Revue du livre : Pervers narcissiques, Bas les masques !

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pervers narcissique Bas les MasquesAnne Clotilde Zéglier

nous donne des clés pour comprendre et progresser

 

Présentation :
L’auteur, psychothérapeute et formatrice consultante, forte de 25 ans d’expérience, propose son livre comme « un livre de plus sur le sujet », consciente que des informations véhiculées de manières différentes et multiples peuvent toucher un plus large public de personnes victimes (hommes ou femmes), de leur entourage et d’autres personnes intéressées par le sujet. Un avis que je partage : plus il y a d’information et plus celle-ci est variée, plus elle a de chance de toucher les personnes concernées.

Anne Clotilde Ziégler choisit d’illustrer son livre avec des patients-exemples, dont nous suivons les témoignages au fil des chapitres, ce qui nous permet d’appréhender les notions théoriques plus facilement.
La structure de l’ouvrage est réfléchie et le style, facile à lire.

En voici le résumé :

Première partie : Identifier ce qu’est un pervers narcissique 

 

La partie contient quatre chapitres : La relation d’emprise – Le pervers narcissique – Ce qui n’est pas de la perversion narcissique – Le pervers narcissique dans la vie courante.

Dans cette première partie, l’auteur se sert de personnages concrets pour décrire et expliquer ce que sont les relations avec une personne perverse narcissique. Les exemples de personnages archétypes qu’elle a choisis, et que l’on est amené à suivre au cours de l’ouvrage, illustrent des exemples variés de situations aussi bien par leur âge que par le type de relations incarnées. Le lien d’amitié, la relation filiale, le lien hiérarchique, la relation amoureuse sont ainsi présentés à travers les cas : de deux adolescentes « amies », d’une mère de famille divorcée et envahie (contrôlée) par ses parents, d’un patron d’entreprise tyrannique et de son employé, d’un couple septuagénaire, d’un mari et père de famille, victime de sa femme, d’une jeune femme abusée par son amoureux, etc.

Ces personnages permettent au lecteur à la fois de s’identifier dans les situations décrites et de bien suivre les explications que l’auteur donne sur les mécanismes du pervers narcissique. Les exemples de situations concrètes témoignent de la complexité de la relation d’emprise, elle-même définie dès le premier chapitre.

L’auteur met cependant en garde contre les diagnostiques rapides et erronés et indique dans une liste non exhaustive d’autres d’affections qui peuvent induire des relations abusives.

Bas les masques

Deuxième partie : L’effet de la relation d’emprise sur ses proies

 

La partie contient deux chapitres : Qui sont les victimes des pervers ? – Les effets de la relation d’emprise sur les proies.

Dans cette partie, l’auteur s’attache à décrire les personnalités sujettes à devenir victimes de pervers narcissique. D’emblée, elle explique que ce ne sont pas les victimes qui souffrent de pathologie, même si ce sont elles qui consultent. Elles cherchent de l’aide parce qu’elles vont mal parce qu’elles sont tombées dans le piège du pervers narcissique qui s’est refermé sur elles, le pervers narcissique, lui, ne consulte pas puisqu’il ne se remet jamais en question.

La longue expérience de Anne Clotilde Ziégler lui a permis de constater que les victimes ont souvent des personnalités riches (les seules susceptibles de fournir au pervers narcissique la valorisation qu’il recherche). En général, ce sont des personnes ouvertes, généreuses, de bonne volonté et capables de se remettre en cause (ce qui est, dans cette relation, leur talon d’Achille puisqu’elles prennent à leur compte des dysfonctionnent qui ne sont pas leur cause). Elles souffrent cependant souvent de la peur de l’abandon, d’une estime d’elle-même basse et sont parfois des personnalités surefficientes (hypersensibilité, hyperempathie, pensée arborescente, voir le livre de).

L’auteur démontre dans le chapitre suivant comment le mécanisme d’emprise intervient au niveau du sommeil et cause des troubles des systèmes intellectuels, émotionnels et relationnels qui aboutissent au burn-out. Les personnalités pervers narcissique utilisent à merveille les faiblesses de leur victime. Anne Clotilde Ziégler explique d’une manière claire que ces faiblesses trouvent leur origine dans notre enfance.

