Violence conjugale : 7 conseils pour éviter les vacances catastrophe

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Violence conjugale vacancesLa violence conjugale ne prend pas de vacances

 

Le mois d’août, arrive, et pour beaucoup d’entre nous les vacances commencent. On va pouvoir décompresser, on va pouvoir se reposer, on va même peut-être pouvoir remettre les pendules à l’heure dans son couple.

On aura le temps d’être ensemble, on aura le temps de parler, on aura le temps de se retrouver.
… Enfin, ça, c’est qu’on espère secrètement.
Depuis le temps qu’on attend d’être vue, entendue, respectée. Depuis le temps qu’on avale toutes les excuses de l’autre : il est stressé, il a beaucoup de travail, ou bien, c’est l’inverse, il nous reproche d’avoir trop de travail, de n’être jamais disponible…

Mais moi, j’aimerais bien que quelqu’un témoigne pour me dire QUAND les vacances ont effectivement amélioré la situation. Vraiment, sur le long terme ? Sans catastrophes post-vacances ni même de « blues de rentrée » ?

(Si vous faites partie de celles qui ont réussi à utiliser leurs vacances pour clarifier leur situation de couple, de celles qui ont réussi à sortir durablement d’une spirale destructrice grâce aux vacances, s’il vous plaît, témoignez dans les commentaires ci-dessous !)

À l’association où je travaille, nous savons très bien que toutes les fins de vacances nous apportent un sursaut d’appels. Tant d’espoirs déçus, tant de crises…
J’ai écrit cet article pour vous inciter et vous aider à vous préparer pour pouvoir profiter de VOS jours de congé.

 

7 conseils pour éviter les catastrophes en vacances

 

Pour les victimes de relations abusives ou de violence conjugale, les vacances n’ont souvent rien de reposant. On en attend beaucoup et comme après un tour de montagne russe, on en ressort nauséeuse et secouée, en train de chercher à retrouver notre équilibre.
Comment faire pour que nos vacances nous profitent aussi ?

1. Modérer ses attentes 

Dans la vie, nos déceptions sont en général à la hauteur de nos attentes.

Plus nous attendons qu’un objet ou une personne réponde à nos besoins, plus nous déléguons à cet objet ou à cette personne le pouvoir de nous satisfaire. Un peu comme si, en bateau, nous passions la barre à une tierce partie dans l’espoir qu’elle nous dirige là où nous voulons (la plupart des cas, sans avoir exprimé clairement notre but…)

Pour éviter d’être déçue, il faut absolument reprendre sa place au gouvernail !
Il est irréaliste d’attendre que l’autre change de cap et modifie son comportement de toute l’année, voire de toujours, juste parce que les vacances arrivent.
Nous, en revanche, nous avons le pouvoir de modifier nos attentes. D’une part, nous pouvons les modérer et surtout nous pouvons les préciser et les transformer en objectifs concrets.
Par exemple, au lieu de vaguement espérer que « tout aille mieux » pendant et après les vacances, nous pouvons réfléchir à ce que représente ce « tout » : quels sont les problèmes qu’il est envisageable d’aborder et comment le faire ?

 

2. Définir ses objectifs

Les vacances, même pour les victimes de violence conjugale, c’est fait pour se reposer. Donc, imaginer que nous allons nous servir de ce temps pour résoudre des conflits de couple, qui souvent existent depuis longtemps, c’est renoncer d’avance à un temps de repos dont on a pourtant énormément besoin.

Il peut donc être utile de réfléchir à l’avance quels sont les sujets que vous voulez vraiment aborder et combien de temps vous voulez y consacrer.

Rappelez-vous que vous êtes le maître à bord de votre barque et vous avez le droit de choisir de limiter l’usage de votre temps, en quantité aussi bien qu’en qualité (= ce que vous faites avec votre temps).
Ce n’est pas facile…, je vous l’accorde. Les auteurs de violence sont extrêmement doués pour nous culpabiliser soit d’avoir commencé à parler d’un certain sujet, soit de ne pas/plus vouloir en parler.

Conclusion :

Vu qu’aucune des deux attitudes ne sera la bonne, autant décider soi-même quelle est la meilleure solution pour soi. Choisir de parler des sujets que l’on veut, quand on le veut et pendant le temps que l’on veut. Ce qui veut aussi dire que l’on peut choisir de ne rien aborder du tout et se concentrer à profiter de ses vacances, en sachant que la situation au retour sera plus ou moins la même qu’au départ.

