Témoignage de Jennifer : échec, violence et résilience

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échecQuand on rencontre Jennifer pour la première fois, « l’échec » n’est pas la première idée que l’on a…
À l’écouter parler d’entrepreneuriat, de stratégie marketing ou bien du Cercle des Audacieuses qu’elle a fondé, la première pensée qui m’a sauté à l’esprit fut : « Quoi ? Elle aussi ? Mais c’est fou, c’est vraiment partout la violence contre les femmes… » 

Car ce n’est pas dans le contexte du sujet de ce blog que nos chemins se sont croisés, mais au cours d’un échange entre femmes entrepreneuses.
Eh oui, malheureusement, où que je sois, que l’environnement soit réel ou virtuel, quand je parle de mon blog, je reçois des confidences ou des messages :
« Moi aussi, j’ai été victime. Merci pour ce que vous faites. »

C’est triste que ce blog s’adresse à tant de femmes, et en même temps, ces messages me confortent sur sa raison d’exister.


C’est donc par l’entrepreneuriat que j’ai rencontré Jennifer, 29 ans, diplômée de communication des organisations. Jennifer est une jeune femme expansive et pleine de joie, maman d’une petite fille d’un an et consultante en free-lance. Pas une femme en échec… Et pourtant…

Jennifer fait partie des femmes qui ont quasiment vécu leur renaissance psychologique avant leur séparation. Ses formalités de divorce ne sont pas terminées, sa situation financière n’est pas encore équilibrée. Cependant, la solitude générée par l’abandon progressif de son mari durant sa grossesse lui a permis une sérieuse confrontation avec elle-même et une remise à plat de ses objectifs de vie.

Aujourd’hui, elle s’intéresse à la notion d’échec.
L’échec, qu’est-ce que c’est ?
Est-il dans nos yeux ou dans le regard des autres ?
Comment s’appuyer sur ses propres échecs pour se développer et s’épanouir ?

 

Mais ça, ce sont les questions que se pose la Jennifer d’aujourd’hui.

Celle qui a survécu à une relation de couple abusive, celle qui a surmonté l’isolement dans lequel elle s’est retrouvée durant sa grossesse et la naissance de sa fille, celle qui a dominé ses échecs pour devenir la personne qu’elle est désormais.

 

 

Les 3 points clés qui l’ont aidée :

  • les gens qu’elle a rencontrés et qui l’ont soutenue, notamment les membres de sa paroisse
  • sa foi qui l’a guidée et lui a donné la conviction que les choses allaient forcément s’arranger,
  • les services publics (la reconnaissance de la gravité des actes par le policier rencontré, l’aide de la CAF et de l’assistance sociale)

Les 3 victoires de Jennifer :

  • la solitude intense, qui lui a fait prendre conscience de sa réelle valeur et de sa force intérieure
  • la reconnexion avec sa famille,
  • la conviction que le changement passe, entre autres, par des échecs ; échecs dont elle peut apprendre et sur lesquels elle peut étayer son développement et son épanouissement.

et je laisse lui laisse le soin d’exprimer sa plus grande motivation… à la fin de l’article 🙂

 

 

Quand commence la violence contre les femmes ?

 

C’est la question que je me pose quand j’écoute le témoignage de Jennifer.
Commence-t-elle dans l’enfance quand on ne donne pas les ressources à un enfant pour se construire correctement ?
Commence-t-elle dans ces histoires de « prince charmant » qu’on nous rabâche dans les dessins animés, puis les films à la « Pretty Woman » ?
Commence-t-elle dans ces stéréotypes de la société, qui attendent qu’un homme soit dans une fonction — et à un salaire — plus élevés que sa femme ?

 

Ces questions sont d’actualité, et si je les pose ici, c’est qu’elles ont toutes joué leur part dans la vie de Jennifer.
Elle raconte une relation commencée jeune, et selon elle, trop tôt et pour les mauvaises raisons, mais qui a cependant duré 11 ans. Une relation dans laquelle elle a très tôt accepté le dénigrement et qui s’achève en échec : violence physique, accusations mensongères de son conjoint auprès des services publics (procureur), qui ont envoyé la brigade de protection des mineurs, fuite avec un bébé sous le bras et découverte de la double vie de son mari.

