La personnalité narcissique selon le Docteur Jean Cottraux

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personnalité narcissiqueLe docteur Jean Cottraux a écrit un livre : « Tous narcissiques- I love myself », une bonne occasion pour faire le point sur la personnalité narcissique.
Pour le psychiatre, le problème n’est pas l’existence de la « personnalité narcissique » en soi, car ce trait de personnalité est un élément constituant de chacun de nous. Le problème est de trouver l’équilibre entre notre propre narcissisme et la partie de nous qui va vers les autres.

Dans un éventail de degrés de narcissisme variés, la plupart de nous apprennent dès l’enfance à trouver cet équilibre.

Dans les entretiens qu’il a accordés à Bénédicte Draillard, de RCF Radio, Jean Cottraux explique ce qu’il considère comme les causes de la prolifération de la personnalité narcissique et les types de narcissismes qui diffèrent de celui « normal » dont fait preuve la majorité d’entre nous. Il expose ses préconisations pour prendre un chemin plus sain :

  • au niveau de l’ensemble de la société, par de meilleurs enseignements dès l’enfance
  • au niveau de l’individu (et pour ceux qui en sont capables) par des thérapies adaptées.

 

D’après le psychiatre Jean Cottraux, les dérives du culte de soi : individualisme, hyper-consommation et hyper-sexualité prennent leurs racines dans les années 70, dans la culture du narcissisme.

Ce phénomène s’est renforcé avec l’abondance des biens dans nos cultures occidentales : plus besoin de partager pour survivre. Le renforcement de la notion d’estime de soi intrinsèque (qui a généré le concept de l’enfant-roi) a occulté le fait que notre valeur dépend non seulement de ce que nous sommes, mais aussi et surtout de ce que nous réalisons concrètement.

Que créons-nous dans notre travail, avec les autres et sur nous-mêmes ? Sans direction claire dans leur vie, sans sens apporté à leur existence, de nombreuses personnes se sentent déprimées et inadéquates.

Les conséquences sont lourdes puisque l’on compte désormais davantage de dépressions et trois fois plus de troubles narcissiques qu’il y a cinquante ans.

 

 

Personnalité narcissique : les différents types

 

Le docteur Jean Cottraux classe les troubles de la personnalité narcissique en quatre grands groupes.

Sa description est très proche de celle du Dr Craig Malkin dans son ouvrage « The narcissist Test ». (2015, pas traduit, lien si vous lisez sans problème en anglais). 

Le Dr Craig Malkin définit ses trois groupes notamment en établissant un lien entre les capacités d’empathie, le type d’empathie et les caractéristiques de personnalité narcissique. Il les répartit en « narcissique négatif », qui correspond au groupe instable ci-dessous, en « neutre », le groupe auquel appartient la majorité d’entre nous, qui bénéficions d’un narcissisme dit « sain », à des degrés divers. Enfin, sa dernière catégorie est celle du narcissisme « positif » qu’il faut comprendre non dans le sens de la positivité, mais « en excès par rapport à la norme ». Il inscrit dans ce groupe les types que le psychiatre Jean Cottraux définit comme la personnalité narcissique malveillante et celle à haut fonctionnement. Pour lui, la ligne entre les deux est donc bien fine…

 

Voici les différents types décrits par Jean Cottraux :

 

1. Personnalité narcissique malveillante

 

C’est la souffrance des personnes à son contact qui définit ce qu’est cette personne. Elle évolue souvent de manière cachée, la façade qu’elle présente montre un individu qui en surface est bien adapté à la société. Cette personnalité narcissique éprouve peu de culpabilité, voire une certaine jouissance.

Cette forme a fait l’objet d’une vulgarisation médiatique qui l’a fait connaître à un large public (pervers narcissique, couramment abrégé PN). Le revers de la médaille est la généralisation et l’abus de l’usage du terme, qui est source de confusion. Il n’est pas le seul thérapeute à le regretter.

Avec eux :

Selon Jean Cottraux, il faut les fuir ou les confronter à la loi.

Traitement :

Cette personnalité narcissique ne consulte pas de thérapeute, puisqu’elle ne souffre pas. Sa manière de se comporter lui fait du bien, à elle, et cela lui suffit. Ce sont ses victimes qui cherchent de l’aide et consultent.

 

2. Personnalité narcissique instable

 

Cette personne est face à un paradoxe gigantesque. D’un côté, l’idéalisation de soi et de l’autre, la frustration de ne pas atteindre ses objectifs ou son ambition, souvent inatteignables (et quelques fois assignés par ses parents). Cette personne, difficile à vivre, est en souffrance et peut se tourner vers la dépression, du fait d’être confrontée à cette dualité.

 

Avec eux :

Il convient d’apprendre à affirmer ses droits, sans nier ceux des autres, et à s’opposer. Donc d’apprendre à se respecter soi-même. Selon le psychiatre, la thérapie cognitive et comportementale peut aider la personnalité narcissique instable et la personne qui en est victime.

Traitement :

Cette personne peut être amenée à consulter pour se débarrasser de sa souffrance ou de sa dépression. Jean Cottraux constate que seule la personnalité narcissique qui accepte les limites placées par le thérapeute a le potentiel « d’entrer » en thérapie.
Les thérapeutes ont des outils à leur disposition pour repérer à travers le mode de fonctionnement de leur patient des schémas comportementaux, parfois mis en place très tôt dans l’enfance. (Par exemple, une carence affective, ou bien une profonde humiliation qui peut engendrer une existence entière sur le mode de la « compensation ».)

 

3. Personnalité narcissique à haut fonctionnement

 

Cette personnalité narcissique place sa « gloire », dans la réalisation d’une œuvre sociale, politique ou artistique. Là, elle rejoint les gens « normaux ». Sans ces personnalités, il y aurait peu de leaders.

