Revue du livre : Sortir de la maltraitance d’Édith Lombardi

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maltraitanceJe suis très heureuse de vous présenter “Sortir de la Maltraitance” d’Édith Lombardi, dont je recommande vivement la lecture complète.
Ce résumé est un survol des principaux thèmes abordés et permet de comprendre sa construction inédite.
C’est un ouvrage que l’on peut lire à plusieurs reprises, et à divers stades de sa propre évolution, tant il est riche.

 

Présentation :

Edith Lombardi, psychologue et conteuse, est aussi l’auteure d’un précédent ouvrage intitulé : « Traiter la violence conjugale ».

« Sortir de la maltraitance » est un recueil de témoignages de femmes qui sont sorties de relations de maltraitance et de violence, vécues à l’âge adulte ou au cours de l’enfance. L’auteur éclaire ces récits de son expérience professionnelle et parsème le livre de contes, mythologiques ou historiques, pour nous inciter à pousser notre réflexion plus en avant.


La structure de cet ouvrage est inédite, puisque l’auteur a choisi de ne pas écrire un ouvrage pratique, du type « comment faire pour… ». Il apporte cependant par les multiples angles abordés de nombreuses clés et ressources qui se sont révélées décisives dans la vie des femmes qui témoignent.

Le livre d’Edith Lombardi se lit comme si elle se tenait à nos côtés et nous racontait ses rencontres et ses découvertes.
En toute fluidité, les pages se tournent et on ressort de cette lecture avec une bien meilleure compréhension des situations de maltraitance dans le contexte de la société, ainsi que pour chacune des personnes rencontrées.

Le livre fournit aussi de nombreuses ressources qui ont fait leurs preuves et allume une franche lueur d’espoir.

 

En voici le résumé :

 

Première partie : Le contexte de la maltraitance

 

Dans cette première partie, Edith Lombardi rappelle que les sociétés patriarcales sont des constructions culturelles, et qu’aussi loin qu’on se le rappelle les femmes en Europe ont été assujetties. Les efforts actuels d’égalité récents vont à l’encontre des lois qui, il y a peu de temps encore, régissaient le statut de la femme comme « possession de l’homme » (Code Napoléon, 1804).

 

Dans ce contexte, la violence est un moyen simple et universel de soumettre son prochain et si son usage perdure dans de nombreux pays, elle est désormais condamnable et condamnée à l’échelle de la société en Europe.

Cependant, dans la sphère intime, elle continue souvent de rester mal reconnue.

De par son expérience professionnelle, l’auteur distingue quatre formes (qui sont parfois mixtes :

  • celle de l’homme « propriétaire d’esclave », le plus souvent chez des hommes dont la culture d’origine valide « l’achat » par la dot d’une (ou de plusieurs) épouse(s), comme des biens interchangeables,
  • celle de l’homme malade ou délinquant, dont l’entourage pense qu’il sera « stabilisé » par un mariage, et dont l’épouse découvre — parfois a posteriori — l’ampleur des troubles, ou bien qui est elle-même psychologiquement fragile,
  • celle de l’homme pervers, qui bien qu’il comprenne les lois universelles, ne les fait siennes. Aussi avance-t-il masqué, tirant de la satisfaction de son jeu et ne souhaitant pas s’en délivrer,
  • celle du couple pseudo-normal, qui est le cas le plus fréquent. Ces relations, complexes, sont celles de couples en perte de repères et de couples où l’un cherche à prendre possession de l’autre, ayant cependant pour origine une relation d’amour réelle (qui peut être intermittente) et dans laquelle la maltraitance se déclenche à la suite d’un événement particulier.

 

L’auteur décrit comment la maltraitance s’installe en suivant le cycle communément appelé « spirale de la violence ».

Y mettre un terme demande une prise de conscience, parfois déclenchée par la peur de mourir. Sortir du silence et de l’isolement, et se reconstruire demandent un véritable travail.

