La bénévole d’association contre la violence conjugale : une femme comme vous

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association contre la violence

Aujourd’hui, je vous propose de partager la vie d’une association contre la violence conjugale vue sous l’angle des bénévoles qui, comme moi, y travaillent

car j’aimerais beaucoup démystifier le sujet…

… et vous inciter à ne pas attendre avant de vous renseigner 🙂

 

En effet, nombreuses sont celles qui, coincées dans une relation abusive, se retrouvent isolées. Pas toujours « seules-seules » — certaines ont même une vie sociale très active —, mais isolée avec leur « problème ». Leur entourage, au mieux, ne les comprend pas; au pire, les accuse, et d’une manière générale, se montre incapable d’apporter le soutien dont elles auraient besoin…

Pour nombreuses d’entre nous, le pas à franchir avant de sélectionner « notre » association contre la violence conjugale, puis de passer à l’acte en téléphonant ou en y faisant une visite est gigantesque (… genre Himalaya, si vous voyez ce que je veux dire, cliquez ici pour plus de détail)

J’ai donc choisi de vous faire partager un peu de mes activités, pour vous montrer qu’il n’y a rien d’exceptionnel… et surtout, rien d’effrayant !

 

Dans une association contre la violence conjugale, que font les bénévoles ?

 

La liste de nos domaines d’action est longue !!! Et elle dépend beaucoup des associations ainsi que des capacités et souhaits de chaque volontaire, que ce soit en termes de qualification, de disponibilité, de centre d’intérêt…

1. La permanence téléphonique

Au moment où j’écris ces lignes, je suis assise dans le train, en route pour ma permanence téléphonique. La ligne régulière de l’association nationale pour laquelle je suis bénévole est assurée par une armée de femmes formées à ce travail. Certaines de nous ont suivi un cursus supplémentaire pour répondre aux attentes et besoins de groupes spécifiques, tels que les femmes handicapées, les femmes incarcérées et certaines minorités culturelles, qui peuvent rencontrer des difficultés supplémentaires spécifiques à leur groupe.

Pour des raisons de sécurité, nous assurons notre permanence dans des locaux secrets, notre ligne est sécurisée et les appels non identifiables. Nous ne répondons donc jamais de chez nous, nous n’avons pas de système d’astreinte, nous nous déplaçons toujours pour nos permanences.
Ceci nous permet d’offrir notre service en toute sécurité pour tout le monde et d’être 100 % présentes dans notre écoute et notre soutien.

Nous recevons des appels très différents. Nous avons reçu une formation complète, et régulièrement mise à jour, pour répondre à toutes sortes d’interrogation. Au cours de celles-ci, nous avons rencontré des professionnels de tous les domaines touchant à notre activité : psychologues et sociologues, représentants de la police, avocats, agents de la protection de l’enfance et de l’assistance sociale, activistes LGBT, etc. Nous disposons en outre d’une importante base de données regroupant une multitude de services.

(Il est extrêmement rare que nous ayons à gérer des situations d’urgence : les femmes qui nous appellent ont souvent réfléchi et hésité — trop — longtemps avant de nous contacter, quel dommage !).

Quels types d’appels recevons-nous ?

1. les appels « qualifiés » :

C’est ainsi que nous nommons les appels qui correspondent exactement à notre domaine d’expertise : la violence conjugale. (Notez bien, une fois de plus, que celle-ci n’est pas forcément physique, elle peut être verbale, psychologique, économique… etc.) Ces victimes sont celles que nous sommes le mieux à même d’aider. Elles sont par exemple :

-des personnes qui se posent des questions sur la « normalité » de certains comportements de leur compagnon ; faut-il accepter ? Est-ce que « la limite » est déjà dépassée ? Que faire ?

– des personnes qui aimeraient du soutien pour analyser leur situation : peut-elle s’améliorer sans quitter son conjoint ? Devraient-elles porter plainte ? Quels sont les côtés pour ou contre, les risques ?

– des femmes qui ont déjà rompu, depuis des semaines, des mois, voire des années, et qui s’aperçoivent qu’elles n’arrivent pas à avancer (même si parfois elles ont, par ailleurs, reconstruit une relation équilibrée),

– des femmes qui continuent à être harcelées après une séparation,

– quelques proches qui voudraient des pistes pour aider une personne qui leur est chère,

– la liste n’est pas exhaustive…

Certaines parlent pour la toute première fois, et l’écoute est ce dont elles ont le plus besoin. C’est dur de s’ouvrir, une réelle épreuve pour quelques-unes, car prononcer certains mots donne une vie réelle aux faits qu’elles ont parfois refusé de reconnaître ou d’admettre depuis longtemps.