Cette personne est orientée vers la réussite, et ceci d’une manière « grandiose ». Elle est capable de fédérer les autres à sa suite. C’est dans ce groupe que l’on retrouve les grands hommes d’État, les grands artistes, etc. Il arrive que ces personnalités soient cependant à la limite de l’instabilité ou de la malveillance.

 

Le quatrième groupe est celui dans lequel se trouve la plus grande partie d’entre nous dont le narcissisme se situe à un niveau sain.

 

pervers narcissique

Personnalité narcissique : des solutions ?

 

Selon le psychiatre, l’éducation des enfants serait la première étape pour corriger ce mouvement, notamment par le biais de la psychologie positive : limiter l’égocentrisme et développer l’empathie, le partage, l’altruisme, la politesse et la gratitude. Ceci pourrait se faire aussi bien dans le cadre familial qu’à l’école.

“Haïssez-moi ou aimez-moi,
peu importe,
car c’est toujours moi
que je regarde à travers vous” 

 

déclare Jean Cottraux en reprenant un vers de la chanson « Confidence pour confidence » (Jean Schultheis)

Pour les personnes qui cherchent des solutions dans le domaine personnel, voici deux approches qu’il recommande :

 

La technique compassionnelle 

 

Cette technique est adaptée des méditations bouddhistes. Beaucoup de nous ne savons pas ressentir la compassion. En premier, nous ne l’éprouvons pas envers nous-mêmes, et par conséquent, pas pour les autres.
Cette technique consiste à apprendre à créer une « image compassionnelle » à associer à un événement négatif de sa vie, une image apaisante qui accompagne avec compassion et sans jugement.

Dans la même dynamique de technique compassionnelle s’inscrivent : s’écrire une lettre avec bienveillance, ou bien tenir un journal de gratitude.

 

La thérapie du bien-être

 

Pour Jean Cottraux, le bien-être se partage entre « bien se sentir » et « faire des choses positives ».
Son expérience de thérapeute lui a permis d’observer qu’il est possible de remédier à certains états dépressifs en « faisant », car on donne alors du sens à sa vie.

Cette approche préconise de tenir un journal, pour observer ses émotions et les pensées qui les génèrent.
Ainsi il est possible de remonter le fil et de trouver les sources de ses malaises, puis d’instaurer des changements adaptés et durables dans sa vie.
(Ces techniques sont aussi celles du développement personnel, très bien expliquées par Clotilde Dusoulier dans son podcast : Change ma vie, ou Brooke Castillo : The Lifecoach School, ce dernier, en anglais). 

 

Pour lui, la personne narcissique instable (la seule susceptible de chercher de l’aide) peut bénéficier de cette forme de thérapie, particulièrement si elle fait aussi l’effort de comprendre d’où vient son fonctionnement narcissique.

 

Tous narcissiques ?

 

Les médias ont permis de diffuser le concept de la perversion narcissique, à un point qui porte parfois à la confusion. La personnalité narcissique instable ou malveillante est manipulatrice et il semble parfois que les violences conjugales, et tout particulièrement la violence psychologique, soient systématiquement attribuées à un cas de perversion narcissique.

 

C’est une généralisation un peu abusive, qui tend à déresponsabiliser la victime.

Que l’on ne me fasse pas dire, ce que je ne souhaite pas dire, les auteurs de violence sont toujours responsables et coupables de leurs gestes, paroles et actions.

 

Cependant, attribuer tous mes problèmes au dérèglement psychologique d’une tierce personne n’est pas une attitude susceptible de développer en moi le sentiment que je peux contrôler ma vie. Or, nous avons toujours le pouvoir de prendre dans nos vies les décisions qui sont bonnes pour nous, même si parfois c’est difficile et compliqué.

D’autre part, si tous les pervers narcissiques sont par définition manipulateurs, l’inverse n’est pas vrai. Nous utilisons tous des techniques de manipulation dans notre vie quotidienne. Quelques fois nous sommes manipulés, quelques fois nous manipulons. Avec nos enfants, au travail, dans un magasin, dans nos relations familiales ou même amicales… Ce n’est pas forcément glorieux, mais tant que ce n’est pas unilatéral ou systématique, ce n’est que très humain.

Enfin, si les auteurs de violences ont pour la plupart un défaut d’empathie, les classer dans une catégorie unique ne rend service à personne.

 

jean cottraux

Le plus important à mes yeux …

 

…n’est pas la classification des auteurs de violences dans des catégories, mais la reconnaissance de la personne qui souffre, dans l’unicité de son histoire, dans la singularité de son parcours et dans les particularités de sa situation.

 

Il est à mon avis toujours plus utile d’écouter la victime. Sans nier les caractéristiques et les comportements de l’agresseur, mais sans faire de lui le coeur du débat.

Pour moi, considérer la personne victime de violences en tant qu’individu à part entière, et non pas en définition par rapport à son agresseur, est la base du respect que nous devons à toute personne.

Et l’écouter quand elle parle de ses souffrances, de son ressenti et de ses problèmes, puis chercher ensemble les solutions qui peuvent s’appliquer à son scénario de vie sont les premiers pas vers la reconstruction.

 

(J’ai écrit mon article sur la base de mes lectures et des entretiens accordés par le docteur Jean Cottraux à Bénédicte Draillard, de RCF Radio, le 30 octobre et le 6 novembre 2017)

N’hésitez pas à me faire part de votre ressenti et de vos expériences, ou bien de votre avis sur ce livre, si vous l’avez lu.

 

Attribution des photos: (couverture et kaleidoscope) Erik Eastman, Jim Jackson

Publié le 20 novembre

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Virginie Loÿ

Je m’appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d’une relation abusive ou violente.

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