Témoignage de violence conjugale : Ingrid, un an de réflexion

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Témoignage de violence conjugale d'Ingrid: un an de réflexionTémoignage de violence conjugale : je te propose de découvrir aujourd’hui comment Ingrid, dénigrée, insultée, rabaissée, a repris le contrôle de sa vie. J’en profite pour rappeler pourquoi je publie sur le blog des témoignages de victimes de violence au sein du couple. Ce sont des articles qui sont beaucoup lus. Pourquoi ? Parce qu’arrive toujours un moment où nous éprouvons le besoin de comprendre ce que nous vivons. Que nous soyons victime de violences psychologiques, de violence physique ou autre, réaliser que d’autres ont vécu des expériences tout aussi uniques, mais similaires, nous permet la prise de conscience qui engendre le déclic. Et, plus important encore, savoir que ces femmes ont réussi à s’en sortir, qu’elles ont quitté leur compagnon, qu’elles ont engagé un processus de résilience est, pour certaines, la lueur au bout du tunnel. Celle à laquelle on s’accroche et qui nous donne, en premier, l’espoir, et ensuite, l’audace de faire des changements.

Ce sont les témoignages de violence conjugale qui nous font comprendre, à l’instar des victimes qui nous ont précédées, que l’autre ne changera pas. Et que : « Non ! Ce n’est pas normal ». Le changement vient de nous. Et quand nous nous lançons, plus rien ne nous arrête. Nous avons le pouvoir de transcender la violence subie et ce passage de notre vie. Ce n’est pas facile. Il n’y a pas une manière unique d’avancer. Autant de femmes, autant de parcours différents. Mais une volonté commune : « Plus jamais ça. »

 

Le témoignage de violence conjugale d’Ingrid

 

Je publie l’histoire d’Ingrid comme un témoignage de violence domestique, parce qu’il ne s’agit ni d’une relation ni d’une rupture « normale », de ces ruptures où l’on se quitte parce qu’on ne s’entend pas très bien. La dévalorisation et le manque de respect ne sont pas les marques de relations équilibrées. (Je rappelle que les conflits font partie des relations humaines normales, dans la mesure où les deux parties se considèrent comme égales et recherchent ensemble la résolution du problème). Dans son cas, l’acte dramatique, le moment pivot, a généré plus de peur que de mal, confie Ingrid. Mais justement, la peur n’est pas une composante des relations saines.

 

Ingrid part avec son bébé sous le bras

 

Ingrid, 33 ans, est maman d’un petit garçon de deux ans et demi. Le 24 septembre dernier, elle a pris la décision de quitter le papa de son fils et d’aller se reconstruire ailleurs. Ça faisait plus d’un an qu’elle se posait sérieusement la question. Il lui a fallu du temps pour trouver le courage de le faire. En regardant le parcours qu’elle a eu ces 3 dernières années, elle se dit que, finalement, elle en a bavé. Pas autant que certaines, plus que d’autres, qu’importe, elle est contente d’être là. Et parce que son histoire peut en aider d’autres, qui s’interrogent encore, elle a décidé de la partager avec nous.

J’ai rencontré Ingrid par notre groupe Facebook privé, dans lequel nous nous retrouvons pour partager et nous soutenir mutuellement. Le récit ci-après est basé sur le billet à l’origine de notre rencontre.

 

Les 3 points qui l’ont aidée

 

  • son âme « rebelle ». Ingrid se définit comme une personnalité forte, qui se bat pour ses convictions et ce qu’elle croit juste et important.
  • sa maman, qui a su l’écouter et à laquelle elle a pu confier ses ressentis sans avoir peur d’être jugée
  • sa meilleure amie qui a su la conseiller tout en restant neutre

Les 3 victoires d’Ingrid

 

  • J’ai appris que j’étais une « battante », que je suis capable de surmonter des choses qui ne sont pas évidentes, ou même, qui me paraissent impossibles
  • Je sais désormais que je peux compter sur les autres
  • J’ai compris qu’il ne faut pas tout accepter au nom de l’amour et ne jamais s’oublier dans la relation.

Les signes précoces

 

L’année dernière, Ingrid a mis terme à une relation qui a duré environ 3 ans. Aujourd’hui, elle voit — a posteriori — les signes précoces du manque de respect, de la domination implicite de son compagnon, de l’écart entre leurs valeurs. À l’époque, elle était amoureuse, elle ne les a pas vus.

Lecture vs vidéos

Tôt dans la relation, par exemple, le compagnon d’Ingrid visionnait des vidéos sur son téléphone dans le lit à côté d’elle. Comme elle a besoin de lire tous les soirs pour pouvoir s’endormir sereinement, elle lui demandait de mettre ses écouteurs pour un peu de calme. Elle avait alors droit à de gros soupirs lourds de sens, ou à des réponses chargées d’humeur.

Cette anecdote rappelle le témoignage de Sophie, victime de violence psychologique et physique, que son mari avait culpabilisée dès le début de la relation « parce qu’elle bougeait ses pieds dans son sommeil… » Se sépare-t-on, quand on est amoureuse, pour si peu ?

