Témoignage de Lina: j’ai subi la violence conjugale, mais je ne suis plus une victime

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violence conjugaleQuand vous rencontrez Lina, vous n’avez aucun doute : Lina est absolument et résolument elle-même.
Elle, victime de violence conjugale? Vous en douteriez presque. Elle se délecte de s’être retrouvée : son regard pétille, son rire chante et sa voix assène des vérités sans détour. Et tant mieux ! Une chose est sûre, c’est qu’elle n’est pas une femme qui se cherche, et elle nous apporte son témoignage de la violence conjugale dont elle a été victime pendant 15 ans… mais elle n’est plus cette femme-là. Et pourtant, cela fait moins d’un an qu’elle a pris ses 4 enfants sous le bras et qu’elle a quitté son conjoint… mais une chose est sûre, cette page de vie est définitivement tournée. C’est à la fois surprenant et merveilleux !

Surprenant, car rares sont les cas où une femme qui a quitté un conjoint violent depuis si peu de temps est aussi énergique, aussi lucide sur son passé, et autant orientée sur son présent et son futur. Merveilleux, car elle montre par son exemple que la reconstruction après les violences conjugales n’est pas une question de temps, mais surtout un cheminement intérieur. Et c’est merveilleux aussi, car cela veut dire que se reconstruire ne dépend pas de facteurs extérieurs. Cela ne dépend pas de décisions judiciaires, de partages de biens, du changement d’attitude de l’agresseur, ou d’autres facteurs extérieurs. Mais bien du fond de soi. De sa propre volonté. De son travail personnel. Et donc à la portée de chacune. Et ça, c’est une vraiment une bonne chose !

 

victime de violence conjugaleI. Lina n’est plus la victime
de violence conjugale d’autrefois

 

D’ailleurs, à aucun moment de notre entretien, Lina n’a spontanément parlé de sa situation légale par rapport à l’homme qu’elle a quitté, ni du détail des violences qu’elle avait subies, ni de ses tentatives de suicide.
Elle n’éprouve aucun besoin ni désir d’enfiler le manteau de la victime.
Elle l’a quitté, et c’est pour de bon.

Car ça, pour elle, on le sent, c’était l’ancienne Lina, « une sorte de zombie, qui prenait la poussière » (c’est ainsi qu’elle décrit la femme qu’elle était!). Tout ça, ce n’est pas la vraie Lina, celle qu’elle est maintenant. Mais Lina ne se dissocie pas de son histoire. Elle a répondu à toutes mes questions sans ambages, appelant un chat, un chat, ou plutôt un coup, un coup… C’est ce qui m’a incité à partager son témoignage ici. Elle a accepté mon invitation sans hésiter et à visage découvert, car elle a choisi de ne plus avoir peur.

Elle veut marcher la tête haute, assumer ses actes et ses paroles, faire de son bonheur le cauchemar de son ancien compagnon et surtout une source d’inspiration pour d’autres femmes, qui peut-être, hésitent encore.

 

1- Les 3 points clés qui l’ont aidée :

 

  • les deux-trois amies qui lui restaient, et toute sa famille, qu’elle a retrouvée après voir quitté son conjoint
  • lire, lire, lire et lire, pour comprendre les mécanismes de la violence qu’elle avait vécue
  • le soutien d’une psychologue qu’elle a contactée dès son départ

2- Les 3 victoires de Lina:

 

  • les retrouvailles avec toutes les personnes qu’elle aime
  • la reconnexion avec elle-même : une femme joyeuse, qui prend soin d’elle, qui sourit et croque la vie à pleines dents
  • le sentiment d’une grande force et que rien ne lui est désormais impossible

et je laisse lui laisse le soin d’exprimer sa plus grande motivation… à la fin de l’article 🙂

 

II. Pour Lina, la violence conjugale

commence dès le mariage

 

Retour 15 ans en arrière :
Lina a 20 ans. Et elle est seule avec sa petite fille de 2 ans. Son premier amour, celui de ses 16 ans, les a abandonnées.  Alors Lina fait la fête. Elle est paumée. Elle est mal dans sa peau. Elle sort et s’amuse. Un soir, cet homme l’accoste. Une fois, deux fois. Puis la semaine suivante. Il est beau, il est sportif, il est rassurant, il lui dit des belles choses. C’est un prince charmant, il va les sauver de la misère, elle et sa fille. Au bout de 6 mois, il la demande en mariage et elle accepte.

