Le réalisateur du film GET OUT nous parle de dominer sa peur

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Le film est né d’un effort pour dominer sa peur, dit le réalisateur Jordan Peele.

peur violence psychologique

J’écoute souvent des podcasts quand je me promène. Je ne sais pas si ça vous arrive aussi, mais depuis que je m’y suis mise, je suis presque devenue « accro » !

Il y a quelques semaines, j’ai écouté une interview par Terry Gross du réalisateur —afro-américain — du film « Get Out », Jordan Peele. Je précise sa race, car c’est justement la base de l’intrigue du film, que le réalisateur lui-même qualifie de « thriller social ». (Le lien de l’interview –en anglais- est en bas de l’article.

 

Des micro-agressions que les victimes de violence psychologique connaissent bien

L’histoire commence avec le personnage Chris, photographe, lui-même afro-américain, qui va rencontrer pour la première fois les parents —blancs — de sa petite amie. Et l’on comprend dès le début qu’il doit dominer sa peur de la rencontre. C’est sur cet événement et la peur qui s’immisce sous la peau du personnage que Terry Gross interroge le réalisateur.

Et le passage suivant m’a vraiment marquée (au point de le traduire et de vous en parler), car Jordan y décrit un mécanisme subtil que connaissent de nombreuses victimes d’abus psychologique.

Voici ce qu’il dit :
Un aspect du fait d’être noir et, je suppose, de faire partie d’une minorité quelle qu’elle soit, est que l’on nous dit constamment que nous sommes trop conscients de notre race. D’une certaine manière, que nous sommes obsédés par notre race ou bien que nous voyons le racisme là où il n’y a aucun racisme. Donc il était important pour moi, en premier lieu, de mettre tous les spectateurs sur la même page, pour comprendre ce que l’on ressent quand on remarque ces petites subtiles interactions et la sorte de racisme sous-jacent qui dérange ou bien nous fait prendre conscience de notre race, au cours d’une conversation courante. Donc j’informe l’audience, dès le début, que Chris est nerveux de rencontrer les parents (de sa copine) et est nerveux qu’elle ne leur ait pas dit qu’il était noir. À partir de ce moment, toute petite micro-agression, toute tentative de connexion devient évidente pour le spectateur.

Cette remarque m’a vraiment interpellée.
Il suffit d’en changer le contexte pour comprendre que c’est cette même dynamique qui entre en jeu dans la violence psychologique au sein d’un couple, qui opère quelques fois en public sans que quiconque réagisse.

… mais que dans la vie de tous les jours, nous n’avons pas un réalisateur pour nous mettre la puce à l’oreille. Nous passons régulièrement à côté de signes qui devraient pourtant nous interloquer.

La peur qui taraude le personnage peut naître d’infimes remarques, de mini-ajustements, d’expressions à double-sens, de « mini-agressions », comme les appelle Jordan Peele, de choses dites en public que la victime comprend sur un autre registre que les autres personnes présentes, qui sans doute n’y voient que du feu. Elle s’efforce pour dominer sa peur, mais s’interroge constamment sur le bien-fondé de celle-ci.

Ces mini-agressions sont tellement fines et pointues, que la victime doute. Ai-je bien entendu cela ? Est-ce pour moi qu’il a dit cela ? Est-ce anodin ?

Dans son film, d’ailleurs, la plupart de ces remarques sont dites sous le couvert d’un sourire ou sur fond de boutade… Là où la personne blanche ne voit qu’une blague, le noir sent les poils de ses bras se hérisser et un vague malaise engendré par le doute et la peur.

 

violence psychologiqueUne violence psychologique si anodine…

dans nos vies aussi.

 


Lisez bien,
… si dans votre entourage se trouve une personne pour laquelle vous vous inquiétez.
Lisez bien,
… car nous sommes tous coupables, à un moment ou un autre, d’avoir minimisé le message, enterré l’affaire, ou voire même, d’en avoir ri.

Nous rions : « Ah, c’est vrai, Adèle, que tu es toujours en retard ! », ou bien nous pensons réconforter : « Mais non, Adèle, il ne voulait pas être méchant, tu prends tout tellement à cœur », etc.

En fait, au moment où la victime aurait besoin que ses impressions soient validées, nous répondons absents.
De la même manière que le personnage de Jordan Peele, Chris, se demande si une remarque est raciste, s’il est potentiellement en danger, la victime d’abus psychologique est doublement déstabilisée. D’une part, il y a abus (méchanceté, injustice, insulte, mensonge…) et d’autre part, tout l’environnement, d’une manière quasi concertée, s’entend pour envoyer le message à la victime qu’elle voit de la violence psychologique là où il n’y a en a pas.

Alors, soyons honnêtes et courageux.
Quand nous assistons à de tels faits, ne restons pas silencieux !
N’assumons pas que les remarques désagréables lancées en public ne sont que des boutades bon enfant au premier degré. N’assumons pas que la femme qui rit avec les autres ne cache pas une victime.

Il appartient à chacun d’entre nous de dominer SA peur de paraître idiot, de faire une remarque déplacée, car les enjeux ne sont pas bénins.

 

Pourquoi intervenir est important

Certes, aucune de nos remarques ou actions ne modifiera le comportement de la personne abusive.

En revanche, notre intervention pourra changer beaucoup de choses pour la victime des attaques verbales.

