Pourquoi y a-t-il tant de pn?

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On parle de pn, pervers narcissique, partout. Sur les réseaux sociaux, dans les médias, à la télé, dans les cabinets de thérapeute, chez les coachs, au travail… On dirait qu’il y a des pn partout. D’un côté, de nombreux professionnels disent que ce trouble extrême, la perversion narcissique, n’est pas si fréquent. De l’autre, les dégâts causés par les relations abusives sont immenses. Que signifie réellement le terme de pn ? Et pourquoi tant d’autres définitions qui s’entrechoquent : manipulateur, misogyne, passif-agressif, psychorigide, alcoolique, et toutes les versions mélangées de tous les travers humains ? J’ai enfin trouvé l’explication à cette disproportion mystérieuse en lisant le livre de Lundy Bancroft « Why does he do that ? » (« Pourquoi fait-il cela ?), ce que j’explique dans cette vidéo.

Homme abusif = pn ? Pervers narcissique ? Abuseur ?

 

Dès le début de ce livre (en anglais), l’auteur explique qu’il utilise le terme « abuser » (abuseur) pour définir les hommes colériques et en quête de contrôle dont il va parler. C’est le terme générique qui choisit pour englober les nombreuses facettes manifestées par les hommes violents, abusifs ou toxiques. C’est à ce moment que j’ai (enfin) compris, qu’en français, nous n’avions pas de mot spécifique qui recouvre le même concept. Pourtant, le phénomène est ample et dévastateur. C’est donc pour cela que nous nous sommes approprié le terme « pn » : il nous sert pour définir les personnes toxiques, abusives et violentes dans toute leur diversité. Les vrais pervers narcissiques sont rares, comme le confirme Lundy Bancroft. Ceci ne minimise en rien la nocivité de tous les hommes qu’il nomme « abuser » en anglais et que nous classons en français sous l’étiquette vague de pn.

 

Trouble psychologique ou choix de valeurs ?

 

D’après lui, le nombre d’ hommes souffrant réellement de trouble psychologique est minime (moins de 5%). Le reste des hommes qui se comportent avec violence avec leur compagne sont des hommes qui ont choisi un système de valeurs qui les place au-dessus de tout le monde, particulièrement au-dessus des femmes et plus particulièrement encore, au-dessus de leur femme.

S’ils ne changent pas, ce n’est pas qu’ils ne peuvent pas changer, mais bien parce qu’ils ne veulent pas changer. Ils n’entrent jamais dans un programme de réhabilitation de plein gré (c’est toujours sur injonction de la justice ou parce que leur compagne menace de les quitter) et une majorité écrasante ne termine pas le programme. En effet, ils s’aperçoivent très vite qu’ils devraient revoir tout leur système de valeurs avec, pour conséquence, la perte de tous les avantages qu’ils obtiennent en utilisant leurs techniques : manipulation, intimidation, gaslighting, chaud-froid, mensonge, excuses pour raccrocher leur victime quand elle menace de partir, violence psychologique, verbale, physique, sexuelle, économique, etc. Les phases de justification, d’excuse et d’accalmie sont partie intégrante du cycle de violence (même quand il s’agit « seulement » de manipulation ou d’abus psychologiques).

Avec toute son expérience, et celle cumulée des professionnels avec lesquels il travaille, la conclusion de Lundy Bancroft est qu’un homme abusif ne changera pas.

Réhabilitation : est-ce possible ?

 

En 15 ans, Lundy Bancroft est devenu expert en ce qui concerne les solutions pour enrayer le problème posé par la prolifération de pn. Il a accompagné plus de 2000 hommes dans un programme de réhabilitation très serré. Il forme désormais des professionnels (lois, police, etc.) afin qu’ils comprennent les dynamiques de relation abusives.