Cependant, le fardeau partagé — même avec une bénévole inconnue — est déjà un peu moins lourd. Un premier pas sur le chemin qui les mènera à reprendre leur vie en main.

D’autres femmes ont déjà beaucoup travaillé sur leur problème et appellent, pour la première fois ou pas, avec des questions très précises. Celles-ci peuvent porter sur les mécanismes de la violence, ou de la reconstruction aussi bien que sur des aspects plus pratiques (où trouver des soutiens, existe-t-il des groupes de parole dans leur ville, comment collecter des preuves, par exemple).

Nous travaillons en collaboration avec toutes les autres associations dans un souci d’orienter les personnes qui nous appellent vers les services qui sont les mieux adaptés à leurs besoins : aide aux victimes de viol, soutien juridique aux victimes de crime, associations LGBT, services pour les mineurs, etc.

2. Les habituées :

Ce fut une surprise pour moi, mais l’une des tâches qui reviennent régulièrement et consomment beaucoup de temps et d’énergie est de gérer des personnes qui appellent très souvent, mais dont le problème ne relève pas directement de nos services.

Comme le nombre d’association proposant des appels gratuits a beaucoup diminué, nous devons répondre à un certain nombre de personnes qui appellent régulièrement. Leur problème est toujours sensiblement le même, il est souvent lié de plus ou moins près à la violence, conjugale ou pas, ou quelques fois simplement à un mal-être ou à des états mentaux variés. Ces « clients » refusent en général les solutions ou les pistes de réflexion que nous leur proposons et ne sont pas enclins à raccrocher. Il nous faut donc manœuvrer habilement, afin de ne pas garde la ligne occupée trop longtemps et pour conclure l’appel en toute diplomatie, car cette personne aussi est susceptible d’avoir réellement besoin de nos services un jour, et nous ne voudrions pas qu’elle hésite alors à nous contacter.

 

3. Les canulars

Eh oui ! En 2017, il existe encore des gens pour appeler les lignes gratuites et nous envoyer vérifier si nous avons un réverbère devant notre fenêtre — comme nous le faisions il y a 40 ans — pour nous dire de le mettre à l’abri parce qu’

il va pleuvoir ce soir !
Enfin, le contenu des appels est un peu différent de celui des années 80, et souvent plus grossier. En général, ces appels sont limités aux périodes de vacances scolaires et dans notre cas, ne représente pas un souci important.

 

2. Le service e-mail et le tchat

 

Lors de nos permanences, nous répondons aussi aux questions qui nous sont posées par écrit sur une plateforme sécurisée (techniquement, ce ne sont donc pas des e-mails).

Les femmes qui nous les adressent accèdent à une plateforme sécurisée où elles nous écrivent leur message et où elles doivent à nouveau s’enregistrer, à leur convenance, pour lire la réponse qui leur a été faite. Il s’agit donc pour elle d’un service en différé.

Répondons-nous aux questions écrites comme au téléphone ?

Pour nous, bénévoles, le soutien par écrit peut être très intéressant et satisfaisant, car nous avons le temps de réfléchir au contenu, à la formulation et éventuellement d’aller chercher des informations très précises.

bénévole d'association contre la violence domestique

Ou alors, il peut-être déroutant, un peu frustrant, et nous demander beaucoup d’imagination… En effet, les courriers sont parfois des textes longs, équivalents à deux ou trois feuillets A4, sans un seul point ni paragraphe, comme si « la plume » avait emporté l’écrivaine, comme si elle avait retenu sa respiration tout le temps de sa rédaction… mais sans une seule question. Ou bien, à l’opposé, ces messages peuvent être constitués d’une question unique, détachée de tout contexte…

 

À nous alors d’utiliser notre formation et notre créativité pour comprendre le point essentiel sur lequel donner un coup de pouce à notre interlocutrice, expliquer les mécanismes, attribuer les responsabilités à qui il convient (la violence est un crime et elle est toujours la responsabilité de son auteur) et rappeler les principes de la loi, les droits, etc. tout en encourageant la personne dans sa démarche.


