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Relations toxiques: faut-il aller jusqu'à la mort?

Relations Toxiques : Faut-il aller jusqu’à la Mort ?

Relations toxiques: faut-il aller jusqu'à la mort?Désir de mort, désir de meurtre ? Le spectre de la mort rôde souvent, quand on aborde le sujet des relations toxiques, de la violence psychologique, du harcèlement et des violences conjugales. Y penses-tu parfois ? On en parle peu. Pourtant, c’est un sujet récurrent quand on écoute le discours des victimes de violence. D’un côté, des menaces de mort et de l’autre, des menaces au suicide. On comptabilise officiellement les homicides. Qu’en est-il de toutes les tentatives de suicide, souvent abrégées sous une forme qui banalise la gravité de l’acte: TS ? Et de ces tentatives qui ont, malheureusement, réussi ? Des enfants orphelins, abandonnés aux soins du conjoint maltraitant ? Cette omniprésence de la mort n’est-elle pas un signe de la gravité de ces relations abusives ? Certes, nous mourrons toutes un jour. Mais autant que ce soit dans longtemps, et sans avoir tué personne ! Le sujet peut sembler dramatique, peut-être un peu déprimant… mais autant appeler les choses par leur nom et en parler ouvertement. Quand nous commençons à penser que la solution à nos problèmes est la disparition de quelqu’un, ou la nôtre, il est temps de nous poser les bonnes questions.

 

Les relations toxiques et la mort : effrayant, mais fréquent

Comment peut-on arriver à la conclusion que la mort est une issue plus réaliste que la séparation ? C’est quand même fascinant, comme question. Je suis consternée par le nombre de témoignages que je reçois, dans lesquels les victimes me parlent de tentative de suicide. Évidemment, celles qui ont réussi ne sont pas là pour en parler. Y penser me glace d’horreur. D’ailleurs, ce n’est pas uniquement sa propre mort que l’on envisage. Sans aller jusqu’à verser de l’arsenic dans la tasse de café de son conjoint, ni couper les freins sur sa voiture, qui de nous n’a pas un jour rêvé de la mort subite de la personne qui nous violente, façon baguette magique, pour nous libérer de nos souffrances ?

 

La mort plutôt que la séparation

Avec un peu de perspective, nous nous rendons compte du grotesque de la situation. Dans un pays où nous sommes libres de vivre à peu près comme nous le souhaitons, comment pouvons-nous en arriver à souhaiter la mort de quelqu’un ? J’y ai moi-même pensé. Et par la suite, j’y ai réfléchi. Il y a vraiment un côté totalement immature dans ce souhait. Un côté qui nous ramène aux maléfiques contes de notre enfance. Je dis « maléfiques », parce que d’un côté, ils nous ont mis le concept du prince charmant dans la tête, et de l’autre, ils nous ont fait croire que la mort (infligée par nos soins ou pas) était le moyen de se débarrasser des « vilains » en les tuant.

 

Un jour, au moment où il quittait la maison et à la suite d’une violente dispute entre nous, mon (maintenant ex-) mari m’a lancé : « Il y a des moments où je pense que tu veux ma mort. » Et puis il est parti, au travail ou en déplacement professionnel, je ne me rappelle plus. Ce dont je me souviens, par contre, c’est que quand il a dit cela, je pensais quelque chose. Quelque chose de pas très glorieux à avouer. Quelque chose qui disait à peu près : « Vas-y, prends ta bagnole de m… et va t’encastrer dans un camion ! Bon débarras. »
Alors, sa remarque, ça m’a scotchée. Parce que d’une manière, c’était vrai.
Ce n’est pas tant que je « voulais sa mort ». Et je souhaitais encore moins, pour mes enfants, la tristesse de perdre leur père. Mais ce que je voulais, c’est d’être débarrassée de toutes les disputes, des abus, de la violence. De la peur, aussi.
Mais à ce moment précis, sa réflexion m’a quand même remis les idées en place. J’ai compris que mon esprit déraillait. Qu’il devait exister des solutions moins radicales et que je devais faire quelque chose pour m’en sortir, moi. Pour changer ma vie. C’était un retour sur un cap cohérent, dans la direction de ce qui était bon pour moi et de ce que je pouvais contrôler (c’est à dire moi, pas les autres).