Apprendre à porter un nouveau regard sur elle et sur leur corps, à retrouver le plaisir, se réinvestir professionnellement est possible, notamment avec le soutien de professionnels engagés.

 

Edith LombardiDeuxième partie : Résistances à la maltraitance

 

Pour l’auteur, résister, c’est savoir s’arrêter et faire face à son histoire.

Selon les notions apprises dans son enfance, l’humain peut apprendre la dominance ou bien à s’accommoder de la soumission. Il est cependant capable d’apprendre d’autres comportements et de changer.

Les témoignages rapportés par Edith Lombardi ont en commun de mettre en évidence les forces que les femmes victimes ont mobilisées pour se libérer, les déclics qui les ont fait passer à l’action et les ressources qui les ont aidées.

 

Martine

L’histoire de Martine est celle d’un couple pseudo-normal, dans lequel le mari prend, progressivement et à la faveur de ses succès professionnels, l’ascendant sur sa compagne. La réussite sociale transforme son comportement et introduit dans sa vie l’alcool et les abus. L’homme travailleur devient irascible et violent.

Leur fille grandit et petit à petit, Martine se met à « résister ». Quand son mari est absent, en secret, elle sort avec des amies et reprend le sport, elle fait des ménages pour avoir un peu d’argent et se renseigne pour un divorce. Après une attaque ultime, elle réussit à s’enfuir et un juge fixe les termes du divorce. L’année qui suit sa séparation, elle est poursuivie par les cauchemars, puis elle réussit à reprendre le dessus en s’investissant dans une association.

L’histoire de Martine et son époux n’est pas des plus dramatiques : elle est parsemée de moments d’amour et de compréhension, qui étaient aussi les raisons qui raccrochaient Martine au bonheur de leurs premières années. Leur fille lui a confié qu’elle avait tout entendu et rêvait que son père fut éloigné d’elles.

 

Edith Lombardi explique que les scènes de ménage sont des moments intenses, mais pas significatifs de maltraitance. Les protagonistes se blessent, crient et claquent les portes : ils ont peur de se perdre, mais aucun n’a peur de l’autre (ce qui est différent dans le cas de la maltraitance).

Héloïse

Héloïse n’aime pas le mot victime.
Elle préfère parler d’aveuglement, de complicité inconsciente et de bénéfice secondaire.

Pendant quatre années de sa vie, elle se laisse piéger par le chantage affectif d’un homme rencontré alors qu’elle vient de se séparer du père de ses 3 enfants, après 22 ans de mariage.

À l’issue de cette relation en chaud-froid, Héloïse se rend compte qu’elle était prête à beaucoup pour éviter son vide intérieur, et qu’elle reproduisait les comportements vécus dans son enfance.

Ce n’est que par une rupture radicale qu’elle a réussi à mettre fin à cette relation, et en travaillant sur elle-même et sur ses projets professionnels qu’elle se réalise. Elle se rend compte que les peurs qui la ligotaient dans sa vie étaient imaginaires et qu’elle est capable de combler ses propres failles elle-même, par l’action, le travail et l’acceptation.

C’est aussi la danse dans laquelle elle s’investit qui lui a permis de reprendre les commandes de sa vie.

Héloïse poursuit son témoignage par une description intitulée « les douze tactiques de l’imposteur », qu’Edith Lombardi complète par une explication du phénomène d’emprise.

 

Mireille


Mariée jeune et sans avoir cohabité avec son époux, Mireille découvre au lendemain de son mariage un homme froid, au visage fermé, qui va passer des années à la railler, l’humilier et la rabaisser.
Très attaché à ses parents, il dénigre constamment sa femme et semble porter un profond mal-être que dans un premier temps, Mireille essaie de consoler. Ce mari cependant lui imposera, ainsi qu’à leurs enfants, une attitude dévalorisante, condescendante et moqueuse qu’il adoucit souvent par des paroles opposées (« tu es forte »…)

Il est infidèle, mais revient toujours et tient seul les cordons de la bourse. Mireille apprend tôt à adapter son comportement. Elle et les enfants marchent sur des œufs en présence du père. Mireille hésite longtemps avant de trouver le courage de quitter cet homme avec lequel elle reste trente ans. Elle n’a pas compris à quel point il avait fait vivre un enfer émotif à son deuxième enfant, la fillette s’était toujours tue pour protéger sa mère.