Conseil :

Si vous contactez une association par écrit, pensez à renseigner votre situation ! Si par exemple, vous demandez si un groupe de soutien serait utile dans votre cas, indiquez où vous vous trouvez, ainsi vous recevrez des informations concrètes en plus des conseils. Ou si vous attendez des conseils d’ordre juridique, précisez-le : même si cette demande excède les responsabilités de la personne qui vous répond, elle pourra vous aiguiller dans la bonne direction.
Et n’hésitez pas à poser des questions ouvertes, ainsi votre interlocutrice pourra plus facilement identifier quelle est votre priorité à l’instant où vous écrivez, et sa réponse vous sera par conséquent plus utile.

 

Le tchat est nouveau dans notre association. Il est en phase d’expérimentation et de développement. Il demande une agilité pour manier la cyber-communication ainsi de la rapidité dans les réactions.

D’une manière générale, nous essayons d’aborder de nouvelles techniques pour pouvoir offrir des services à un échantillon large de la population. S’il coule de source pour certaines générations d’avoir recours à une ligne d’appel téléphonique, beaucoup de jeunes sont plus à l’aise avec des services numériquement accessibles.

 

3. La collecte de fonds et la promotion

L’association contre la violence conjugale où j’effectue mes permanences est une structure établie depuis de longues années, mais qui fonctionne avec seulement un petit noyau de salariés. C’est donc aussi aux volontaires qu’elle fait appel pour organiser ou animer des évènements dont le but est de récolter des fonds ou recruter de nouveaux membres. Les cotisations sont importantes pour régulariser un apport financier qui permet, entre autres d’étudier et tester des services qui ne sont pas (ou pas encore) subventionnés. Nous avons par exemple lancé un programme de yoga thérapeutique, pour aider les victimes à se reconnecter à leur corps, aux sensations corporelles et l’accès à un mental serein. Nous nous retrouvons aussi pour créer et/ou animer des évènements de promotion (dont bien sûr le 25 novembre, journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes).

C’est une leçon d’humilité, car nous avons toujours en tête l’espoir de TOUT ce que nous voudrions pouvoir faire… et nous nous heurtons à la réalité du peu que nous pouvons effectivement mettre en place…

Peut-être que si j’étais active uniquement dans cette partie de nos opérations, je me serais découragée devant l’ampleur de la tâche… Mais j’assure ma permanence téléphonique régulièrement depuis des années. À chaque fois que je raccroche et que j’ai pu concrètement aider mon interlocutrice, j’ai la confirmation que nous ne faisons pas RIEN.

L’aide apportée à une victime est peut-être une goutte dans l’océan à l’échelle de la société, mais dans la vie de cette personne, c’est une véritable bouée de secours.

 

4. La participation au développement stratégique

 

bénévolat contre la violenceTous les ans, nous nous retrouvons au moins une fois en groupe pour une journée complète afin de travailler sur des sujets de développement de l’association. Il est très important en effet de se développer sur des fronts différents, et de s’adapter aux demandes et besoins de notre public, qui évoluent constamment.

Nous devons de plus justifier de la pertinence de nos services auprès des organismes qui nous subventionnent (et assurent à plus de 90 % nos rentrées financières).

Nous nous réunissons pour des brainstormings, des séances de travail. Cette année, par exemple nous avons réfléchi sur :

  • comment animer nos réseaux sociaux ?
  • quels nouveaux services développer ?
  • quelles sont les nouvelles tendances en récolte de fonds (avec un intervenant extérieur) : le sponsoring d’évènements se transforme en partenariat à moyen ou long terme, par exemple.

Qui sont les bénévoles dans les associations ?

 

Des personnes comme vous et moi!

Dans l’association contre la violence conjugale où j’aide, et je ne peux que citer celle-ci, bien sûr, les volontaires sont de tous les âges et de toutes les provenances socioculturelles. Certaines sont des grand-mères chrétiennes, d’autres sont homosexuelles et militantes, certaines sont mères au foyer, d’autres célibataires et étudiantes.

Une partie de nos bénévoles exerce un métier qui les met en contact avec la violence domestique, dans le domaine social ou juridique, par exemple. D’autres vivent une existence où — en dehors de leurs activités à l’association — elles ne la rencontrent quasiment jamais, ni autour d’elles ni au travail.

Une partie d’entre nous a vécu une relation abusive (j’en suis un exemple), mais ce n’est pas un critère de recrutement. Bien au contraire, nous devons passer un entretien avant d’entrer dans le programme de formation, pour vérifier que nous avons bien digéré notre ex… notre passé, je veux dire… Oups J, vous m’aviez comprise !

