J’ai peur que mon fils devienne comme son père

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devienne-comme-son-pèrePendant 26 ans, Myriam a souffert sous l’emprise de son mari. Elle l’a quitté, mais aujourd’hui, elle s’inquiète du comportement de son fils de 19 ans.
« J’ai peur que mon fils devienne comme son père. Comment réagir? me demande-t-elle ».
Myriam est loin d’être la seule personne à se soucier de l’influence de son ex-conjoint sur leurs enfants à l’issue d’une relation abusive ou violente. Ces préoccupations sont d’autant plus angoissante que le père montre des signes de perversion narcissique, ou de comportement de manipulation.

Cet article fait partie de la série dans laquelle je réponds aux questions que vous m’avez envoyées.

 

Dans ma réponse, je vous propose d’examiner les différents aspects de cette question, qui touche à un sujet très vaste :

  • de quel type de peur parle-t-on ?
  • la mauvaise influence d’un parent toxique : est-ce une fatalité ?
  • que souhaite-t-on réellement pour son enfant ?
  • comment reformuler « peur que mon fils devienne comme son père » en un objectif concret et réalisable.

 

I. La peur, c’est quoi ?

 

La peur, d’après le dictionnaire, est un état affectif qui accompagne la prise de conscience d’une menace ou d’un danger réel ou imaginaire.

La peur est donc une émotion engendrée par une pensée.

 

Les peurs dont vous me faites part sont très nombreuses et variées.
Je reçois beaucoup de questions : peur de ton ex, peur de ne pas t’en sortir financièrement, peur d’être seule, peur que ton enfant devienne comme son père, qu’il soit retourné contre toi, etc.

Si l’on met de côté la peur instinctive et primitive, qui nous protège des dangers immédiats, nos peurs sont créées par les pensées que nous entretenons dans notre tête.

La plus grande partie de ces peurs est totalement inutile.
Je les appelle « peurs-CINÉMA », car nous les générons sur la base de scénarios fictifs que nous créons de toutes pièces par nos pensées, et non pas par rapport à des réalités objectives.

 

Apprendre à comprendre ses véritables émotions et à reformuler ses pensées
en dehors d’un « J’ai peur que… »
est un premier pas pour t’aider à
trouver des solutions et pour surmonter ton sentiment d’impuissance.

Je te propose une reformulation en 3e partie de l’article.

Pour travailler sur tes peurs, les identifier, les classer et pour trouver les méthodes adéquates pour les surmonter, je te propose de consulter cet article.

 

II. L’influence des parents toxiques sur leurs enfants

 

Cette problématique est actuellement — et à juste titre — très médiatisée.

Les dysfonctionnements du couple, la violence, la manipulation et les abus ont tous des répercussions sur les enfants.
Ceci n’est plus à démontrer, mais malheureusement de nombreux enfants continuent de « payer les pots cassés ».

S’inquiéter de leur sort est primordial, d’autant plus que sans soin ou aide, ils transporteront avec eux vers l’âge adulte les comportements et les traumas de leur enfance.

 

Ce constat ne doit cependant pas faire oublier le fait que tout n’est pas fatalité.
Avoir ces informations permet de réagir et de se prémunir.
Nous avons toujours des choix, y compris celui de changer de cap et de se faire aider.

 

Myriam ne précise pas quels sont les défauts ou traits paternels qu’elle ne souhaite pas pour son fils.
Elle a simplement « peur que son fils devienne comme son père ».
Mais cet enfant a bien deux parents, non ?

J’aimerais par conséquent offrir une piste de réflexion sur un axe un peu différent:

 

Nous devons nous rappeler que le couple parental est formé de deux individus.
Dans un couple qui a été marqué par une relation d’abus,
ces deux personnes forment une paire du type prédateur/proie, bourreau/victime, dominant/dominé…
Quelle que soit l’appellation donnée,

Ni l’une ni l’autre de ces deux personnes n’est équilibrée
et ne donne un bon modèle à son enfant.

 

Si tu veux le meilleur pour ton enfant,
tu souhaites sans doute
qu’il devienne un être sain, équilibré, indépendant et heureux.