Il enseigne notamment qu’être « neutre » est se placer du côté de l’agresseur. Pour lui, les véritables clients d’un programme de réhabilitation sont les femmes qui sont victimes de leur compagnon. Un programme sérieux de réhabilitation doit impérativement communiquer avec celles-ci et leur donner accès à toutes les informations qui leur permettront de se protéger ET de se défendre (physiquement et juridiquement). Selon lui, on ne peut considérer qu’un homme a réellement changé que quand il a suivi un travail de réhabilitation pendant 2 ans et une mise à l’épreuve pendant les 2 années suivantes : c’est-à-dire que dans les 2 années suivant le programme, il n’a manifesté aucun retour à ses comportements abusifs (paroles, gestes, conduite, etc.).

Selon Lundy, recommander la thérapie à un homme abusif est un danger plutôt qu’un secours. D’une part, les pn ont tendance à engranger tout ce qu’ils apprennent de leur thérapeute et à s’en servir plus tard contre leur femme au point d’essayer de la faire passer pour folle et pour manipuler les autorités, notamment dans les conflits sur la garde des enfants. D’autre part, il estime que le secret médical représente une menace pour la femme : pour lui, c’est la protection de la femme et des enfants qui est le principal enjeu d’un programme de réhabilitation.

Malgré toute son expérience, Lundy Bancroft nous rappelle un constat déjà fait une multitude de fois avant lui. Un homme violent, un pn ne change pas.

 

Pn, pervers narcissique, manipulateur, … : attaches-tu de l’importance au terme utilisé ? Est-il utile à ton avis de pouvoir définir précisément le comportement de l’auteur des abus ?

Les pn ne sont pas tous des pervers narcissiques, mais ce sont tous des hommes abusifs.
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Photo (modifiée) Eliud Gil Samani, merci Unsplash

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Virginie Loÿ
Je m'appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d'une relation abusive ou violente.

3 thoughts on “Pourquoi y a-t-il tant de pn?”

  1. Bonjour Virginie,

    pour moi haut potentiel et surdouée … oui c’était nécessaire de comprendre ce fonctionnement de PN pour me reconstruire .. notre cerveau en ébullition adore réfléchir comprendre apprendre .. il a d’ailleurs su utiliser cet espace pour que je me concentre sur lui obsessionnelle pour tenter de résoudre pb et difficultés de la relation .. mais j’ai pu m’extraire de tout ce brouillage mental et le voir et comprendre ..

    pour d’autres peut etre moins essentiel .. peut etre qu’un “c’est un con tordu” suffit et elles passent à autre chose ..

    c’est la culpabilité qu’il induit qui nous fait trop cogiter.. il est sain de trier tout ça et de comprendre les rouages d’une manipulation et d’une emprise pour s’immuniser..

    là je suis pas d’accord avec vous .. (mais c pas grave c’est mon opinion!) .. le PN est un malade mental .. (pour moi) c’est connu qu’il lui manque des circuits neurologiques et qu’il n’a pas les outils pour se remettre en question .. (il n’a pas le pack sensible et empathique .. difficile de changer donc) ..
    même s’il le veulent ils ne le peuvent vraiment .. ils peuvent s’améliorer et ça juste pour les narcissiques non pervers … mais les pervers .. qui sont psychopathes sociopathes comme disent les anglais … no way .. y a pas de guérison et peuvent être très dangereux et vous tuer ..

    Faut pas sous estimer leur influence toxique néfaste et mortifère .. qui mène aussi au suicide..
    et c’est formidable que vous en parliez pour alerter ..

    Merci

    Cordialement

    1. Merci, Lisa, pour ce commentaire.
      Effectivement, les personnes surefficientes, surdouées, haut-potentiel, hypersensibles, zèbres (etc.) sont en grande proportion parmi les personnes que j’accompagne. (Christel Petitcollin en parle très bien dans ses livres) Notre empathie peut se retourner contre nous.

      Mais quand nous avons identifié pourquoi nous avons eu tant de mal à trouver notre place dans la société (qui fonctionne en accord avec les besoins de la majorité, donc pas des nôtres), que nous avons appris à utiliser avec discernement notre compassion et à poser nos limites avec bienveillance, rien ne nous empêche de nous réaliser.
      Et là, notre marginalité devient originalité, inspiration et créativité, et nous transcendons notre vie.

