Guérir d’une relation toxique, c’est avoir l’audace de changer son passé

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changer son passéJe suis toujours triste quand j’écoute une personne qui a réussi à quitter une relation toxique, parfois depuis des années, et qu’elle me dit qu’elle ne parvient pas à avancer, parce qu’elle n’arrive pas à comprendre ou à oublier ce qu’elle a vécu…

Comment guérir d’une relation amoureuse malsaine? 
Certaines pensent que c’est impossible. Je suis plus triste encore quand j’entends ou je lis des commentaires de victimes qui pensent qu’elles sont blessées à vie et ne pourront jamais être heureuses, confiantes, aimantes et aimées, parce que leur vécu a gravé le mot « victime » sur elles, et qu’elles pensent que c’est devenu leur identité.

Et si j’éprouve cette tristesse, c’est parce que personne ne nous apprend à faire la paix avec notre passé.

Et que du coup, nous pensons que nous devons nous coltiner pour la vie entière de lourdes valises, remplies à ras bord de nos souvenirs plombants… Nous pensons qu’une relation toxique et destructrice nous marque à vie du sceau de la victime.

Nous avançons, courbées en deux, et sortons facilement de notre valise toutes les expériences qui nous servent à justifier nos échecs présents, notre manque de joie, notre paresse… tout en fait…

Je n’ai pas de promotion au travail… c’est parce que je n’ai pas confiance en moi… c’est parce que mes parents ne m’encourageaient pas… donc, je n’y peux rien, c’était décidé bien avant moi…

Je suis seule et malheureuse … parce que j’ai peur de faire confiance à un homme… parce que mon ex m’a manipulée et a tout fait pour me couler… et donc, je préfère ne plus prendre le risque

Etc, etc, etc… Vous avez entendu de telles choses par milliers, et nous en pensons toutes, au sujet de tous les aspects de notre vie, des détails aux piliers les plus importants :

 

Nous laissons notre passé, et particulièrement, les éléments négatifs de notre passé,
définir notre présent… et par conséquent, notre futur.

 

  • Alors, pourquoi même essayer de quitter une relation toxique, si nous allons, par la suite, nous torturer nous-mêmes en lui donnant le pouvoir de monopoliser nos pensées, de nous déprimer, de nous limiter.
  • Pourquoi donner au souvenir de cette relation toxique, psychologiquement ou physiquement, le pouvoir sur notre vie présente ?
  • Pourquoi donner à une personne qui nous a blessées, humiliées, maltraitées, dans cette relation toxique – que ce soit un parent, un conjoint, ou pourquoi pas une ancienne amie ou collègue-, la responsabilité de notre bien-être émotionnel ?

 

Pour se libérer, il faut avoir l’audace de changer son passé.

 

 

J’ai écrit cet article en réponse à l’invitation d’Émeline du blog « Si j’osais » qui a lancé un carnaval d’article sur le thème de l’audace .
(Je rappelle qu’un carnaval d’article est un événement interblogueurs ouvert qui nous permet de nous rassembler autour d’un thème choisi et de traiter le sujet chacun à sa manière. Émeline publiera sur son blog un récapitulatif des articles publiés. L’avantage pour vous, lectrice/lecteur, est de découvrir des points de vue variés sur un sujet, et donc des sources d’inspirations différentes et des nouveaux blogs qui peuvent vous intéresser.)

 

I.Changer son passé pour guérir d’une relation toxique

 

 

Quoiiiiiii ?

Changer son passé, c’est impossible !
Ce qui est fait est fait.

 

Je vous ai entendue penser cela !

 

1- L’origine de cet exercice

 

C’est exactement ce que j’ai moi aussi pensé quand j’ai entendu parler de ce concept,
que je tiens d’une coach américaine du nom de Brooke Castillo (lien du podcast, en anglais).

Je trouve ce concept extrêmement audacieux dans sa présentation, et très pertinent, et finalement assez simple à comprendre…
Mais pas forcément facile à mettre en application. 🙂 Mais tellement bénéfique, je DOIS absolument le partager ici !