Ingrid reconnaît que son compagnon et elle avaient des habitudes totalement différentes en ce qui concerne l’alcool. Lui vient d’une famille où il est considéré normal de boire une bière « pour se détendre » en rentrant le soir et d’arroser chaque repas d’un verre de vin. Elle ne trempe ses lèvres qu’occasionnellement et déteste toutes les manifestations d’abus d’alcool.

 

La grossesse

Après la première année, ensemble, dans le sud de la France, le couple avait décidé de se réinstaller dans leur Normandie (?) d’origine. Ils avaient aussi choisi ensemble de faire un bébé. C’est au moment de la grossesse que les signes de déséquilibre et de toxicité de la relation se sont manifestés.

Malheureusement, comme les statistiques le prouvent et comme je l’ai moi-même vécu, la grossesse est un catalyseur de violence. Dans un premier temps, le futur père se montrait très intéressé d’en savoir plus sur la maternité. Cependant, après la première rencontre de préparation à la naissance, il choisit de se désinvestir totalement de cet accompagnement et de s’impliquer corps et âme dans son nouvel emploi. Dès lors, Ingrid se sent abandonnée, seule à vivre cette grossesse pourtant planifiée et souhaitée à deux. Elle se sent débordée d’émotions contradictoires et victime du discours moralisateur et rabaissant de son compagnon.

 

La prise de conscience : une bière de trop

 

Et puis un jour, Ingrid a eu peur. Peur pour sa vie. La petite bière en rentrant du boulot le soir s’était transformée en plusieurs bières en jouant à des jeux vidéo, sans porter la moindre attention à sa compagne, la laissant seule avec leur bébé, ou son désespoir.

Alors qu’elle en parlait à sa meilleure amie en privé sur Messenger, son compagnon est arrivé derrière son dos et a lu ce qu’elle écrivait. Il s’est senti attaqué. Il est devenu condescendant, agressif, bafouillait à cause de l’alcool, chose qu’elle déteste par-dessus tout. Le ton est monté et il a poussé Ingrid. C’était la première fois qu’il levait la main sur elle et qu’ils se disputaient si violemment. Elle est tombée sur le canapé. Plus de peur que de mal, dit-elle. Par chance. Car le radiateur en fonte était juste derrière elle.

C’était un an avant leur séparation. Il y a eu d’autres disputes. D’autres accrochages, sans pour autant aller si loin. Mais quelque chose était cassé. Ingrid avait alors ouvert les yeux sur sa vie, sur cette relation dont elle ne voulait plus, sur cet avenir qui l’effrayait. Un an à supporter d’être considérée comme une folle, dépressive, qui « a un problème », qui « doit se faire soigner », etc. Et surtout, elle ne voulait plus imposer leurs éclats de voix et leurs insultes à leur fils.

Ingrid constate que si la séparation était difficile pour elle, elle l’était aussi pour son ex qui pensait qu’elle resterait. Probablement, parce qu’avec un bébé et sans emploi, elle se trouvait dans une situation précaire. Pour elle, ça a été la décision la plus facile à appliquer… une fois prise.

 

Témoignage de violences conjugales: dénigrement et alcool
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Le départ

 

Depuis plusieurs années, Ingrid avait un projet agricole en tête, qu’elle essayait de concrétiser. Mais entendre constamment que son projet ne tenait pas la route, que c’était un métier difficile, qu’elle n’y arriverait pas, ça n’aide pas. C’est un projet reporté pour l’instant.

Lorsqu’elle est partie, elle n’avait pas d’emploi, et un bébé sous le bras. Sa maman l’a accueillie le temps qu’elle se retourne. Depuis elle a monté son entreprise et crée des accessoires en couture et des figurines en Fimo. Et depuis quelques semaines, elle a trouvé un emploi salarié.

Aujourd’hui, Ingrid va bien. Elle a pu retrouver des moments pour avancer dans l’écriture d’un roman de fiction, publier une nouvelle, et lire, lire, lire (choses que son ex ne lui permettait pas de faire, ou alors en la culpabilisant) !!! Elle l’appelle quotidiennement pour que leur fils puisse parler à son père. Lui ne comprend toujours pas la toxicité ni la gravité des mécanismes en jeu dans leur relation. Ingrid a su retrouver son équilibre grâce à sa mère, ses amis, son fils et sa tranquillité.

 

Le mot de la fin

Je laisse à Ingrid le soin de conclure :

« J’ai l’immense fierté (c’est ce que je dis aujourd’hui, mais il m’a fallu encore du temps pour cela), d’être une femme créative. Je suis curieuse de tout, indépendante et courageuse.

En regardant le chemin parcouru, je sais que je me suis montrée forte, que je me suis battue pour mes convictions, pour un meilleur quotidien pour moi, pour mon fils. Je sais que je suis courageuse, une battante, une guerrière. Aujourd’hui, je suis libre d’être qui je suis vraiment, sans fard, sans effort. Je le devais bien au moins à mon fils. »

 

Si toi aussi tu veux contribuer au blog en apportant ton témoignage de violence conjugale, s’il te plaît, prends contact avec moi ici. Tu es libre de choisir le degré d’anonymat qui te convient.

 

Attribution des photos, MontyLov, Daiga Ellaby (modifiées)

Publié le 15 août

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Virginie Loÿ
Je m'appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d'une relation abusive ou violente.

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