 

Jennifer dit qu’elle a rencontré son compagnon au lycée et a vu en lui un « sauveur ».
Elle manquait de confiance en elle et se sentait étouffée par sa famille. Elle avait un profond besoin de mettre de la distance entre elle et eux. De son côté, son futur mari appréciait l’éclat qu’elle apportait à sa vie : elle avait fait de solides études et était pétillante de vitalité. Le contraire de lui, qui n’avait pas eu la chance de faire d’études et était d’un tempérament réservé.

Mais cette brillance, qui le séduit au début, se transforma petit à petit en menace et devint la source de ses reproches. Attentionné et romantique aux yeux des autres, il est intelligent, stratège et — elle s’en rend compte au fil du temps… — manipulateur.

 

« Mon ex était complexé par le fait qu’il n’ait pas suivi d’études supérieures, dit-elle. Il s’est mis à rabaisser mon intellect, alors j’essayais de l’encourager en ne me mettant pas en avant. Petit à petit, j’ai bridé ma personnalité pour me conformer à ses souhaits d’avoir une femme plus “ calme ”.

J’avais coupé les ponts avec ma famille, et de son côté, il avait réussi à éclipser mes amies les plus proches. J’ai commencé à ne me voir qu’au travers de ses yeux à lui : je ne me sentais pas belle, je ne me sentais pas intelligente non plus. Assez idiote, en fait. J’éprouvais un grand besoin de lui plaire, car il me “ sauvait ” de ma famille et de moi-même. »

 

D’ailleurs, en parallèle, Jennifer avait été « adoptée » par sa belle-famille, dont la trahison, plus tard, sera un échec supplémentaire et une double épreuve à surmonter. En 2014, l’entreprise pour laquelle la jeune femme travaille lui propose un poste à Londres. Comme sa carrière est plus florissante que celle de son compagnon, ils partent s’y installer et se marient juste avant leur départ outre-Manche. Au bout d’un an de poste, Jennifer décide de privilégier ses activités d’entrepreneur et démissionne, son mari a trouvé un emploi.

 

 

Échec : le désir d’enfant et la grossesse

 

La famille de son mari commence à faire pression quant à la venue d’un bébé… qui tarde. La famille de son mari semble considérer cette absence de grossesse comme un échec et pense qu’elle doit être « délivrée » du mal qui l’empêche de concevoir. C’est dans ce contexte angoissant que Jennifer découvre que les déplacements de son mari en France, mis jusque là sur le compte d’activités professionnelles, sont des visites à une maîtresse. Confronté aux faits, son mari justifie sa liaison par son grand désir d’enfant.

Pour Jennifer, c’est une période d’échecs : échec de certains projets professionnels, échec de son mariage, échec à tomber enceinte.

 

Comme malheureusement dans de si nombreux cas, le poids de l’histoire passée du couple l’emporte sur l’évaluation de son potentiel d’avenir. Un mari « repenti » et le désir d’enfant priment, Jennifer, après une fausse couche — tombe enceinte

 

échec et résilience

Croyante, elle s’aide par la prière et par les chants… tandis que son mari se fait de nouveau distant. Dans un même mouvement, sa belle-famille commence à l’ignorer. Jennifer est profondément blessée par cet abandon, et plus particulièrement par le rejet de cette deuxième mère, d’autant plus qu’elle ne le comprend pas. À un moment de la vie où une femme a besoin d’être entourée et soutenue, elle est de plus en plus seule.

Comme elle va devoir quitter son travail (elle avait repris une activité salariée à temps partiel), et que les revenus de son mari ne sont pas suffisants, celui-ci lui propose de se réinstaller en France, car « la vie y est moins chère ». Ni l’un ni l’autre ne souhaite se rapprocher de leur famille, et son mari lui propose l’Alsace, sur la suggestion d’un de ses amis, que l’on nommera ici « R ».