 

En fait, je corrige : le mettre en application n’est pas compliqué, il suffit

  • d’avoir l’audace de vouloir réécrire son histoire et
  • de prendre le temps de le faire, point par point,
  • même quand il s’agit de revoir l’impact d’une relation toxique de notre passé.

Nous manquons souvent d’audace pour faire ce travail, mais il est libérateur.

 

 

2- La méthode :

 

Brooke Castillo part du constat que le passé est révolu et n’a donc aucun effet sur nous « au présent ».
Par exemple, nous ne ressentons pas les coups, en ce moment, ou personne ne nous dénigre à l’instant présent.

Ce qui nous fait souffrir, et qui nous empêche d’avancer librement dans notre vie aujourd’hui,
ce n’est donc pas notre passé, mais les pensées que nous avons sur notre passé et la signification que nous leur donnons.

 

Et ces pensées, elles, sont dans le présent :
nous avons à tout moment le pouvoir de les changer.
C’est une bonne nouvelle !

 

En prenant l’habitude d’analyser nos pensées et de les modifier,
nous pouvons petit à petit réécrire notre passé, de telle sorte qu’il ne nous fasse plus souffrir au présent…

C’est à cette étape qu’intervient une touche d’audace,
car réécrire son histoire implique de laisser tomber le vieux scénario
auquel nous nous accrochons
depuis toujours et qui nous sert de bouée de secours…
tout en nous entravant !

Sans cette bouée, nous aurions peut-être déjà nagé jusqu’à l’autre berge,
mais nos vieilles pensées nous gardent à flot, sans toutefois nous aider à avancer.

II. Je ne vois pas comment changer
une relation toxique en expérience positive

 

le poids du passéMoi non plus.

À premier abord, je ne voyais pas non plus comment me débarrasser des scénarios négatifs de mon enfance ou de mon mariage violent.

J’ai d’ailleurs passé des années à expliquer (justifier ?) un bon nombre de mes comportements et des événements de ma vie par l’éducation psychorigide que j’avais reçue et par le dénigrement paternel. 

Mon enfance expliquait mes relations amoureuses catastrophiques,
et ces relations expliquaient que je n’étais pas heureuse et bref, la boucle était bouclée.
Tout s’expliquait, avec la logique de cause-à-conséquence (et grosso modo, je n’y étais pour rien.)

 

Je ne sais pas si vous voyez,
mais c’est HORRIBLE comme mode de pensée.
Car en m’accrochant à ces scénarios,

je choisis de n’être qu’un pion…
un pion dans les mains
des dernières personnes sur Terre
auxquelles je souhaiterais confier
les clés de ma santé mentale et de mon bonheur !

 

J’ai vécu des choses épouvantables.
C’est un fait.
Mais est-ce que je veux vraiment que celles-ci me définissent pour le reste de ma vie ?

Je vous encourage à avoir l’audace de vous poser cette question.
Souhaitez-vous qu’une relation toxique, dans votre enfance, dans votre couple, soit la définition de votre vie ?

 

La plupart des gens ne souhaitent pas se poser cette question,
par peur de changer, par peur de se regarder dans le miroir, par peur de trouver le vide au fond d’elles-mêmes.
Pourtant, celles qui ont l’audace de se la poser ne trouvent jamais le vide et
en réécrivant leur passé, elles posent des fondations solides pour leur présent et leur futur.

 

III. Passer de la « relation toxique» au pays des Bisounours ?

 

Non, il ne s’agit pas tout à fait de cela !

Réécrire son histoire sous une forme impossible à croire ne nous aidera pas,
et au contraire renforcera peut-être notre résistance à l’acceptation.

Brooke Castillo a souffert de problèmes de surpoids et a commencé sa carrière en tant que coach-minceur.
Elle explique que le premier pas est de passer d’une pensée négative à une pensée neutre.

Par exemple, de « Je suis grosse et moche »,
on ne peut pas passer à « Je suis belle et désirable »
auquel il nous serait impossible d’adhérer !
Mais on peut passer à une affirmation neutre :
« J’ai un corps », « J’ai un corps qui fonctionne » ou « J’ai un corps en bonne santé ».