 

À mon avis, il n’est pas utile d’avoir plus peur de l’influence du père que de ta propre influence.
Au contraire, mieux vaut considérer que les dés ne sont pas jetés et qu’il est possible de reconstruire. Différemment.

Notre responsabilité, en tant que parents, est de mener par l’exemple.

En quittant le manteau de victime
et en travaillant toi-même à devenir une femme équilibrée, indépendante et heureuse,
tu as le pouvoir de donner à ton enfant l’exemple de ce que tu souhaiterais qu’il devienne.

 

Cette approche me semble plus constructive, puisqu’il s’agit de recomposer,
non pas en réaction à ce que tu ne souhaites pas,
mais dans l’objectif des valeurs que tu désires et du bonheur que tu veux bâtir.

Dans cette démarche, je te conseille fortement d’utiliser toutes les ressources auxquelles tu as accès
et qui te semblent convenir aux problématiques que tu rencontres,
pour toi comme pour ton enfant : psy, coach, groupe de parole, médecin, assistante sociale, etc.

 

III. Reformulation : “J’ai peur que mon fils devienne comme son père”

 

1- Exemple de la reformulation

 

Avec les deux parties précédentes en tête,
je propose de reformuler cette phrase de telle sorte qu’elle devienne
une pensée concrète et constructive, qui te permet « d’asseoir » ton intention.

 

Je propose de modifier:

– le début de la phrase : « j’ai peur que »
avec un verbe qui ne soit pas lié à des sentiments de crainte ou de peur,
puisque ces émotions n’ont pas lieu d’être ici.
Par exemple : « je ne souhaite pas »

la fin de la phrase : « que mon fils devienne comme son père »
avec un objectif précis.
Par exemple, « que mon fils me parle méchamment »,
« que mon fils ne participe pas aux tâches ménagères »,
« que mon fils fume à la maison », etc.

Prenons, pour l’examiner, la phrase :

“Je ne souhaite pas que mon enfant me parle méchamment”

Cette phrase reformulée te permet :

  • de reprendre contrôle sur ce que tu souhaites, en te donnant la possibilité de redevenir actrice de cette phase de développement : tu décides de ce que tu souhaites et ne souhaites pas dans ta vie.
  • de définir ton objectif : que ton enfant ne te parle pas méchamment
  • de point de départ pour décider des actions que tu peux mettre en place pour atteindre cet objectif : mettre des limites claires, accueillir le discours de ton enfant et son malaise de manière à instaurer un dialogue plus respectueux des deux côtés, etc.

Quand tu ne fonctionnes plus dans la peur et la résistance,
ton enfant aussi va recevoir un message plus rassurant et bienveillant,
fondé sur l’autorité intérieure sur laquelle tu t’es « assise »,
ce qui vous permettra tous les deux d’avancer avec davantage de fluidité dans cette démarche.

 

2- Comment tu peux l’appliquer

 

Comme de coutume, je te propose de travailler par écrit pour :

  • définir quelles sont exactement tes craintes, ce que tu ne souhaites, ou ne souhaites pas
  • et à les reformuler de manière à identifier les actions concrètes qui peuvent vous permettre de progresser ensemble dans la voie que tu as choisie.

 

Note : j’ai pris volontairement un exemple réaliste, qui modifie et précise la phrase de départ, sans toutefois être inaccessible. C’est une phrase à laquelle tu peux t’associer, et cela est un élément important dans la reformulation.

Si tu reformules en « Je veux que mon fils me traite avec le plus grand respect » alors que pour l’instant, il ne te parle pas, la tâche sera vague, les actions à mettre en place sembleront hors de portée, car trop éloignées du comportement actuel, tu n’y croiras pas, la résistance persistera, et rien n’avancera dans le bon sens…
Mieux vaut changer à petits pas, en faisant une chose par jour !

 

 

Je suis curieuse de savoir ce que tu penses de cette approche. Quels sont les obstacles que tu rencontres pour mettre de nouvelles pratiques ou pensées en application ?

Fais part de tes commentaires ou de tes questions sous l’article, tes remarques aideront certainement une autre personne. Merci !

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Attribution des photos : Yaoqi Lai (couverture)

Publié le 11 mars

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Virginie Loÿ
Je m'appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d'une relation abusive ou violente.