La mort est revenue plus tard me faire signe et a été à l’origine de mon déclic, celui qui a mis le point final à mon mariage. Le jour où je me suis dit que si je ne quittais pas cette relation, j’étais peut-être en train d’élever de futures orphelines. Ce n’est pas anodin. Il faut quand même bien se rendre compte qu’il y a des gens qui vivent une vie entière sans jamais avoir de pareilles pensées.

 

Le fantasme de la disparition de l’autre

L’envie que “ça” s’arrête

Quand je repense à ces évènements, je n’éprouve pas de honte ni de culpabilité. Je me rends compte de mon immaturité. Ce que je voulais, c’est que tout s’arrange, d’un coup de baguette magique, abracadabra. C’est à dire, sans que je n’aie rien à faire, et sans que j’aie besoin de me remettre en question. Sans que j’aie rien à changer, et surtout, sans prendre mes responsabilités. Je n’ose même pas penser à ce qui se serait passé s’il avait eu un accident. J’aurais eu le rôle de la veuve éplorée, celle que l’on plaint. J’aurais pu réécrire mon histoire, en gommant les passages moches et en ne gardant que le beau côté. J’aurais pu « tourner » la page et chercher un nouvel amoureux pour combler mes manques. Je n’aurais rien appris, je n’aurais pas beaucoup grandi et j’aurais probablement reproduit un scénario similaire.

Face à soi-même

Ouf ! Il a eu la grâce de ne pas se planter. (Et je n’ai pas à vivre avec la culpabilité d’avoir un jour « souhaité » sa mort). J’ai pu galérer jusqu’à faire face à ma réalité, à mes manques. J’ai pu apprendre qu’il n’y a qu’une personne pour les satisfaire, c’est moi. Et qu’en plus, j’en suis capable. Mieux que quiconque. Comprendre que même dans les plus grandes difficultés, nous sommes maîtres de notre vie et capable de résoudre tous nos problèmes est le fondement de notre maturité émotionnelle.

Alors s’il t’arrive de penser, toi aussi, que ta vie serait bien plus belle et plus facile sans ton compagnon… cesse de rêver éveillée. Nous ne sommes pas dans les contes. Nous sommes libres de vivre notre vie. Nous pouvons nous en donner les moyens et c’est l’une des plus belles aventures qui soient : le voyage à la découverte de soi. Une exploration, pas toujours facile, mais très gratifiante, pour mettre à jour nos forces insoupçonnées. Une chose par jour, bien sûr.

 

TS : Quand le désir de mort se retourne contre soi

J’ai eu de la chance, car j’avais les moyens physiques et mentaux de reprendre le contrôle de ma barque. Je n’étais pas au fond du trou, de la dépression paralysante. Je l’ai fait un peu n’importe comment. J’ai ramé dans un sens, puis dans un autre. Souvent à contre-courant, avant de comprendre que je pouvais aller dans le même sens que la vie. Mais au moins, j’étais à flot.

De la dépression à la tentative de suicide

Ce n’est pas le cas de tout le monde. La dépression est à la fois un symptôme et une conséquence des relations abusives. Vivre avec une personne qui nous dénigre, essayer encore et encore de s’adapter pour trouver un équilibre (et maintenir notre illusion de conte de fées) demande des forces énormes. La spirale des échecs, inévitable, nous entraîne vers le fond. La dépression est un signe d’alerte à ne pas négliger et à traiter absolument.

Certains discours incitent à « se sortir seule »ou sans traitement, de la dépression. C’est curieux. S’en sortir seule n’est pas une solution préconisée pour d’autres maladies mortelles, comme le cancer, par exemple. La résistance à choisir un traitement médicamenteux est monnaie courante. Comme si les antidépresseurs, jugés adéquats par son médecin traitant, étaient davantage une histoire de préférence personnelle que la chimiothérapie pour un cancéreux. Certaines victimes pensent que leur médecin leur donne ce traitement « pour pouvoir supporter ce qu’elles vivent. » C’est surtout pour pouvoir se mettre en condition de passer à l’action que les médecins prescrivent des médicaments. En effet, passées en dessous d’un certain seuil, on ne souhaite plus de solution parce qu’on est complètement incapable de voir une issue. La confusion et l’indécision nous paralysent. Il ne nous est tout simplement plus possible de passer à l’action. C’est la tentative de suicide.