 

Ainsi pour une relation toxique, on peut commencer en se rapprochant d’affirmations neutres :

« Mes parents ont toujours critiqué mon caractère» ->

« Mes parents m’ont hébergée et nourrie », « Mes parents ont payé mes études », « Mes parents m’ont dit que j’étais intelligente »…

« Mon mari était violent » ->

« J’aimais mon mari quand je me suis mariée », « Mon mari ne m’a jamais empêchée de sortir ou voir mes amies », « Mon mari était un homme en souffrance »…

« Mon mariage était horrible » ->

« J’ai su me séparer », « J’ai vécu heureuse pendant toutes les premières années », « J’ai deux beaux enfants »…

 

Vous remarquerez que les affirmations ne sont pas des négations de la réalité ni de la phrase auxquelles nous croyons actuellement.
Côte à côte, les deux sont vraies.
C’est l’angle sous lequel vous examinez votre passé qui change.

Et je pense qu’avec ces exemples vous pouvez tester immédiatement
la différence entre les émotions qui vous saisissent si vous vous concentrez sur :

« Mon mariage était horrible » ou « J’ai deux beaux enfants ».

 

(Prenez un exemple qui s’applique à votre vie, ça marche mieux :.)

 

Guérir d'une relation toxique1- Comment faire ?

 

a- Ayez l’audace de passer à l’action !

Si le sujet d’une relation toxique de votre passé est trop ardu pour un début,
ne vous inquiétez pas, nous sommes pleines de pensées sur notre passé…
Testez avec d’autres souvenirs.
(Si vous tenez un journal, vous avez aussi beaucoup de pensées stockées !):

 

Par exemple :
Vous avez éprouvé une grande honte quand « quelqu’un s’est moqué de vos vêtements quand vous récitiez votre poésie sur l’estrade, il y a trente ans » mais ça continue de vous bloquer dans vos présentations au travail,
vous avez même laissé passer une promotion à cause de cela…
Changez l’histoire : « J’étais habillée », « Je savais très bien ma poésie », « La maîtresse a puni le garnement », « J’avais eu le courage de me porter volontaire pour la récitation »…

 

Vous l’avez compris :
l’essentiel c’est que vous trouviez une nouvelle histoire, ou angle de vue, auquel vous pouvez croire.
Seules vous, pouvez trouver cette alternative.
Ensuite, c’est par la répétition que vous apprenez à toujours revenir à ce narratif.

 

Et là, vous vous apercevrez que votre audace va payer !

Car les émotions nouvelles étant beaucoup plus agréables que les précédentes,
ce n’est pas si difficile que cela de se tenir à ces scénarios revus.

 

b- Je vous conseille donc de passer par la phase d’écriture

  • Notez chaque jour des souvenirs qui vous pèsent, et remontez autant que possible aux pensées qu’ils génèrent.
  • Puis faites des propositions de nouvelles pensées associées à cet événement.
  • Il faut parfois en inventer plusieurs et chercher la pensée qui résonne réellement en vous, à ce moment présent.
    C’est un travail progressif, on peut retravailler de nombreuses fois sur ses pensées, et vider ses valises progressivement.
  • Affichez vos nouvelles pensées sur le miroir de la salle de bain, en fond d’écran ou dans votre journal… vous verrez… c’est presque magique !

(Dans le cas de stress post-traumatique, il est préférable d’avoir recours à un suivi médical et des thérapies adaptées, telles que EMDR, thérapies cognitives ou comportementales, hypnose Ericksonnienne, cette dernière à proscrire dans le cas d’agression sexuelle. Propos du Dr Gérard Lopez, dans le Mooc sur les violences faites aux femmes, 2017) Lire l’article sur les thérapies utiles en cliquant ici. 

 

2- Les enjeux 

 

Quels sont les enjeux d’une telle réécriture ?

Les émotions sont le déclencheur de nos actions.
Mais ce sont nos pensées qui sont le déclencheur de nos émotions.

En modifiant nos pensées, nous modifions nos émotions (ce que vous avez testé en paragraphe 3),
et par conséquent, les actions que nous allons prendre.