Les uns sont des « messages contraignants » que nous avons tous reçus dans notre enfance. Ces messages que nous portons tous en nous définissent vaguement le style de personne que l’on est, quand nous sommes sous stress, notre pression interne à les suivre augmente. Manipulés par le pervers narcissique, ils deviennent une source de stress supplémentaire dans cette relation d’emprise. Ces messages sont :

  • Fais plaisir
  • Sois parfait
  • Sois fort
  • Essaie encore, efforce-toi, fais des efforts
  • Dépêche-toi

Les autres faiblesses sont les « injonctions », des blessures profondes que nous portons aussi depuis notre enfance et dont nous sommes capables de nous accommoder en temps normal. Au sein de la relation d’emprise, elles sont réveillées et attisées, contribuant à faire vivre à la victime un cauchemar. Identifier le(s) injonction(s) sur lesquelles le pervers narcissique assoit son emprise est primordial pour diminuer son influence toxique puisque la victime va pouvoir comprendre ses faiblesses et les manipulations du pervers narcissique et s’en distancier en travaillant sur elle-même. Les injonctions sont :

  • N’existe pas
  • Ne sois pas qui tu es
  • Ne sois pas un enfant
  • Ne grandis pas
  • Ne réussis pas
  • Ne fais pas
  • Ne sois pas important, n’aie pas de valeur à tes propres yeux
  • N’appartiens pas
  • Ne sois pas proche
  • Ne sois pas en bonne santé (physique ou mentale)
  • Ne pense pas
  • Ne ressens pas

L’auteur dresse la liste des messages contraignants et des injonctions et les illustre par des exemples.

Enfin, elle explique les effets du stress sur les fonctions corporelles et énumère les conséquences de cette relation d’emprise dans tous les aspects de la vie sous des parties intitulées : perte du goût de soi, de la présence au monde, de la créativité et du sens de la vie.

 

Troisième partie : En sortir, se reconstruire

 

La partie contient deux chapitres et la conclusion : De la difficulté de sortir d’une relation d’emprise – Trouver de l’aide.

Dès le début de cette partie, l’auteur insiste sur le fait que sortir de la relation est très difficile et cependant la seule vraie solution au problème. Les principales difficultés proviennent

  • du fait que la relation ne se dévoile perverse qu’une fois la victime « ferrée », c’est-à-dire une fois qu’un engagement difficilement réversible est pris (achat d’une maison, mariage, enfants, obtention de moyens de chantage, etc.),
  • du fait qu’il est difficile pour la victime d’admettre que l’auteur de l’abus est un pervers narcissique, puisque le concept même de ce type de pathologie lui est inconnu,
  • du fait que sortir de la relation implique de nombreux renoncements : (renoncer à se faire comprendre, renoncer à ses rêves, renoncer à un monde harmonieux, etc.)
  • du fait que la victime est souvent dans un état de faiblesse physique et psychique extrême,
  • de fait que l’entourage, par ignorance, peut se montrer un frein plutôt qu’un soutien au changement.

Anne Clotilde Ziégler aborde dans son dernier chapitre les aides qu’elle juge bénéfique à la victime, avec en premier lieu la psychothérapie. Elle insiste cependant sur le fait que la thérapeute doit impérativement être formée à cette problématique (qui se traite « à l’inverse » d’une thérapie normale, puisque c’est la victime qui consulte, mais ce n’est pas elle qui souffre de pathologie). Elle recommande ensuite la somato-psychopédagogie, une technique qui permet de retrouver un rapport à soi à travers des expériences fines de son corps.

Elle établit ensuite une liste de besoins sur lesquels l’entourage peut apporter son soutien :

  • l’écoute vraie, sans jugement et sans trop de conseils
  • la compréhension des mécanismes en jeu,
  • la chaleur humaine et l’amour,
  • le divertissement, de rire et de récréation
  • l’aide matérielle.

En fin d’ouvrage, l’auteur évoque le phénomène de résilience, qui permet aux victimes de se reconstruire et de tourner une expérience délétère en tremplin au changement.

Elle explique comment redéfinir –et savoir poser — ses limites est une clef essentielle de la reconstruction et donne de surcroît deux techniques de résistance (contre-manipulation), qui peuvent permettre à la victime de se réaffirmer face au pervers narcissique en redéfinissant leurs limites :

  • la technique du perroquet : la réponse tranquille et obstinée
  • la technique du coup d’épée dans l’eau : répondre « Je comprends, sans doute, c’est vrai »

 

En conclusion, Anne Clotilde Ziégler souligne l’importance de savoir reconnaître les pervers narcissiques parce que la relation avec eux est toxique et donc à fuir. Elle met en garde cependant contre l’utilisation sans distinction du terme, puisqu’elle peut inviter à une méfiance exagérée, à la tendance à ne pas gérer des conflits résolubles et enfin au risque de banalisation du terme. Pour l’auteur, il est important que confronté à une situation d’emprise nous évitions le déni et la critique et sachions apporter notre soutien avec patience.