S’étant longtemps senti une incapable, c’est grâce à la reprise de son travail d’infirmière et de son engagement dans la vie associative qu’elle parvient à s’émanciper.

 

Edith Lombardi qualifie le comportement du mari de Mireille comme l’un des plus dangereux présenté dans l’ouvrage. Sous couvert d’une normalité mensongère, tous les comportements de cet homme sont paradoxaux et les douleurs psychologiques infligées à toute la famille, et particulièrement à l’un des enfants, sont immenses.

Le conte de Barbe-bleue :

Edith Lombardi raconte ici ce conte connu, pour illustrer que c’est par la compréhension du jeu de l’autre et par le refus d’y souscrire, que s’installe la résistance.

 

Nadia et Noémie

Cette fin de première partie est illustrée par de courts témoignages. Celui de Nadia montre l’importance que peuvent jouer les contes dans l’interprétation des faits de la vie réelle. Noémie, de son côté, raconte la misogynie rencontrée durant un stage en espaces verts, et comment elle trouve le moyen de s’en protéger et de s’imposer.

 

Troisième partie : Filles de mère maltraitées

 

Edith Lombardi constate que de nombreuses femmes qui travaillent dans le milieu associatif et des lieux d’accueil ont elles-mêmes vécu la maltraitance dans leur vie.

 

Sarah


Employée d’un SOS Femme, Sarah confie que c’est en commençant à y travailler qu’elle a compris que son père était un homme violent.
Son père, qui avait des côtés gentils, dit-elle, pouvait passer sa mère à tabac (souvent par jalousie), de même qu’il frappait ses enfants. C’est la rencontre avec un éducateur qui lui fait comprendre que la vie peut-être tout autre et qui l’oriente vers son métier d’éducatrice.

En couple et mère d’un petit garçon, elle a su créer la distance et refuser l’assujettissement, à l’instar de ses frères et sœurs avec lesquels elle a de bons rapports.

 

Germaine

 

Germaine raconte combien son père était violent, sans pourtant n’avoir jamais frappé.

Caractériel, il hurlait, humiliait, menaçait, insultait ses filles, leur reprochant d’être vivantes, ce qu’elles mangeaient, les vêtements qu’elles portaient. Leur mère ne savait arrêter son mari et les deux filles avaient très peur, mais elles étaient discrètes, obéissantes et bonnes élèves. Personne ne soupçonnait l’enfer qu’elles vivaient.

Ses sentiments vis-à-vis de son père qu’elle voyait comme un ogre étaient mitigés, car elle reconnaissait en lui une personne qui souffrait. Adolescente, sa sœur s’est suicidée, et Germaine a perdu pied. C’est en trouvant un petit boulot, et en se découvrant une passion pour la photographie grâce à une rencontre fortuite, qu’elle commence à remonter la pente. Elle entame ensuite une psychanalyse, une aventure qui transforme sa vie en profondeur.

Germaine constate que les gens qui oppriment occupent toute la scène, « effacent » les victimes, dit-elle.
Sa mère, sans avoir su les protéger, avait cependant été capable d’être un refuge qui lui a permis de tenir le coup. Elle voit peu son père, désormais en couple avec une femme qu’il ne s’avise pas de rabaisser, et elle a appris à comprendre, respecter sa mère qu’elle aime beaucoup.
Elle est devenue éducatrice tout naturellement, en faisant la paix avec son histoire.