 

Et voilà.
J’ai tout dit du bonheur conjugal de Lina.

 

Car dès le mariage célébré, l’homme se transforme. Ce changement, elle le vit, elle le sent, elle le sait. Elle est devenue une possession. Sa possession. Il se met à poser des limites à ses sorties. Il la dénigre et en même temps, il sélectionne ses amies qui, selon lui, ne sont pas assez bien pour elles. Il lui dit qu’elle est une moins que rien et elle se dit que c’est vrai, après tout,elle était une mère célibataire incapable de se débrouiller. Il l’empêche de voir sa mère et juge toutes ses connaissances et ses activités…

Et vous pensez qu’elle se laisse faire, Lina ? Non, pas du tout. Lina se rebelle, elle résiste. Alors la violence physique fait son apparition.

 

III. La violence physique
en réponse à la résistance de Lina

 

C’est parce que Lina essaie de résister à cette aliénation que les coups tombe. Quelques mois à peine après son mariage, elle se précipite chez sa mère avec un œil au beurre noir. Sa mère appelle la police. Lina passe un mois dans un foyer pour femmes victimes de violence conjugale.
Mais son prince lui manque… et de son côté à lui, les tête-à-tête avec la police l’ont bien calmé. Alors elle y croit. Comment ne pas y croire quand on vient tout juste de se marier ?

Elle tombe enceinte. Elle accouche d’une fille, son mari est furieux, il voulait un garçon et elle l’humilie. Elle est une moins que rien, ne sait faire que des filles. Il se détourne d’elle. Seul l’enfant l’intéresse désormais, elle ne reçoit plus d’amour, plus de compassion. Quelques mois après, elle est de nouveau enceinte et par chance, c’est un garçon. Un petit prince. Mais elle, elle ne vaut rien.
Il se moque d’elle, il a maintenant bien trouvé les failles de Lina et les utilise pour la blesser. Dès qu’elle se met à résister, la violence physique revient. Coups et blessures. Coups et blessures. Coups et blessures.

 

Le bébé à 18 mois quand Lina s’enfuit chez ses parents, où elle reste un moisMais son mari la poursuit là-bas. Les menaces pleuvent : « Il va la tuer, il va tuer ses parents… ». C’est un harcèlement constant et, pour la jeune maman, une situation de rabaissement et d’humiliation extrême. Elle se considère comme un risque pour ses proches et regagne le domicile conjugal. De violence conjugale en dépression.

 

Après 15 ans de violences conjugale, Lina n'est plus une victime, mais une femme forte et heureuse.
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IV. Et soudain, l’éveil

 

1- La dépression

 

À partir de ce retour au domicile, c’est la chute libre dans la dépressionLina ne voit plus personne, elle vit derrière une porte fermée.
Il a trié toutes ses amies et en a mis quelques-uns des siens à la place. Elle est « kidnappée ». Elle prend des médicaments, fait des tentatives de suicide. Il commence à s’en prendre aux enfants, à les abuser verbalement. Elle n’est qu’une « grosse vache », et ses filles aussi sont grosses.

Les années passent dans le flou, dans un brouillard médicamenteuxElle arrête la pilule à cause des antidépresseurs prescrits contre les tentatives de suicide.  Elle tombe enceinte. Une petite fille naît, différente.
C’est sa faute, elle ne sait rien faire correctement.

Les enfants ont 16, 12, 11 et 5 ans. Lina commence à avoir du mal à accepter le comportement de plus en plus toxique de son mari avec eux. Une sourde contrariété germe au coeur de Lina.