 

Mon avis sur ce livre :

 

À regretter :

Je n’ai que deux regrets à propos de ce livre et le premier ne peut être imputé ni à l’auteur ni à son ouvrage

  • il concerne la première partie de l’ouvrage, une partie longue et dense sur les personnalités pervers narcissique et le phénomène d’emprise. C’est une partie indispensable pour traiter le sujet, mais une fois de plus, je ne peux que m’attrister que tant de place soit accordée aux AUTEURS des violences… tout en sachant qu’il est impossible d’adresser la problématique des victimes sans expliquer les manipulations dont elles font l’enjeu. Il s’agit d’un dilemme insoluble, que je ne peux donc reprocher à l’auteur.
  • Le deuxième regret concerne les solutions proposées. Hormis la psychothérapie adaptée et la somato-psychopédagogie, très peu de solutions concrètes sont offertes. Et ces solutions sont peut-être idéales, mais loin d’être à la portée de tous. Certaines pistes sont données, mais les victimes comme leur entourage peuvent facilement rester dans le flou quand aux actions qu’elles pourraient entreprendre.

 

À applaudir :

  • L’auteur apporte énormément de profondeur à son analyse du type de personnes que sont les victimes. Sans généraliser de profil type, elle donne des points d’appui concrets en se référant aux « messages contraignants » et aux « injonctions ». D’une part, elle explique très bien de quoi il s’agit, de telle sorte que les lecteurs néophytes (comme moi) en comprennent le sens et l’importance. Les énumérations donnent la possibilité à chacun de se reconnaître dans certaines d’entre elles, identifiant par là même les faiblesses et les blessures survenues dans l’enfance et sur lesquelles un travail est nécessaire pour se reconstruire. Cette partie est très riche et cependant accessible et un trésor pour les personnes qui n’ont pas accès à une aide psychologique professionnelle.
  • Anne Clotilde Ziégler donne aussi quelques techniques de contre-manipulation, qui sont efficaces et d’une grande aide pour se réapproprier son espace avant une séparation, mais aussi pour gérer le pervers narcissique avec lequel on ne peut pas rompre définitivement (un parent, le père ou la mère de ses enfants, etc.).
  • De plus, la partie sur la résilience est un encouragement, puisqu’elle nous aide à prendre conscience que de ces épreuves malheureuses nous pouvons sortir grandis et sereins.

    Dans son livre « Je pense trop », Christel Petitcollin explique le phénomène de surefficience.

     

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publié le 18 juillet

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Virginie Loÿ

Je m’appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d’une relation abusive ou violente.

2 thoughts on “Revue du livre : Pervers narcissiques, Bas les masques !”

  1. Hello,
    Oui dans ces injonctions négatives, je reconnais les phrases quotidiennes assénées par ma mère toute mon enfance, première PN de ma vie. J’ai été bercée par ça, élevée avec ça. Classiquement, cette enfance m’a conduit à un conjoint assorti et 15 ans de vie commune infernale suivis de 10 années où j’ai eu la faiblesse de rester en contact avec cette personne qui, de son côté, voulait juste feindre de garder un lien affectif pour m’empêcher de lancer contre elle les procédures judiciaires que j’aurais pu et dû lancer, avec un succès assuré, vu la gravité des faits et les preuves. Dix ans c’est le temps qu’il faut pour que ce soit prescrit, c’est le temps qu’il a fallu à mon PN pour couper les ponts, me faisant par là le plus beau cadeau de mon existence. Il faut dire que j’avais tant appris sur le sujet que j’avais aussi cessé de l’alimenter… Les vampires mettent du temps à renoncer à une ancienne victime, comme dans la mythologie ils aiment revenir toujours aux anciennes (c’est plus facile !) mais à force de voir la source de leur alimentation tarie, ils ne viennent plus. Une renaissance ! Que celles qui sont encore sous emprise n’en doutent pas : couper les ponts avec le PN fait peur car il joue sur cette peur et essaie de nous faire croire que nous serons incapables de vivre sans lui (ou elle, les femmes ne sont pas en reste loin de là !!) mais en réalité quand le lien est coupé, que nous en soyons l’instigateur(trice) ou pas, tout à coup toute notre force, notre énergie, notre capacité de réflexion et notre confiance reviennent ! Une démarche thérapeutique ou de développement perso là dessus (pour moi ce fut l’hypnose) et on peut vraiment renaître. Bon courage à tous et à toutes.

    1. Merci pour ce partage, Véronique.
      Pour moi, l’explication que A.C. Ziéglier donne sur les injonctions était une découverte, et bien sûr, une nouvelle source de recherche pour moi-même, comme pour le blog.

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