 

Joëlle


Assistante sociale et militante, Joëlle se souvient d’un père tout-puissant qui envahissait la sphère privée de ses enfants, les critiquait constamment et était d’humeur totalement imprévisible.
Il rabaissait leur mère et les frappait occasionnellement. L’un des frères avait compris le mécanisme et se moquait de lui en cachette par une improvisation appelée le « théâtre du gentil ».
Joëlle n’a jamais compris sa mère soumise qui, orpheline, avait sans doute manqué elle-même de repères. Elle s’est cependant toujours sentie aimée de cette femme discrète, décédée trop tôt.

C’est par le volley-ball, les entraînements et les tournois, que Joëlle a commencé à s’émanciper et gagner confiance en elle. Adolescente, elle a découvert chez une amie que l’on pouvait vivre en famille sans avoir peur.
Elle a instauré une distance avec son père, et est en bons termes avec ses frères.

 

Pour Joëlle, infliger des grandes peurs à des enfants sans abri ni refuge est pire que de les frapper.

 

Denise


Denise, conseillère conjugale, a longtemps cru que son père était tout-puissant et qu’il les défendait, elle, sa mère et les six autres enfants, d’un monde extérieur hostile.
Son père exerçait un contrôle permanent, tantôt câlin ou bien les frappant à coup de ceinture. La menace était toujours présente et la maltraitance du père, réfléchie, particulièrement envers ses frères. Jeune adulte, elle réussit à s’opposer à son père alors qu’il maltraite sa sœur handicapée et cette rébellion la délivre de sa peur.

Plus tard, elle apprend par une cousine que sa mère avait été « donnée » à un oncle plus riche.
Cette révélation, accompagnée de thérapie, lui permet de comprendre le rôle effacé, quasi éthéré de sa mère et le duo toxique composé par ses parents.

 

Les pères

 

Edith Lombardi constate que les pères cités dans les récits ont peu conscience des dommages qu’ils causent à leurs enfants.

Confondant autorité et contrôle, ils créent un environnement où ils veulent être un modèle auquel obéir.
D’une manière générale, leurs enfants les considèrent comme tout-puissants, ce qui explique leur peur, peur qui se nourrit aussi du fait qu’ils surestiment la force de ce parent. Quand a contriario, le père vit comme un parasite aux dépens de ses proches, il donne le modèle qu’assujettir les autres est un judicieux système pour pouvoir vivre en se servant d’eux.

 

Ces hommes montrent parfois leurs côtés faibles et leurs larmes, ce qui produit chez leurs enfants un grand désir de les aimer tout en les plongent dans la contradiction. Selon Edith Lombardi, aucun enfant ne sort indemne d’être confronté à un père pervers, aussi bien avant qu’après la séparation.

Le caractère imprévisible des maltraitances, très angoissant, incite l’enfant à se protéger par un comportement dur ou indifférent, ou en se rendant malade. Quand les enfants et la mère sont associés dans la même violence et les mêmes insultes, les repères se brouillent.
Les enfants intègrent que s’aimer et se faire mal vont de pair.

 

Selon l’auteur, l’intrusion du père dans la vie intime de l’enfant (ou vice-versa) crée un climat incestueux, fréquemment lié à la maltraitance, ceci même sans que l’inceste soit avéré.
De plus, ces enfants ont une grande conscience de la mort, toujours présente puisqu’ils comprennent que ce père tout-puissant peut les tuer, mais qui peut se tourner contre eux et provoquer le suicide.

Les mères et les filles

 

Edith Lombardi remarque que dans tous les témoignages, le personnage de la mère semble toujours effacé.
Elles ont parfois aimé leurs enfants et leur ont offert un refuge, mais elles n’ont pas su les protéger, et ce manque a été une source d’insécurité pour eux.

Les femmes qui ont témoigné, note-t-elle, sont des personnes qui ont travaillé sur leur passé, elles ne cherchent pas la revanche et ont choisi, adultes, les relations qu’elles souhaitaient avoir avec leurs parents : distance, rencontre, etc.
Elles ont compris que ces scénarios ne sont pas des fatalités, mais elles ont sans doute gardé de leur expérience une once de colère qui les a poussées à choisir des métiers dans lesquels elles peuvent aider à lutter contre la maltraitance.

