’association SOS les mamans pour créer du soutien aux mères par l’intermédiaire de groupes de parole.

 

Sophie, en analysant sa propre histoire, a pu comprendre comment les mécanismes de la violence psychologique se sont installés très tôt. Cette compréhension lui a permis d’en dresser le bilan et de revenir sur certains événements : elle est de nouveau en relation avec ses parents qui lui sont d’un grand soutien.

 

Elle conclut :

« Se battre pour ne jamais regretter a été ma motivation. Mes enfants auront besoin un jour de mieux comprendre ce qui s’est joué. Leur montrer que leur maman a été battante et aura tout mis en œuvre pour les protéger (même si la justice n’a pas été à la hauteur) est important.”

Bravo Sophie pour votre courage et merci pour votre témoignage.

N’hésitez pas à partager l’article à toutes les personnes qu’il pourra inspirer!

 

Attribution des photos dans l’ordre: Spemone, Marco Ceschi, Pixabay et Fröken Fokus.

 

Publié le 15 oct

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Virginie Loÿ

Je m’appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d’une relation abusive ou violente.

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