Se soigner

Les médicaments ne résolvent pas le problème, la cause de la dépression. Ils permettent de se mettre en condition pour passer à l’action. Combinés à un accompagnement (thérapeutique, coaching), l’effet est démultiplié. C’est aussi ce qui se passe pour une personne souffrant de cancer qui choisit de faire des changements dans sa vie (stress, alimentation, habitudes de vie…)

Dans le cadre des relations de violence psychologique, les conséquences de la dépression sont catastrophiques, car elles peuvent être utilisées contre nous par un partenaire pervers. La perversion n’est pas un attribut de toutes les relations abusives, mais le risque est réel : emprise, traitements forcés, perte de garde des enfants, etc. Si tu ressens des signes de dépressions, si tes proches t’incitent à consulter, n’hésite pas et rends visite à ton médecin. Parle de ta situation. Considère l’aide apportée comme une béquille temporaire, qui te permet d’apprendre à marcher seule. Combine ce traitement avec un accompagnement extérieur, comme tu t’adresserais à un kiné pour prendre tes premiers pas. Il y a des moments dans la vie où on ne peut pas s’en sortir seule. Ceci en est un.

 

Tentative de suicide, menaces de mort, chantage sont monnaie courante au sein d'une relation toxique
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Menaces de mort et chantage au suicide

Les menaces

Utiliser la menace pour dominer sa victime est une forme de violence. Le fait qu’il n’y ait pas de manifestation physique ne rentre pas considération puisque l’objectif est l’assujettissement d’une tierce personne. Il s’agit d’une forme de violence grave et il est capital de comprendre que, sous la menace, rien ne peut se résoudre au sein de la relation.

La peur n’est jamais une composante d’une relation équilibrée, d’un échange d’égal à égal. Il n’y a rien qu’une victime puisse faire, aucun comportement à adopter qui soit suffisamment parfait pour faire cesser ce cercle vicieux : il est indispensable de sortir du cycle de la violence. L’éloignement, même s’il est temporaire, est vital. Pour cela, mieux vaut se préparer et chercher tous les appuis à sa disposition, notamment par le biais d’associations et de conseils extérieurs. Penser que la situation peut se résoudre quand on reste à l’intérieur de la spirale est une utopie dangereuse.

Manipuler par le chantage

De la même manière, le chantage au suicide est une technique manipulatoire utilisée pour dominer quelqu’un. Elle fait appel à l’empathie et au sens des responsabilités de la victime. Nous devons cependant accepter que nous ne soyons jamais responsables des gestes d’une autre personne, et particulièrement pas d’un adulte. La seule personne dont nous sommes responsables dans notre vie, c’est nous. La seule responsabilité que nous ayons, c’est celle de notre vie (et bien sûr, celle de nos enfants quand nous en avons). Il est de notre devoir de nous mettre en sécurité en tout premier lieu. Si tu es victime de l’une de ces formes de violences, je t’invite à chercher de l’aide. Ce sont des comportements qui ne sont absolument pas acceptables.

 

Si on te menace de te jeter à par-dessus bord ou de couler ta barque, saute et pars à la nage.

 

Est-ce que la mort est venue hanter tes relations ? Comment as-tu retrouvé ton envie de vivre et la capacité de reprendre le contrôle de ta vie ?

 

Attribution des photos : Greg Ortega, merci Unsplash (modifiée)

Publié le 10 mars

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4 thoughts on “Relations Toxiques : Faut-il aller jusqu’à la Mort ?”

  1. J’ai juste sauvé ma peau : la goutte qui a fait déborder le vase ! J’ai eu le déclic salvateur car je n’en pouvais plus psychologiquement. Sa vie ou la mienne.J’ai choisi de vivre pour moi tout en le laissant vivant. Aucune personne ne vaut la peine d’être tuée : cela aurait été pour moi une double peine. J’avais déjà assez payé !

  2. A la suite de mon accouchement, la depression s’est installée. Au lieu de me soutenir, il se montrait trés agressif. J’avais mis ça sur le dos de la charge du travail et mon état à une depression du post partum. Mais notre relation avait déjà basculé. Manipulation, menaces et violences psychologique. Cinq à six mois après je me levais avec une terrible envie de mourir et disparaitre. Par la suite, je comprendrai que c’était parce que j’étais manipulée et que j’étais devenue une autre personne.

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