En cette période de fin de grossesse et de déménagement, les « conseils » de cet ami vont jouer un rôle de plus en plus important dans la vie du couple, sans que toutefois Jennifer le rencontre. C’est lui notamment qui leur trouve un petit appartement à Mulhouse, et Jennifer s’y installe 2 semaines avant l’arrivée du bébé. Son mari circule entre Mulhouse et Londres où il continue de travailler 3 jours par semaine, mais quand il passe la voir, c’est toujours en coup de vent. « R » s’occupe d’aider, toujours par l’intermédiaire de son mari. Il organise les rendez-vous de médecin et d’autres arrangements pratiques.

Le mari de Jennifer semble toujours pressé, absent, la jeune femme est de plus en plus isolée.


La naissance du bébé par césarienne avait été programmée pour un vendredi et son mari devait revenir le mercredi. Il repoussa son arrivée au jeudi. Puis finalement, il ne se présenta à la maternité que deux heures après la naissance de leur fille.

 

Quand il est venu à la clinique, il a regardé l’enfant et ne m’a pas regardée. C’était comme si j’étais un arbre, un objet. Pendant les 6 jours à l’hôpital, il ne m’a pas appelée. Le dernier jour, il s’est excusé « pour tout ». Je ne savais pas ce que « tout » était.

 

Quand ses beaux-parents viennent lui rendre visite, Jennifer se nourrit de l’espoir qu’ils lui expliquent ce qui se passe, car elle ne reconnaît plus son mari. Il n’est plus l’homme qu’elle a épousé et elle ne parvient jamais à le voir en tête-à-tête. Sa belle-famille essaie de la convaincre de s’installer chez eux, car la charge du loyer devient difficile. Elle finit par céder et leur confie une valise pleine d’effets personnels. Son mari lui dit qu’il l’emmènera là-bas dans quelques semaines. Seule avec le bébé dans le logement à Mulhouse, Jennifer est de plus en plus fatiguée, elle ne dort pas, s’alimente mal. Elle est épuisée, et très seule. Cependant, son mari ne vient jamais la chercher pour les faire déménager, jusqu’à un dimanche décisif, alors que le bébé a 2 mois.

 

La crise et le harcèlement

 

Ce dimanche-là, le mari de Jennifer arrive sans prévenir. Il insiste pour sortir immédiatement seul avec la petite fille. Jennifer refuse de laisser partir l’enfant, peu couverte (on est en janvier). Tout à coup, son mari s’empare du bébé et quitte l’appartement en courant. Elle le poursuit dans les escaliers, l’entend qui crie dans son portable à quelqu’un : « Dépêche-toi, dépêche-toi… »

Alors qu’elle le rattrape, son mari la reçoit avec un grand coup de pied dans le ventre.

Jennifer fait appel à une tante que son mari a l’habitude d’écouter, et la situation se calme. Elle remarque cependant que son mari ne porte plus son alliance. Et elle suspecte que sa fille vient d’échapper à une tentative d’enlèvement. Si la jeune femme avait déjà réalisé petit à petit qu’elle n’avait plus de futur avec son mari, elle ressent ce geste violent comme une atteinte à sa maternité, comme un geste visant à la supprimer: elle comprend alors que tout est définitivement fini.

À la maternité, j’étais inexistante. Le coup de pied, je l’ai pris comme une atteinte à ma maternité. J’ai eu l’impression qu’il voulait supprimer le fait que j’étais mère et ça a probablement été le moment où j’ai compris que non seulement moi, mais ma fille également, étions en danger avec lui. 

À la suite de cette crise et sur le conseil de l’officier de police qui l’a reçue, Jennifer porte plainte. Des amis suisses viennent la chercher et l’hébergent pendant quelques jours, pour lui donner le temps de se retourner. Par la suite, elle fait appel à la CAF et bénéficie de l’aide d’une assistante sociale.

Le pasteur et les membres de la paroisse à laquelle elle appartient depuis peu lui apportent une grande aide pratique et elle trouve un petit logement : elle est extrêmement reconnaissante aux propriétaires qui lui font confiance alors qu’elle ne peut pas fournir de garantie.