      Petit rectificatif en ce qui concerne les PN : je suis tout à fait d’accord, la perversion narcissique est une maladie mentale, dont le diagnostic est délicat vu que ce n’est quasiment jamais la personne qui en souffre qui consulte. L’étiquette « pn » est apposée de manière indéterminée à toutes sortes d’hommes abusifs (ce que dit Lundy Bancroft), sans que ceux-ci soient pour autant pervers narcissiques, parce que nous n’avons pas — en français — de terme générique qui corresponde à l’anglais « abuser ».

      En français, le terme abuseur est plutôt utilisé dans le contexte des abus sexuels, ce qui est très limitatif, étant donné que l’éventail des troubles est large, de la psychorigidité, aux addictions, à la mauvaise construction/manque de repère, jusqu’aux cas les plus graves et dangereux de perversion narcissique et de psychopathie.
      Beaucoup d’articles se concentrent effectivement sur la perversion narcissique qui se trouve à un extrême du spectre des dysfonctionnements : tant mieux, cela délie les langues.
      Le risque cependant, c’est que les femmes qui s’inquiètent de comportements toxiques et ne lisent qu’à propos des cas les plus graves en concluent que « chez elles, ce n’est quand même pas si grave… donc ça doit être normal ».

      Une relation peut-être extrêmement destructive sans pour autant qu’il soit question de perversion narcissique diagnostiquée ou “diagnosticable”.

      Plutôt que de décrypter l’autre, il me semble encore plus pertinent de retourner le miroir vers soi et de se demander : qu’est-ce que je ressens le plus souvent ? Est-ce que j’ai envie de vivre dans la peur ? Est-ce que je suis heureuse ?

  2. Merci, Lisa, pour ce commentaire.
    Effectivement, les personnes surefficientes, surdouées, haut-potentiel, hypersensibles, zèbres (etc.) sont en grande proportion parmi les personnes que j’accompagne. (Christel Petitcollin en parle très bien dans ses livres) Notre empathie peut se retourner contre nous.

    Mais quand nous avons identifié pourquoi nous avons eu tant de mal à trouver notre place dans la société (qui fonctionne en accord avec les besoins de la majorité, donc pas des nôtres), que nous avons appris à utiliser avec discernement notre compassion et à poser nos limites avec bienveillance, rien ne nous empêche de nous réaliser.
    Et là, notre marginalité devient originalité, inspiration et créativité, et nous transcendons notre vie.

    Petit rectificatif en ce qui concerne les PN : je suis tout à fait d’accord, la perversion narcissique est une maladie mentale, dont le diagnostic est délicat vu que ce n’est quasiment jamais la personne qui en souffre qui consulte. L’étiquette « pn » est apposée de manière indéterminée à toutes sortes d’hommes abusifs (ce que dit Lundy Bancroft), sans que ceux-ci soient pour autant pervers narcissiques, parce que nous n’avons pas — en français — de terme générique qui corresponde à l’anglais « abuser ». En français, le terme abuseur est plutôt utilisé dans le contexte des abus sexuels, ce qui est très limitatif, étant donné que l’éventail des troubles est large, de la psychorigidité, aux addictions, à la mauvaise construction/manque de repère, jusqu’aux cas les plus graves et dangereux de perversion narcissique et de psychopathie.

    Beaucoup d’articles se concentrent effectivement sur la perversion narcissique qui se trouve à un extrême du spectre des dysfonctionnements : tant mieux, cela délie les langues.
    Le risque cependant, c’est que les femmes qui s’inquiètent de comportements toxiques et ne lisent qu’à propos des cas les plus graves en concluent que « chez elles, ce n’est quand même pas si grave… donc ça doit être normal ».

    Une relation peut-être extrêmement destructive sans pour autant qu’il soit question de perversion narcissique diagnostiquée ou diagnosticable.

    Plutôt que de décrypter l’autre, il me semble encore plus pertinent de retourner le miroir vers soi et de se demander : qu’est-ce que je ressens le plus souvent ? Est-ce que j’ai envie de vivre dans la peur ? Est-ce que je suis heureuse ?

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