 

Ainsi, si à la suite d’une relation toxique,
nous sommes persuadées que nous ne sommes pas capables d’être aimées,
nous allons nous sentir inférieures, indignes d’amour, ou manquer de confiance en nous,
nous n’allons pas faire d’effort pour rencontrer des gens nouveaux,
ce qui renforcera notre croyance du début « Personne ne m’aime ».

Dans l’autre sens, si nous pensons « J’ai su le quitter »,
nous renforçons la croyance que nous sommes capables de prendre de bonnes décisions pour nous,
d’être lucides et autonomes.
Ces émotions nous permettront d’avoir une vie sociale active
qui par conséquent nous permettra de nouer des relations constructives (et de fuir les malsaines).

 

 

IV. En conclusion.

 

J’espère que cette approche audacieuse de réécriture de notre passé vous ouvre des perspectives intéressantes.

Pour ma part, je l’applique depuis quelques années et je me suis débarrassée de valises énormes… J’ai identifié comment les relations malsaines ont fait irruption dans ma vie dans des contextes variés et j’ai appris à reconnaître les signes d’une relation toxique.

L’abandon de ces poids me permet d’avancer avec davantage de sérénité
et avec une bien plus grande confiance en l’avenir et la vi
e.


Ce travail n’est bien sûr pas fini… car nous créons du passé tout le temps (!).

Et bien sûr, certains bagages lourds sont plus longs à vider.
Il faut passer par différentes étapes : d’un scénario un peu moins négatif à un autre un peu plus neutre,
puis à un autre qui est neutre, celui-ci, et petit à petit, évoluer vers un regard d’amour,
car c’est le sentiment ultime… Mais ce sera l’objet d’un autre article 🙂

 

Dites-moi dans les commentaires si vous faites partie des audacieuses qui réécrivent leur passé sous une forme qui leur donne des ailes. Ou bien, au contraire, si vous rencontrez des difficultés, n’hésitez pas à en parler… Nous plongerons ensemble dans le sujet !

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Attribution des photos: Vladyslav Dukhin (couverture), Erwan Hesry, Roman Kraft

Publié le 24 décembre

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Virginie Loÿ
Je m'appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d'une relation abusive ou violente.

5 thoughts on “Guérir d’une relation toxique, c’est avoir l’audace de changer son passé”

  1. Je pense que c’est un “truc” que j’ai toujours fait de façon “naturelle” : arriver à voir ce qui était positif dans une situation moche… Et ça marche ! En tout cas, ça a marché pour moi… Après 2 relations toxiques, j’ai réussi à mettre fin à ce “cycle” et c’est libérateur !
    Belle fin de journée 🙂

    1. Bravo !
      Ça me fait toujours super plaisir de savoir que d’autres aussi ont compris la toxicité de relations passées et ont pu transformer leur expérience en tremplin, et non pas en puits sans fond !
      Merci de ton passage sur le blog ! J’ai lu ton texte aussi, Cécile 🙂 Très touchant. Oui, dire non demande aussi de l’audace. Et c’est souvent salutaire !

  2. Quand j’entends des personnes dire de telles choses ça me fait mal aussi. Car notre passé ne définit pas qui nous sommes, ni l’avenir. Car je sais qu’on peut rebondir et faire à nouveau confiance.
    Avec le recul, je vois mon passé comme un tremplin. Réécrire mon passé, je n’y ai jamais pensé. Mais en voyant tout ce que le “négatif” m’a apporté de “positif”, je n’ai aucun regret. J’ai décortiqué le pourquoi du comment et compris la répétition pour finir par m’en libérer.
    Merci pour ce billet enrichissant.

    1. Merci Marie pour ton commentaire.
      C’est vrai que lorsque l’on comprend la leçon que l’on a apprise, le négatif du passé se justifie presque de lui-même, et l’on arrive à l’état où l’on peut dire “Non, je ne changerais rien.”
      Parfois, cependant, il faut réussir à accèder à une phase neutre, pour arrêter de résister. Et la réecriture peut servir à cela.

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