 

3.« Choisir son combat »

 Si toutefois, nous souhaitons utiliser une partie de notre temps pour aborder des problèmes que nous vivons, je pense que « choisir son combat » est une bonne idée. Quel est le principal souci que vous avez en tête ? La question qui vous turlupine jour et nuit ? Si vous ne deviez aborder qu’UN sujet, lequel choisiriez-vous ?

Auriez-vous envie de dire à votre partenaire que vous passez votre temps à vous demander « Est-ce normal ? ». Serait-il plus urgent de dire que vous voulez le quitter ? Ou que vous pensez que vos enfants souffrent ? Ou bien que vous ne supportez plus, ou ne croyez plus, aux pardons après un abus ? Ou d’une infidélité, un problème de violence physique, une addiction ?

Surtout, soyez réaliste… et à la limite, un peu pessimiste d’avance, comme je le suis moi-même. Votre compagnon peut refuser de parler ou au contraire décider de vous assommer non-stop avec toutes ses bonnes excuses et ses critiques. Ou il peut rapidement conclure qu’il ne veut pas se prendre la tête avec ça… pendant SES vacances.

 

4. Communiquer ses objectifs

Nous lisons régulièrement dans la presse qu’il est utile pour un couple de réserver du temps en tête-à-tête, pour se retrouver intimement ou pour renouer un dialogue qui s’est effiloché dans la routine. Est-ce que les vacances fourniront cet espace temps ?

Probablement pas, si vous ne le réservez pas tous les deux, en vous organisant à l’avance.

violence conjugale vacancesIl y a des châteaux de sable à faire, des enfants à surveiller au milieu des vagues, des voisins de camping avec lesquels faire griller des saucisses, des apéros familiaux suivis de repas qui n’en finissent plus avec Tatie Germaine, cousin Paul et ses cinq enfants. Il faut apprendre à faire du dériveur, parcourir 327 km à vélo et franchir 5 cols d’altitude, il faut se lever tard, traîner… en profiter, quoi !

Si vous décidez de consacrer un moment de vos vacances à tenter de résoudre un souci, ou au moins pour l’aborder : prévenez votre conjoint. Dites-lui à l’avance quelles sont vos intentions et comment vous voulez procéder. (Ça me ferait vraiment plaisir si nous pouvions laisser les enfants une après-midi à Tatie Adèle pour pouvoir parler de xzkm. C’est important pour moi, mais je n’ai pas non plus envie que nous passions toutes nos vacances à parler de ça, ou justement à éviter de parler de ça.)

Est-il utile de conclure que si votre conjoint refuse cette proposition de dialogue, et ne propose pas d’alternatives, les chances sont assez maigres que des changements surviennent, ni pendant les vacances ni après ?

 

5. Respirer et mettre sa tête dans le sable

C’est bien beau tout cela… me direz-vous, mais ma tête à moi, elle fonctionne non-stop ! Ce n’est pas parce que je réserve deux soirées de mes vacances à essayer de résoudre notre problème que je ne vais pas y penser du matin au soir.

Je suis tout à fait d’accord! Ce n’est pas facile d’arrêter de penser, même quand cela nous fait plus de mal que de bien. Quand on ne donne pas le contrôle de notre barque à notre conjoint, c’est nos pensées que nous mettons à la barre !

Arrêter de penser est une décision consciente que l’on doit prendre. De même qu’en méditant nous devons apprendre à laisser passer les pensées comme des nuages dans le ciel, nous avons le pouvoir de reporter ces questionnements jusqu’au bon moment, celui qui leur est destiné.

Si alors qu’elle est dans le bus pour rentrer chez elle, Jeanette, qui est infirmière au service pédiatrie, pense à un soin qu’elle doit donner à un petit patient le lendemain, elle n’y pense pas toute la soirée ni toute la nuit jusqu’au lendemain au moment où elle peut agir concrètement. Elle accepte sa pensée, et la déplace à l’espace temps approprié, puis se consacre à sa vie de l’instant présent.