  • Mettre en évidence que de tels propos ne sont pas acceptables.
  • Effacer le doute qu’elle éprouve par rapport à sa manière d’évaluer les faits, l’inciter à ne pas croire « que ce n’est qu’elle, que c’est dans sa tête » (ce qui lui est souvent répété) en lui montrant que tout un chacun prendrait offense dans une situation similaire.
  • Cette validation est capitale, car si les victimes se sont accoutumées à ces comportements, elles n’y sont pas devenues insensibles et elles ressentent de la peur. Peur d’être dévoilée, peur d’être humiliée, peur d’être punie plus tard… C’est comme si ces remarques étaient du sel sans cesse étalé sur des plaies.

Nous qui ne pouvons pas réparer ces plaies, soyons au moins l’eau claire qui les apaise et qui permet de voir les choses telles qu’elles sont.

 

Réagissons : ne laissons pas les victimes à leur peur !

En fonction des circonstances et des rapports entre les gens, cette validation peut intervenir publiquement ou non, sans que ce soit nécessaire d’en faire grand cas, simplement en les relevant.

Remarquer et nommer les faits, un service dont la victime a un réel besoin, qui peut même être rendu lui aussi, avec un sourire en coin :

« Tu exagère toujours, Marc, quelle importance ça a, qui de vous était en retard ? C’est pas la peine d’en faire tout un plat, la prochaine fois ce sera peut-être toi et ça m’étonnerait qu’Adèle le fasse remarquer ! »

« Non, Adèle, ce n’était pas très gentil, ce n’est pas rien. Moi ça me ferait de la peine si mon mari faisait de telles remarques sur moi. Surtout qu’en plein milieu d’un dîner, ça ne sert à rien. »

Mes exemples sont triviaux, volontairement, car l’empoisonnement de la violence psychologique se joue à petite touche sur les choses concrètes de la vie quotidienne. Ne soyons pas des complices ignorants !

Réagissez : si ca ne vous semble pas normal, c’est parce que ca ne l’est pas !

Quant à vous, à qui ces remarques désobligeantes, cruelles et menaçantes s’adressent, ayez confiance en vos instincts.
Reprenez confiance en votre jugement. Si ces remarques et ces comportements vous blessent, c’est qu’ils sont blessants. Justifiés ou non, ce n’est pas ce qui est important.

 

contre les agressions Une petite histoire vraie… qui illustre bien cet article

 

Je me souviens d’un dîner, il y a des années. Le bouchon en liège passait de main en main, car notre hôte avait des doutes sur la bouteille de vin qu’il avait ouverte.

Quand soudain, Robert a dit tout fort, en parlant de sa femme : « C’est pas la peine de le passer à Yoko, elle sait pas faire la différence entre un grand cru et de la piquette ! »

Je n’invente pas, ça s’est vraiment passé ! Et en plus quelle importance ? Elle le savait certainement qu’elle n’y connaissait rien, si c’était vrai, et elle ne s’apprêtait sans doute pas à faire de grand discours sur le sujet… Moi je l’avais reniflé, le bouchon, et je n’y connaissais rien non plus. Et puis, soit dit en passant, comment apprend-on si on n’essaie pas ?

Yoko a relevé le nez, elle a pris une grande respiration tout en fixant son mari assis de l’autre côté de la table (nous étions une douzaine), et elle lui a dit très calmement :
« Ce n’était pas très gentil. »

Cette réponse simple et directe est tombée dans le silence qui s’était installé au commentaire de Robert. Nous en avons tous eu honte pour lui. Nous avons eu honte de nous-mêmes aussi, d’ailleurs. Il s’est excusé. C’était pour moi un bel exemple d’une femme qui sait où sont ses propres limites, ce qu’elle est prête à laisser passer —ou non — et qui sait l’exprimer sans agressivité. À l’instar de Robert, nous commettons tous des bévues occasionnelles, mais dans le doute, si elle, elle n’avait rien dit… qui s’en serait chargé ?

Soyons vigilants. Ainsi nous aiderons peut-être dans la foulée des Adèle et des Yoko, ce qui est mieux que de n’aider ni l’une ni l’autre !

Si vous comprenez l’anglais, voici l’interview de Jordan Peele
ainsi qu’un article de Psychology Today au sujet du film Get Out.

Et vous ? Vous est-il arrivé d’assister à de telles scènes ? Avez-vous réagi, et comment ? Comment dominez-vous vos peurs ? Partagez ci-dessous, que nous apprenions de nos erreurs et que nous découvrions de nouvelles manières d’intervenir pacifiquement.
Merci !

Source photo d’en-tête: Get Out public promotional image

Publié le 2 août

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Virginie Loÿ

Je m’appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d’une relation abusive ou violente.

2 thoughts on “Le réalisateur du film GET OUT nous parle de dominer sa peur”

  1. Bonjour Virginie,

    J’ai vraiment apprécié lire ton article.
    J’ai vu ce film et il m’a beaucoup interpellé aussi.

    Le fait que tu le lis aux histoires conjugales, je trouve ça vraiment une très bonne idée.

    Ce film apporte beaucoup de réflexions sur les jugements que l’on peut se créer, le côté paranoïaque que l’on croit avoir ou que l’on a réellement.
    Il est bien difficile par moment de faire la part des choses.

    A plus
    Evan

    1. Merci Evan.
      Bon choix de mots: effectivement, où est la limite entre la réalité et la paranoïa? C’est un dilemne pour les victimes qui perdent peu à peu leur repères. Ravie que l’article t’ait plu.

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