 

2- Un matin devant le miroir…

 

C’est dans ce contexte toxique et confus que Lina apprend, un jour, l’existence des maîtresses de son mari. Un coin de voile se lève et elle commence à le voir différemment. Et un matin, quand elle se lève, elle se regarde dans le miroir et tout est clair :

 

« Tu ne mérites pas ça. »

 

C’est la dernière période de crise. Lina se met de nouveau à résister. Elle commence à répondre à son mari. Elle prend contact avec les maîtresses. Elle apprendra plus tard que certaines de ses connaissances se sont éloignées à cause des avances de son mari. Les coups reviennent. Mais ce qui choque le plus Lina, c’est de découvrir le visage réel de son mari.

 

« Aucune compassion dans son regard.
J’ai vu qu’il se nourrissait de ma peine et de ma souffrance.

Le voile s’est tout à coup déchiré.
J’ai vu le vrai visage de mon mari, j’ai vu le monstre.
Ça m’a mis comme une grande claque. »

 

Dans un ultime assaut, porté devant la mère et les enfants de Lina, il tente de l’étranglerElle regrette que ses enfants aient assisté à cette scène et l’aient vue avec sa minerve à l’hôpital. Mais c’est la fin.

Une amie la recueille, et l’héberge avec ses quatre enfants pendant sept mois. (J’en profite pour louer le bon cœur de cette admirable personne <3)

 

V. De la violence conjugale à « la niaque »

 

« Merde, dit-elle. J’ai repris ma vie en main.
J’ai retrouvé ma volonté. 
Partir était mon plus beau choix. »

 

Beaucoup de larmes sont versées avec cette amie pendant ces sept mois.Cette femme l’écoute, la réconforte, essuie ses larmes et la borde dans son lit.

Lina cependant comprend immédiatement qu’elle a aussi besoin d’un soutien professionnel et elle contacte immédiatement une psychologue, qui la suit encore actuellement. La jeune femme fait diligemment les exercices que cette thérapeute lui donne : elle veut s’approprier les outils, elle veut se reconstruire.

« C’est un travail en cours, dit-elle, que je veux poursuivre. »

 

La semaine de notre entretien, la psychologue lui a demandé de s’écrire une lettre pour se pardonner. Lina va l’écrire pour la séance suivante.
Ses amis se sont rapprochés d’elle. Elle a retrouvé son frère et sa sœur, elle est souvent invitée, ils font des choses ensemble.

 

témoignage violence conjugale« En fait, je n’étais pas seule.
Personne ne m’avait abandonnée, ils étaient tous là, pour moi.
C’était lui qui m’avait fait croire que j’étais seule. »

« Je suis devenue très forte.

Je peux lui faire face au tribunal et ne montrer aucune émotion.
J’assume mes paroles.
Tout ce que j’ai dit sur lui, je l’assume.
Il est déstabilisé par mon attaque, son image d’homme respectable tombe.

Il ne supporte pas de voir ce que je deviens : je ne suis plus celle qu’il a kidnappée.
Je prends soin de mes tenues, je souris.
Il se rend compte qu’il a perdu le contrôle.

Il connaît mon point faible, les enfants,
et je sais qu’il fera tout pour achever sa destruction,
parce que j’ai eu l’audace de partir.
Mais je suis forte, maintenant. »

 

« Il a été mon cauchemar pendant 15 ans, maintenant c’est moi son cauchemar. »

 

 

« Aujourd’hui, j’ai eu le courage de me remettre en question.
Je me fous du matériel. Après le tribunal, je vais le zapper de ma vie.

Je ne veux plus rien faire à contrecœur.
Je m’affirme, je dis ce que je dois dire, même si cela ne plaît pas toujours.

 

Et elle conclut que le plus important pour elle désormais, est le sourire qu’elle a retrouvé et le bonheur de ses enfants:

 

« Waouw !

C’est fou, je me rends compte que j’étais capable
d’être la femme que je suis aujourd’hui !
J’ai la niaque ! »

 

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Attribution photos : Shabu Anower pour la couverture, et Lina pour l’article

 

Publié le 27 janvier

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Virginie Loÿ
Je m'appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d'une relation abusive ou violente.

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