Avec un peu de pratique, nous pouvons tous apprendre à faire cela. En commençant par respirer (3 profondes respirations). Ceci nous permet d’entrer dans un état de calme, dans lequel nous pouvons être actives au lieu d’être réactif, et de gérer nos pensées au lieu de nous laisser submerger par celles-ci.
Respirons donc, pour pouvoir nous dire : « Ok, je pense à mon couple, mais on en parlera demain soir. Là, je suis avec Théo en train de construire une tour de son château de sable. Le soleil tape sur mon dos, mon petit garçon tape sur son seau, pourquoi me gâcher ce moment ? »

Astuce

Comme vous l’avez remarqué si vous avez lu d’autres de mes articles, j’aime beaucoup les astuces visuelles. Si vous n’arrivez pas à vous débarrasser de vos pensées simplement en respirant et en reprenant le contrôle de votre navire, pourquoi ne pas faire comme ces gens que vous connaissez, qui se comportent en autruche ? (Il y en a forcément dans votre entourage… peut-être même très près de vous…)

éviter violence vacancesImaginez-vous vraiment « la tête dans le sable », refusant que toutes vos usantes cogitations s’installent dans votre tête !

Imaginez ce à quoi vous ressembleriez, ici, sur la plage, ou en forêt, ou bien au milieu du centre commercial, à quatre pattes, la tête dans le sol… Ça devrait au moins vous faire sourire et, je le souhaite, vous changer les idées !

 

6. Éviter le 24/7

Combien d’heures par jour passez-vous en temps normal avec votre compagnon ? Les jours de semaine ? Les week-ends ? Allez-y, calculez vraiment !

… Ok ! je vous donne un coup de main : il y a 168 heures dans une semaine, si vous dormez 6 heures par nuit (trop peu !), que vous ou votre conjoint travaillez 40 h par semaine avec transport, et que vous passez tout le reste du temps ensemble, il reste 86 h. Il y a de plus fortes chances que la réalité se situe aux alentours de cinquante-soixante. J’espère que vous dormez plus longtemps en vacances (8 heures ?), il vous reste alors 112 heures par semaine à passer au côté de votre conjoint. Soit le double.

Doubler le temps de présence et diminuer les conflits de moitié ??? Pour toutes celles pour qui ça marche, tant mieux !

Réfléchissez à l’avance, quelles plages horaires vous pourriez vous garantir pour vous ressourcer.

Si vous ne pouvez pas partir toute la journée jouer au golf, réfléchissez : est-ce qu’aller au supermarché en famille est vraiment une solution qui vous apporte plus qu’elle ne vous coûte ? (Oui, je sais, c’est énervant de faire ça toute seule même en vacances, mais si c’est le seul moyen d’être un peu tranquille ?) Et surtout, ne vous dites pas qu’être seule doit vous coûter de l’argent… Marcher le long de la plage, aider à la cuisine chez Tatie Adèle pour ne pas écouter une fois de plus des vantardises qui vous hérissent le poil, ouvrir un livre et faire semblant d’être absorbée par l’histoire, rester plantée devant la machine à laver du camping… Peu importe, si vous pouvez RESPIRER.

Osez revendiquer votre temps.
– Voyez des amis : « Vous, les hommes, vous pouvez aller acheter les saucisses… »,
– Faites “vraiment” quelque chose avec les enfants : « Pendant que tu lis ton bouquin, je vais construire un château avec Théo » – en plus ça fait bronzer de tous les côtés…,
– Aidez quelqu’un : « Je vais aider ta mère à faire ses confitures, sauf si toi, tu veux y aller… ».

Connaître — et reconnaître — ses limites, et les faire respecter, est un pas en avant dans la réappropriation de sa vie.

 

7. Éviter l’alcool

Les vacances sont le moment de se détendre et, pour les victimes de violence conjugale, comme pour tout le monde, souvent l’occasion de se laisser aller par rapport à la boisson.

éviter alcoolPas besoin de se lever tôt demain matin… pas besoin de sauter en voiture pour conduire Théo au foot… En plus, il fait si chaud, une petite bière par-ci, un petit pastis par-là… et les voisins de camping sont des sacrés fêtards !

Il n’est pas inhabituel que l’abus d’alcool soit présent dans les foyers rongés par les abus conjugaux… Ne tombons pas non plus dans les clichés, beaucoup de relations abusives se jouent sans l’aide de dopants (éthyliques ou autres), mais gardons cela à l’esprit.