Dans de nombreux cas, les rencontres faites par le biais de la culture, de l’école et des activités ont suscité de bonnes rencontres qui leur ont permis, enfants, de s’émanciper.

La lucidité est un élément indispensable pour déclencher le changement.

(Cette partie se conclut sur le récit tragique d’Antigone)

 

Quatrième partie : Corps rebelle

 

Le corps pris

 

Edith Lombardi explique que les attentes vestimentaires, les manières de s’exprimer et de bouger qui sont imposées aux femmes sont le commencement d’une emprise sur leur corps, emprise qui peut s’étendre jusqu’à leur refuser les soins dont elles ont besoin.

Les menaces, le contrôle, la peur, les coups, les viols les accoutument à la souffrance physique et morale.
C’est pourquoi reprendre sa vie en main passe par la réappropriation de son corps.

Si les lois en France condamnent désormais les violences conjugales, dans la pratique les mises en application sont longues et complexes.
Les victimes ont besoin d’accompagnement thérapeutique pour retrouver des repères. Les « thérapies » corporelles sont aussi d’excellents moyens pour s’exprimer, vaincre ses peurs et retrouver confiance en soi.

 

Héloïse a fait ce travail grâce à la danse : pratiquer lui a permis d’apaiser son esprit, de respirer, de dépasser ses limites et de faire partie d’une harmonie collective.

Dolores, dont le mariage commençait à péricliter dans la maltraitance, a réussi à recadrer la situation de son couple en fixant un ultimatum à son mari et en se mettant à courir, car pratiquer ce sport lui a fait reprendre conscience de son intégrité et de ses forces.

Soizic a réussi à sortir de son « corps-prison » par un stage d’autodéfense. En même temps qu’elle se débarrassait des crispations dont elle était à peine conscience, elle a senti que son esprit aussi s’ouvrait pour être plus réceptive au travail sur elle.

 

Le cirque 

 

Edith Lombardi présente l’association « Cirque de femmes en tout genre », qui organise des stages pour les femmes victimes de maltraitance.

Lise s’est retrouvée sans domicile après avoir fui un homme violent.
Un accident et une addiction aux médicaments antidouleur avaient enclenché la dégringolade sociale qui a favorisé sa rencontre avec un homme violent. Elle devait être soutenue dans sa globalité : aide sociale, physique, psychologique…
Ce processus de reconstruction débute quand elle prend contact avec l’association l’Apiaf, et en particulier le Cirque. Pour elle, ces ateliers ravivent des mécanismes oubliés, notamment par l’attention à soi et aux autres.

Hayat aussi a participé à ces ateliers.
Venue du Maroc à 8 ans, elle habite chez une tante et son mari, un homme très dur. Après que leur fille adoptée lui confie les abus de cet oncle, Hayat l’aide à porter plainte, mais l’enfant se rétracte. Hayat essaie alors de protéger cette enfant, qui se suicide à 17 ans. Quand la tante meurt, Hayat, qui a toujours été dépendante, se retrouve à la rue.
Décidée à s’en sortir, elle contacte l’Apiaf. Deux fois par semaine, elle voyage 2 h 30 en bus pour ses rendez-vous, car elle veut vivre, et vivre par elle-même.
Pour elle, le cirque a été un apprentissage de la liberté, y compris celle de dire non.

 

Le cirque permet de redécouvrir la liberté en toute sécurité.
Les animatrices transmettent des exercices ancestraux qui permettent de réapprivoiser son corps et son mental.
Il s’agit de quitter ses idées reçues, les limites posées par ses vêtements, par son physique, par l’idée que jouer, c’est commettre une transgression. Affronter des peurs concrètes permet de les dépasser.
Les participantes longtemps soumises apprennent à choisir pour elles-mêmes. Le groupe permet aussi de se resocialiser.