 

« À ce moment de ma vie, je suis tombée sur des gens formidables, se souvient-elle. »

 

Jennifer pense que son mari est devenu fou.
Elle est complètement déboussolée par l’enchaînement des évènements. Puis, elle reçoit une de la police pour non-présentation d’enfant. Elle s’aperçoit que toute sa belle-famille a fait des déclarations pour prouver qu’elle appartient à une secte, a une hygiène déplorable, néglige l’enfant. C’est à ce moment-là seulement qu’elle apprend que son mari demande le divorce pour faute et la garde exclusive de leur fille. Cette manœuvre se solde par un échec, mais fait comprendre à Jennifer qu’il est prêt à tout pour lui enlever l’enfant. À la suite d’une enquête sociale, il obtient le droit de la voir deux fois par mois dans un cadre associatif (il peut effectivement difficilement s’occuper d’un enfant avec un emploi à temps partiel qui le fait naviguer entre France et Angleterre).

 

Dans la pratique, il ne se sert pas de ce droit. Depuis cette décision, il n’a pas vu sa fille, il a même refusé de la voir par l’intermédiaire de Skype. Jennifer a proposé un divorce à l’amiable, mais il ne l’accepte pas, ce qu’elle interprète comme une envie de faire durer le contrôle et la manipulation. Pourtant il a bien d’autres chats à fouetter…

 

…en effet, en septembre, alors que leur fille fête ses dix mois, Jennifer apprend par des connaissances communes que son mari a assisté aux fiançailles de sa sœur accompagné d’une femme et d’un bébé. Elle savait depuis plusieurs mois que « R » était sa maîtresse, c’est à ce moment qu’elle découvre l’existence de son autre enfant, né trois mois après leur fille.

 

 

L’échec est le moteur du changement

 

Jamais la Jennifer d’aujourd’hui ne s’intéresserait à cet homme, déclare-t-elle. La Jennifer qu’il a connue est morte. Plus jamais, je ne laisserai quelqu’un me dire ou essayer de me faire croire que je n’ai pas de valeur.

 

Tout le temps qu’elle a passé seule, fatiguée, à essayer de montrer le visage d’une mère aimante et positive à son bébé, lui a permis de découvrir la personne qu’elle est réellement. Selon elle, cette adversité a été une « aubaine » (oui, c’est bien le mot qu’elle-même a utilisé lors de notre conversation !) pour prendre conscience de ses ressources intérieures.
Elle a appris à tourner ses échecs en force dans sa vie.

 

Aujourd’hui, elle ne souhaite pas de mal à son ex, elle s’aperçoit simplement que certaines personnes ne trouvent pas en elles la capacité de changer. De son côté, elle constate que durant toutes ces difficiles années, pendant lesquelles son mari s’éloignait sans qu’elle comprenne ce qui se passait, elle avait mis des systèmes de protection en place. L’un de ces mécanismes avait été de toujours être occupée pour éviter de penser. L’isolement dans lequel elle s’est trouvée précipitée l’a poussée dans le chemin inverse : elle a fait un travail énorme pour analyser cette période de son histoire.

 

Jennifer s’est découvert un côté « guerrière » qu’elle souhaite exploiter dans sa vie professionnelle. Elle estime que l’épanouissement personnel et professionnel vont de pair. L’échec est devenu un concept qui l’intéresse de plus en plus, car elle considère qu’il est le moteur de la transformation. Les femmes, selon elle, sont capables d’actions phénoménales.

 

Elle conclut :

“Nous les femmes, sommes capables de nous relever quand nous tombons.
L’attitude qui consiste à se lamenter ne fait qu’étendre le temps que nous passons dans le problème. Faire preuve de résilience est le moyen d’avancer.
Je souhaite que mon témoignage puisse apporter de la force à au moins une femme et rappeler à une autre qu’elle a de la valeur. Je vous souhaite de briller.”

 

 

échec violence
Jennifer a fondé le Cercle des Audacieuses

Merci, Jennifer, pour votre témoignage, et bravo pour votre courage, votre sens du partage et votre énergie.

 

N’hésitez pas à partager l’histoire de Jennifer sur les réseaux sociaux!
Qu’il inspire toutes celles qui se sentent dénigrées ou se retrouvent isolées pendant leur grossesse ou avec un bébé.

 

Attribution photos : Négative Space (couverture), MJPF GLOBAL

 

Publié le 15 novembre

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Virginie Loÿ

Je m’appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d’une relation abusive ou violente.

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