Si vous vivez dans un environnement où on lève le coude facilement, pour toutes sortes d’occasions y compris les vacances, vous le savez déjà. Si vous savez que l’alcool vous apporte une détente et une légèreté dont vous semblez vraiment avoir besoin, si vous vous énervez quand vous avez pris un verre et avez plus tendance à jeter de l’huile sur le feu qu’á tourner le dos aux provocations et aller vous coucher. Si vous savez que la violence de votre conjoint peut devenir physique et que vous pouvez avoir besoin de jeter les enfants dans la voiture pour vous échapper :
ne soyez pas au-dessus de la limite légale d’alcoolémie !

Notre capacité à évaluer une situation et à prendre la bonne décision est un élément qui peut décider si une soirée est réussie (pour nous) ou se transforme en drame. Je ne dis évidemment pas que boire de l’alcool vous rend complice des violences ou d’abus dont vous êtes susceptibles d’être victimes : l’auteur en est seul responsable, quel que soient vos actions.

Le message que je souhaite véhiculer, est que nous prenons toujours de meilleures décisions (et suffisamment à temps) quand nous avons toutes nos facultés à notre disposition.
Et comme nous ne pouvons pas davantage contrôler le comportement de l’autre que sa consommation d’alcool, c’est sur nos propres actions que nous devons intervenir.

Faire le bilan à son retour de vacances

 

Et puis les vacances finissent. Ça passe vite finalement, deux ou trois semaines. Vous serez-vous reposée ? Aurez-vous remis les pendules à l’heure ? Serez-vous sur le même petit nuage que l’année dernière, où tout allait bien au retour et tout s’est écroulé 15 jours après ? Ou bien, serez-vous éreintée, trop contente que le boulot reprenne pour pouvoir « récupérer » ?

Et ainsi, nous repartons, tête dans le guidon, à attendre les prochaines vacances en se disant que peut-être, alors, il fera moins chaud, on aura moins de programmes, je serai moins stressée, on aura plus d’argent… peut-être un jour, ça ira mieux… et c’est comme ça que nous rempilons pour un autre « round ». (Oups, mot mal choisi, tant pis, je le laisse, c’est le premier qui m’est venu à l’esprit.)

Ah, mais NON, CE N’EST PAS COMME L’ANNÉE DERNIÈRE !
Parce que cette année, vous aviez décidé de vos objectifs (plus haut). Et donc, vous pouvez faire un bilan.
Avez-vous réussi à parler de vos soucis ? À aborder les sujets qui vous tracassent ? Et si oui, avez-vous avez eu le sentiment d’être écoutée ET entendue ? Avez-vous pris ensemble des décisions concrètes pour gérer ces sources de conflit dans le futur ?
Ou bien :
Rentrez-vous avec un constat d’échec ? Avec le sentiment qu’il n’y a pas de place pour vous dans votre couple ?

Si c’est le cas, faites-vous un cadeau pour vous féliciter d’avoir au moins essayé : ne glissez pas ces vacances sous le tapis… Vous savez, celui sous lequel tous les problèmes non résolus forment une énorme bosse, que vous avez de plus en plus de mal à escalader ?

NON.

Cette année, parlez à quelqu’un (et si ce n’est pas un professionnel, gardez à l’esprit que cette personne ne saura peut-être pas vous conseiller, ou pire vous dira peut-être que vous vous faites des idées pour rien, ce qui n’est pas le cas), appelez votre association, allez voir votre médecin, continuez à lire ce blog, lisez les informations des sites institutionnels.

Ça ne vous engage à rien. Seulement à être mieux préparée, et mieux informée.

Et à mieux faire votre rentrée.

J’aimerais bien que mon article ne serve à personne, mais comme je serai fidèle derrière mon téléphone au retour des vacances, comme chaque année, je sais que ce sera comme les rentrées précédentes : beaucoup d’appels, beaucoup de tchats, beaucoup de détresse et de problèmes non résolus, d’abus et de violence : mais justement, c’est pour vous que nous sommes là !

Alors, bonnes vacances ! Pensez à VOUS. Faites-les nous partager un peu dans les commentaires ci-dessous, merci !

publié le 27 juillet

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Virginie Loÿ

Je m’appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d’une relation abusive ou violente.

One thought on “Violence conjugale : 7 conseils pour éviter les vacances catastrophe”

  1. Bonjour
    Je découvre ton blog via la séance de coaching d’olivier
    J’ai un blog dans mon domaine d’expertise (le droit) sur leque tu pourrais rédiger un article invité si le coeur t’en dit !
    Bonne fin de journée.
    Chrystèle

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