Les ateliers du cirque s’inscrivent dans une réflexion globale de réappropriation de soi en tant que sujet avec les mêmes droits et devoir que tout autre.

Edith Lombardi conclut cette partie par un merveilleux conte intitulé « Dans la maison de la marraine »

 

Cinquième partie et conclusion : L’image qu’on se fait de soi

 

Dans cette partie, l’auteure met en avant le rôle essentiel joué par les « bonnes rencontres ». Selon elle, les personnes sous emprises ont cruellement besoin d’un interlocuteur extérieur pour leur permettre de comprendre ce qui se passe et pour prendre conscience des mécanismes en jeu.
Les victimes sont souvent incapables de prendre du recul. Humiliées, elles surestiment le dominateur, et les « bons moments » brouillent leurs repères.

 

Fréquemment, l’idée de réussir son mariage est associée à celle de réussir sa vie et il n’est pas inhabituel que les victimes surestiment leur capacité à réparer la relation. C’est souvent le cas dans les couples dits pseudo-normaux, dans lesquels la femme comprend aussi la souffrance de son partenaire : elle doit alors admettre que sauver son couple c’est une illusion dangereuse et renoncer à l’idée que la relation puisse redevenir ce qu’elle était à ses débuts.

 

La dépression est une conséquence commune. La colère non extériorisée est alors tournée contre soi, et devient une étiquette supplémentaire : maltraitée et dépressive. Mais cela peut changer, comme l’ont montré les témoignages.

L’homme violent peut-il changer ?

D’après l’auteure, c’est possible quand les violences sont modérées, inhabituelles, vite repérées et refusées par les deux conjoints.

C’est beaucoup plus difficile si les mécanismes d’emprise et de violence sont installés.

Il peut arriver qu’un événement ou une maladie causent un déclic et une remise en cause. Dans le cas où la maltraitance st associée à des dépendances ou délinquances, régler ces problèmes en amont peut être une amorce. Ce sont des changements qui cependant demandent énormément d’intelligence, de volonté, de travail et de renoncement, dans le cadre d’un bon encadrement personnel et thérapeutique.

 

À chacune ses solutions

 

Dans la majorité des cas, la rupture est la meilleure, et parfois la seule, solution pour pouvoir se reconstruire.

Certaines femmes parviennent à se séparer de l’emprise tout en restant physiquement et matériellement, et réussissent à mener leur propre vie en dépit de leur conjoint.

Quand il s’agit de rupture, cela peut être des départs préparés, planifiés ou bien des fuites pour assurer sa survie, sans logement, chez des amis, des parents, dans un refuge. Le départ ressemble à une perte infinie.
Il éclaire cependant la vie passée d’une lumière nouvelle, avec notamment sa validation des faits. Il faut parfois faire intervenir la justice et toujours remettre de l’ordre dans sa vie, si possible, avec un soutien social, associatif ou thérapeutique.
La reconstruction de sa vie prend du temps.

 

Quant à l’amour, il est bon de se poser la question de ce qu’il représente pour soi, de s’interroger sur ses illusions et ses propres besoins.
Il faut souvent aussi comprendre et accepter « qu’une personne bien » ne permet pas à une autre de la maltraiter, et par là même se responsabiliser. C’est une étape délicate, il convient de dissocier de la culpabilité. Nous nous devons tous de nous faire respecter.

 

La dépendance matérielle est un facteur qui intervient dans de nombreux témoignages. Soit les victimes « appartiennent » à leur mari soit elles sont convaincues de leur incapacité à s’assumer, parfois elles considèrent qu’une femme « normale » doit rester avec le père des enfants.

 

La dépendance affective diminue quand la femme comprend qu’elle s’en sort mieux sans son mari qu’avec lui.
Sa force, qui l’a fait « tenir bon », se trouve utilisée à meilleur escient. Les difficultés peuvent survenir avec les enfants après la séparation, car la maltraitance n’a pas établi la mère dans son rôle et son autorité d’adulte.
Ces situations peuvent à leur tour activer des interrogations difficiles quant à sa propre enfance. Un soutien thérapeutique pour elle autant que pour les enfants est l’une des meilleures solutions pour se déprendre des effets de la maltraitance.