One thought on “J’ai peur que mon fils devienne comme son père”

  1. Je transmets ici -et avec son accord- le témoignage d’Anne, que j’ai reçu par ma page contact.
    Il peut certainement aider d’autres personnes qui s’interrogent sur le sujet traité dans cet article.

    “Je peux témoigner et si cela peut être utile, n’hésite pas à transmettre ce que tu retireras de mon expérience.

    Avec mon premier mari, j’ai eu 4 enfants. Le dernier avait 2 mois quand j’ai demandé le divorce. À sa naissance la belle-famille et le père avaient formulé des doutes, parfois ouvertement, quant à sa paternité. Il n’a pas beaucoup vu son père petit, mais a bénéficié des week-ends et vacances classiques à partir de l’âge de 5 ans.
    En grandissant, c’est celui qui ressemblait le plus à son père, physiquement et par sa forme d’intelligence. Surdoué en maths et high-tech avec un désintérêt flagrant pour d’autres matières (notamment s’il y avait effort à fournir).
    À l’adolescence, son caractère s’est affirmé avec une phase très revendicatrice, intolérable à la frustration, des réactions parfois impulsives et violentes et une tendance à toujours incriminer les autres ainsi qu’un sentiment de toute-puissance, au-dessus des lois…

    Était-ce l’exacerbation de l’adolescence ou, ainsi que l’idée s’infiltrait en moi, avais-je « reproduit » le même modèle qu’avec le père et, moi qui avais eu tant de mal à me dégager de cet homme, n’allais-je pas me retrouver devant sa copie conforme intra-muros ?
    J’ai aussitôt pris conscience, Sans pour autant le lui dire, que je risquais de lui transmettre inconsciemment cette étiquette.
    Je ne savais pas ce qu’il pensait de son père. La question étant aussi « Avait-il le sentiment de ne pas avoir été reconnu par ce dernier en tant que fils s’il avait-il entendu les soupçons dans sa petite enfance…

    Puis un jour, miracle, son père lui a fait faire un stage dans son entreprise en informatique. À son retour, mon fils était heureux comme tout de me montrer son rapport de stage. Fier de son père et, apparemment, de lui-même.

    Ce que je n’ai pas rapporté à mon fils fut la réflexion, par téléphone, de son père à l’issue de ce stage. “ Oui enfin… il croit tout savoir, mais il ne sait rien ”
    Puis mon fils a atteint les 17/18 ans. Tous les gens qui le voyaient et avaient connu son père s’exclamaient que c’était son portrait craché. Et au niveau des attitudes, mon fils adoptait le même rythme biologique que son père.

    Je me suis observée.
    La peur était là, mais aussi… une certaine fierté.
    Car au fond, cet homme, j’en étais bien tombée amoureuse justement pour ce côté “ surdimensionné ”.
    Alors j’ai décidé de ne garder que le bon.
    Parfois, il m’arrivait de faire remarquer : “ Tiens, ton père avait le même problème pour se coucher ”.
    Un jour, remarquant qu’il était souvent dans une forme d’impatience et d’intransigeance, mon fils m’a dit : “ Maman, j’ai peur d’être comme papa. ”
    Je ne lui ai pas demandé de détailler le comment, je lui ai dit :
    “ Tu es TOI. Tu as pas mal de points communs avec ton père. Les traits qui m’ont plu et qui ont fait que je me sois engagée à faire des enfants avec lui. Tu les as et tu peux en faire quelque chose.
    Moi, je t’aime. Parce que tu es mon bébé, le petit garçon que j’ai vu grandir et aussi parce que tu es son fils, pour ce que tu as pris de bien de lui. Mais je t’aime par-dessus tout parce que tu es toi. Je t’aime et te respecte pour l’homme que tu es en train de devenir. C’est toi qui te construis et tu es libre ”.

    Il s’est lancé dans l’informatique. Se couche à 3 ou 4 h et va travailler à midi. Mais il est droit, humble, responsable, empathique, respectueux de sa chérie depuis 7 ans. ”

    Merci Anne, d’avoir partagé ton expérience avec nous.

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