Marlène Schiappa comprend-elle la problématique de violence conjugale ?

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marlène schiappaDébut septembre, Marlène Schiappa, secrétaire d’État en charge de l’égalité femmes-hommes, est intervenue à plusieurs reprises sur différents médias, suite à la publication du nombre de femmes tuées par leur compagnon (ou ex-compagnon) en 2016. « Des chiffres d’une glaçante stabilité », a-t-elle annoncé.

Dans son interview sur RTL notamment, elle déplore que les chiffres ne baissent pas malgré une grande mobilisation des services publics. « Les postes de 1280 fonctionnaires sont directement consacrés à la lutte contre les violences conjugales », rappelle-t-elle.

(Ne faites pas la division par le nombre d’habitants pas 1280, ça aussi, c’est glaçant.)

Mme Schiappa ne manque pas non plus de rappeler le rôle des associations et le soutien apporté par le service 3919. Et de nouveau, …la grande mobilisation des services publics. Et les lois de la République qui protègent les femmes.

Qui protègent les femmes… ?


Non, je ne suis pas d’accord, Madame Schiappa.
Je ne pense pas que ces lois protègent les victimes. En théorie peut-être. Mais pas dans la pratique.

Elles ne protègent pas « les femmes » et je ne suis pas sûre qu’elles protègent les hommes victimes de violences non plus. Il se trouve que la grande majorité des victimes sont des femmes. Et que presque toutes les victimes sont mal protégées.

Deux choses me choquent particulièrement dans cet entretien :

 

1.« faire plus de la même chose… » ?

 

Si les solutions existantes ne fonctionnent pas, il serait peut-être temps de réfléchir à de nouvelles manières d’intervenir. Les lois existent, comme le rappelle Madame Schiappa. Alors pourquoi tant de victimes pensent encore qu’aller faire une déclaration à la police, c’est pire que de se taire ?

Pourquoi si peu de professionnels semblent ignorants des processus engagés, notamment ceux de la manipulation, de l’emprise, de la peur ?

Je veux bien admettre que Madame Schiappa est toute nouvelle dans son emploi, mais il en faudra davantage pour me convaincre que des solutions vont être trouvées. Car cet entretien, qui se concentre lourdement sur le fait qu’il faut aider les femmes, me semble passer sous silence un point qui, moi, me semble essentiel. Oui, il faut aider les femmes et surtout, IL FAUT PUNIR LES COUPABLES. Vite. Bien. Sans sursis. Sans retour au domicile familial. Sans obliger les enfants à voir un parent violent ou manipulateur.

 

Donc « faire plus de la même chose qui ne marche pas » n’est pas un bon plan. Les associations ont une grande connaissance des problèmes rencontrés, mais de quelle manière utilise-t-on leur expérience ? Et qui donne l’argent aux associations, si ce n’est, en grande partie, l’État ?
Prévention, soutien, justice : il faut faire intervenir ET écouter les experts pour créer de nouveaux moyens d’enrayer ce fléau.

 

2.« rouée de coups » ?

 

Madame Schiappa parle des enfants qui souffrent la violence psychologique de voir leur mère « rouée de coups ».

Et bing : encore une phrase assassine (excusez l’expression), de ces phrases qui font penser aux victimes que tant qu’on n’est pas battue, on n’est pas une victime…

Et qui font que les victimes attendent, et attendent, et attendent encore, avant de se décider à chercher de l’aide.

Et que leurs proches ne comprennent pas qu’il s’agit de violence même s’il n’y a pas de bleus.

Oui, c’est vrai, certaines des femmes tuées par leur compagnon ou ex avaient déjà subi des violences physiques et porté plainte. Mais pas toutes.

Toutes, en revanche, et c’est certain, avaient subit des violences verbales, morales et psychologiques (dont leurs enfants ont souffert tout autant, si ce n’est davantage).

La violence commence bien, bien avant les coups. La violence physique n’apparaît parfois que pendant ou après la séparation. Les peurs des femmes sont fondées. Les statistiques le confirment, le moment le plus dangereux est la séparation et la période qui suit cette séparation.

Donc : il vaut mieux intervenir tôt.

Donc : il ne faut pas envoyer le message que tant qu’il n’y a pas de coups, ce n’est pas assez sérieux.

Donc : il faut éviter les clichés dans toutes les communications à ce sujet.

Les associations petit à petit le comprennent : leur communication inclut de moins en moins de visages tuméfiés et davantage de scènes d’abus psychologiques (à commencer par la vidéo de Fred et Marie, pionnière dans cet engagement).

Que les personnalités publiques apprennent à choisir leur mot serait un bon début dans cette « mobilisation ».

 

 

Je conclurais sur un point sur lequel je suis d’accord avec Madame Schiappa, même si j’ai des difficultés à être optimiste.

 

 3. « … les violences conjugales, c’est l’affaire de toute la société. »

 

Alors là, oui, je suis d’accord avec la secrétaire d’État sur ce concept. Mais nous ne sommes vraiment pas assez nombreux/ses à penser ainsi.

Pourtant, comme je l’ai évoqué auparavant et ailleurs : les enfants mal construits de ces familles sont les futurs amoureux de nos enfants. Des enfants qui seront peut-être incapables de ne pas répéter les schémas familiaux. Alors, comment quelqu’un peut ne pas se sentir concerné ? Ça me dépasse.

Comment ne pas se sentir concerné, quand on sait que cela frappe dans toutes les catégories socioprofessionnelles, à tous les âges, quelles que soient la culture, la religion, l’orientation sexuelle, que ça peut toucher votre sœur, votre amie d’enfance, votre coiffeuse, votre voisine, la maîtresse de vos enfants ? Soi-même peut-être un jour.

La vérité, c’est que les gens qui n’ont pas vu — de leurs yeux, vu — un cas de violence ne veulent pas y croire. Ou bien, ils y croient et le repoussent comme le SIDA dans les années 80, comme si c’était contagieux. Les femmes victimes sont des pestiférées autant que les malades d’alors.

 

Comme si ça s’attrapait en tendant la main à quelqu’un dans le besoin.

 

Toutes les personnes qui s’engagent contre ce phénomène, contre l’injustice du système légal et pénal, contre l’immobilisme ambiant et pour le soutien aux victimes, toutes constatent cette indifférence et la déplorent.

 

Et on n’a malheureusement pas besoin d’aller très loin pour le constater…
J’ai envoyé un e-mail à mon carnet d’adresses pour faire passer des informations au sujet de mon blog (dont l’objet est d’apporter du soutien aux victimes, comme vous le savez), en demandant à chacun de faire suivre à son propre carnet d’adresses. Moins de 5 % ont accusé réception. Peut-être que certains l’ont fait suivre sans me le dire (?) Tous pourtant connaissent de près ou de loin une victime (non silencieuse et sortie d’affaire), puisqu’ils me connaissent… Mais bon.

 

Heureusement qu’internet permet de tisser des liens et de faire circuler l’information sans le soutien des gens qui se lavent les mains du problème (jusqu’à ce que ça arrive tout près d’eux).

 

En conclusion,
Madame Schiappa,
vous avez du pain sur la planche.

 

 

 

Réagissez à cet article. Faites-moi part de vos avis, de vos idées pour faire évoluer les choses, de vos déceptions et de vos engagements. Merci !

publié le 17 septembre

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Virginie Loÿ

Je m’appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d’une relation abusive ou violente.

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