 

La peur est le moyen par lequel le tyran assoit son autorité. Le jugement des transgresseurs est un élément vital pour rompre ce cycle de peur. Dans les cas de répétitions de relations toxiques sur plusieurs générations, l’auteure recommande la psychanalyse.

 

Conclusion

 

Edith Lombardi remarque que les femmes qui ont témoigné ont toutes compris leur aliénation et le besoin de cesser de se mentir pour être capable de se révolter. Elles ont ensuite su agir en conséquence de cette compréhension. Elle souligne cependant que malgré les lois qui existent, la rupture est rarement simple et demande de l’aide ainsi que des actes exceptionnels, mais elle est possible.

Ces femmes ont su réinventer leur vie, dans le respect d’elle-même et des autres et dans la solidarité. Le patriarcat est ancré dans les mentalités, jusque dans l’inconscient.

La mise en infériorité des femmes est culturelle, rappelle-t-elle. Les libertés acquises peuvent être mises en recul. Résister est plus que jamais d’actuali.

 

 

Mon avis sur ce livre :

 

À regretter :

Je n’ai rien à regretter à propos de ce livre. 

Sa construction peut dérouter quelques lectrices, mais comme je l’ai précisé dans la présentation, il n’est pas conçu ni promu comme un livre « pratique ». Pourtant, il apporte à mon avis davantage de pistes et de ressources que certains autres ouvrages.

 

À applaudir :

  • L’auteur a choisi de concentrer son travail sur les victimes et d’éviter leur classification selon la (ou les) pathologie(s) ou trouble(s) de l’homme qui inflige les violences. Elle observe les témoignages à travers le prisme de chaque victime et met l’accent sur les ressources qui lui ont permis de mettre un terme aux situations d’abus qu’elle vivait ainsi que sur celles qui l’ont aidée à se reconstruire.
  • Les femmes qui témoignent éclairent leur parcours de la compréhension qu’elles en ont a posteriori, depuis qu’elles ont pris du recul et travaillé sur elles-mêmes. L’auteur, en tant que psychologue, apporte des explications sur les mécanismes mis en jeu.
    Grâce à cette construction, la lectrice peut s’identifier et reconnaître des scénarios dont elle est (ou a été) victime et mieux les comprendre. De même, chacune peut s’approprier les moyens de résister et les ressources utilisées par ces femmes. Les voies qu’elles ont utilisées pour s’émanciper sont différentes, mais chacune peut s’inspirer des témoignages pour trouver les solutions qu’elle-même pourrait appliquer.
  • Le travail qu’Edith Lombardi fait pour placer la maltraitance dans le contexte historique et culturel au niveau de la société et dans le contexte des générations au niveau de la famille est très riche, très intéressant et surtout, déculpabilisant.
    Nous sommes toutes le fruit de la société dans laquelle nous vivons et le fruit des parents qui nous ont donné la vie et élevées. Comprendre les dérèglements, les anomalies et les injustices qui peuplent ces environnements soulève la chape qui pèse sur nos épaules.
    Nous, victimes, ne sommes que les malchanceuses sur lesquels ces circonstances se sont combinées pour que nous nous trouvions dans les situations de maltraitance que nous vivons (ou avons vécues).

Comprendre cela nous permet aussi de comprendre que ce n’est pas une fatalité et que nous pouvons choisir une autre route et nous libérer. Ce choix nous appartient.

 

  • Enfin, les nombreux témoignages montrent que les chemins pour se libérer sont multiples et parfois inédits. L’ouvrage ne cherche à aucun moment à minimiser le courage et le travail requis pour parvenir à se libérer. Mais il montre que l’aide est présente pour qui veut s’en saisir.

 

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Publié le 6 novembre

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Virginie Loÿ

Je m’appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d’une relation abusive ou violente.

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