En effet, que nos plaies psychiques soient totalement cicatrisées est un élément capital pour offrir un service de qualité. Au téléphone, nous devons garder la tête froide. Les femmes qui nous appellent n’ont pas besoin de quelqu’un qui panique pour elles, mais de quelqu’un qui les comprend et les soutient.
Dans l’autre sens aussi, des personnes n’ayant pas résolu leur propre histoire pourraient facilement s’écrouler sous le stress du service.

En bref donc, nous sommes des femmes normales, telles que vous en rencontrez tous les jours. Telles sont aussi nos victimes: des femmes que vous rencontrez tous les jours.

Sachant que 4 femmes sur 10 sont confrontées à la violence conjugale dans leur vie, faites le calcul en regardant votre carnet d’adresse ou répertoire téléphonique. Nous en connaissons toutes, nous ne savons simplement pas qui sont les quatre femmes de notre entourage qui, en ce moment même, sont aux prises avec un conjoint abusif… Elles sont souvent bien plus près de nous que nous le pensons.

 

Et le personnel salarié, alors ?

 

Dans le cas de notre association, l’équipe salariée est petite.

Le personnel salarié met en action les décisions relatives à nos activités dans le cadre défini par le conseil d’administration –et les limites de nos budgets. Une partie non négligeable du travail consiste à rapporter du bon usage de nos subventions et d’en garantir la continuité, et à assurer la coopération avec les autres associations. L’activité d’une personne salariée est consacrée quasi exclusivement à la gestion des bénévoles et des programmes de formation. L’équipe gère aussi l’organisation des groupes de parole (ouverts et fermés), des programmes de soutien suivi, une partie la communication externe (l’autre étant sous-traitée).

Des intervenants professionnels extérieurs (psychologues) animent les groupes de parole ainsi que les réunions de débriefing des bénévoles (nous devons y participer au moins deux fois par an). Toutes ces personnes interviennent régulièrement au téléphone, tchat ou plateforme de messagerie, ce qui leur permet de garder un lien direct avec les personnes auxquelles les services sont offerts.

 

Quels sont mes espoirs en tant que bénévole ?

 

ligne de soutien À travers mon expérience de bénévolat dans « mon » association contre la violence conjugale, je me sens utile aux femmes que j’écoute et que j’ai le privilège de conseiller quand elles le souhaitent.

Comme je l’ai manifesté dans cet article précédent, les limites de notre intervention et notre soutien sont pourtant très vite évidentes. Plus évidentes encore, quand nous apprenons que les budgets pour les subventions sont diminués… et que de toute façon, l’existence même de nos services dépend toujours en grande partie d’une volonté politique [qui malheureusement de son côté ne place pas nos causes en mode prioritaire].

En écrivant ce blog, je souhaite :

  • vous inciter à utiliser les services des associations qui existent aujourd’hui. Si cela ne vous fait pas de bien [ce dont je doute], cela ne peut pas vous faire de mal. Mais hormis ce fait, en utilisant les services proposés, vous confirmez aux autorités qui accordent les subventions que ces associations ont bien lieu d’exister. Si ce n’est pas pour vous, ça peut être pour votre voisine… copine… cousine…
  • vous encourager à vous engager en tant que bénévole auprès de ces associations. Que vous ayez vécu des situations de violence ou non, il y a toujours quelque chose à apporter. Souvent, des proches me demandent ce qu’elles ou ils peuvent faire pour aider une victime : ENGAGEZ-VOUS. Concrètement. En aidant d’autres, que vous ne connaissez peut-être pas, vous contribuez à maintenir les services en vie. En outre, vous apprenez beaucoup, ce qui peut vous être utile dans le soutien que vous apportez à vos proches,
  • expérimenter une nouvelle manière de sensibiliser le public concerné aux dynamiques de la violence et de la reconstruction. Je ne sais pas si mon travail portera des fruits, mais je compte sur vous pour m’y aider !

 

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Merci pour votre lecture et à bientôt, je vous parlerai la prochaine fois, dans la série 1CPJ d’un petit objet très utile : un petit carnet.

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Virginie Loÿ

Je m’appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d’une relation abusive ou violente.

2 thoughts on “La bénévole d’association contre la violence conjugale : une femme comme vous”

  1. Super article ! Ca me semble important d’être transparent pour que tout le monde sache ce qui se passe à l’autre bout du fil. J’en suis certaine, ça ne peut que rassurer et faire qu’on va oser décrocher son téléphone 🙂

    1. Merci Emily pour le commentaire…
      Effectivement, on a trop souvent tendance à penser aux associations comme à des administrations, des systèmes, des services peut-être impersonnels, alors qu’à leur base, elles sont des groupes de personnes qui unissent leur force dans un but commun!

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