Faut-il s’armer et sortir l’artillerie lourde pour notre sécurité?

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Faut-il s’armer…?
Je ne sais pas si vous avez remarqué… quand on lit un article sur internet, ou quand on regarde une vidéo sur YouTube, il faut souvent attendre la dernière minute pour avoir la réponse à la question que l’on a posée tout au début… Je suis certaine que cela m’arrivera aussi;-) , mais dans cet article, je vais vous donner la réponse tout de suite !

Donc à la question, « faut-il — pour se libérer d’une relation abusive ou violente — sortir l’artillerie lourde ? », je réponds sans hésitation :

OUI

Oui, à mon avis, il faut la sortir.

Ce qui ne veut pas systématiquement dire que l’on s’en servira, mais il vaut mieux s’armer et être prête à toute éventualité. Quelques fois, montrer qu’on est bien armée suffit, d’autres fois, il faut tirer quelques coups de canon (au sens figuré, vous me comprenez, j’espère), pour prouver qu’on est sérieuse. Et malheureusement, dans certains cas, on n’a pas le choix, on doit tout faire pour se défendre, on se retrouve alors dans une dynamique de guerre, dans laquelle, on le sait, il n’y a que des perdants et dont on met longtemps à se remettre.

 

Pourquoi s’armer…et ce discours « militaire » appliqué aux relations de couple ?

 

(Surtout que je ne suis nullement en faveur des conflits armés, dans la vraie vie…)

Avec le temps, je me suis aperçue qu’il n’y a jamais qu’une seule vérité.
Quand j’étais étudiante en France, tous les garçons devaient encore faire leur service militaire, mais bon, ça grognait de partout. Et maintenant, à force de grognements et de réductions budgétaires, le service a disparu. Ce qui n’est pas alarmant quand on habite en France, entouré de pays amis de l’Union européenne. Quand on ne vit pas sous la menace, investir dans sa protection ou sa sécurité semble inutile…

Finlande, menaceCependant, comme vous le savez sans doute, je vis la plus grande partie de l’année en Finlande : 1 340 km de frontière avec la Russie qui jette régulièrement des regards carnivores dans la direction de l’ouest et sur les états baltes. Il n’y a que 100 ans que la Finlande est indépendante de la Russie (1917). Le service militaire y est encore obligatoire, dure entre 6 et 18 mois, et personne ne grogne. La frontière est à quelques heures de route de la capitale. Avec le souvenir d’invasions encore présent dans les mémoires et avec une menace omniprésente, s’armer et s’entraîner pour se protéger semble tout à coup bien moins futile. On ne voit pas les choses pareilles, qu’on soit en France ou en Finlande, et qu’on approuve ou pas… c’est assez facile de comprendre pourquoi.

Vu de France ou de Finlande, le danger ne se présente pas avec la même intensité ni la même urgence. Tout est histoire de perspective.


Comment s’armer change la perspective : un exemple concret de préparation

Revenons aux relations abusives, et dans ce cas, je vais parler de mon histoire personnelle, qui n’est pas une référence, mais juste un exemple parmi tant d’autres.

C’est en 2000 que j’ai réellement commencé à comprendre que le mariage dans lequel je vivais était malsain, que le climat de tension et de peur dans lequel je vivais n’était pas « normal », que j’élevais deux petites filles qui étaient des orphelines potentielles… J’avais essayé de nombreuses fois, sans succès, de convaincre mon conjoint d’entamer une thérapie de couple.

(Je sais désormais que la thérapie de couple n’est PAS une solution dans le cas de relations abusives ou violentes, mais à l’époque je n’étais « qu’une » victime et les ressources, même sur internet, étaient moins nombreuses qu’aujourd’hui…)

La seule solution à laquelle je pensais était LA FUITE. Je n’avais aucune confiance en moi, je n’osais pas confronter mon mari, j’étais très fragile, j’avais peur, j’étais seule. J’ai commencé en cachette à prendre des contacts pour trouver un appartement, un travail, des gens qui pourraient m’aider. Bref, j’étais complètement désarmée et je complotais pour organiser une retraite, pour quitter mon mari en surprise avec mes enfants sous le bras. Et puis quelque chose de bizarre s’est passé.

Je crois que mon mari a trouvé des indices de mes préparations (nous n’en avons jamais parlé) et c’est lui qui a proposé la thérapie. Je l’aimais, je pensais que l’amour se parait de sacrifices inévitables. J’ai accepté, nous avons entrepris un processus que nous n’avons pas mené à terme, l’abandonnant avant de réellement aborder les problèmes d’abus et de violence, parce qu’entre nous « ça allait déjà beaucoup mieux ».

Les changements étaient bien sûr superficiels, le naturel est revenu. Pas au galop, mais avec insistance. Par contre, cette fois-là, fin 2002, je n’étais plus dans le même état mental que deux ans auparavant.

La crise de 2000 m’avait fait comprendre, d’une part, que mon mariage n’était peut-être pas éternel, et d’autre part, à quel point je me trouvais dans une position vulnérable. J’avais donc réorienté mes activités professionnelles, j’avais profité de cette accalmie pour que nous réorganisions nos finances d’une manière qui me désavantage moins, et quand j’ai compris que non, rien ne changerait jamais, que nous revenions au point de départ, j’ai eu la chance de pouvoir poursuivre — seule — une thérapie avec la même personne qui nous avait suivis auparavant, ce qui m’a apporté un soutien inestimable.

se défendreNon seulement je m’étais armée, mais en plus j’avais un plan. Pas dans tous les détails, mais un plan quand même. Je connaissais très bien ma situation, celle de mon mari, les informations qui pouvaient me servir de levier dans les négociations, les lois qui s’appliquaient à mon cas, je n’étais plus sans un sou de côté, je savais de quelles aides je pouvais bénéficier, sur quoi insister et sur quoi lâcher, j’étais bien armée.

 

Je ne suis pas partie en cachette. Nous avons décidé d’un commun accord de nous séparer et l’avons annoncé à nos enfants. Je n’irai pas jusqu’à dire que ça a été facile, non. Ça a même été horrible. Émotionnellement très éprouvant. Mais je n’étais pas seule, et j’étais convaincue que c’était la seule issue.

(Je ne savais pas non plus que le moment de la séparation, même consensuelle, est souvent le moment le plus dangereux, j’y reviendrai dans un autre article.)

En fin de compte, je suis partie de bien moins bas que je n’étais deux ans auparavant, et je pense que, même si ce fut long, le processus de ma reconstruction s’était déjà engagé avant mon départ et, en quelque sorte, me portait.

Dans une relation abusive, nous ne sommes pas des France, entourées d’amis, dans un environnement où il est possible d’utiliser la diplomatie et de négocier des solutions. Non, victimes, nous sommes assiégées, affaiblies et souvent sans ressources.

Jusqu’au moment où l’on comprend, qu’il y a des issues, que chaque jour on peut s’armer un petit peu. Analyser sa situation, se renseigner, faire des changements microscopiques, qui additionnés les uns aux autres prendrons du sens. Faire une chose par jour, c’est avancer sûrement. En faisant une chose par jour, il est impossible de se retrouver dans une semaine, au même endroit qu’aujourd’hui.

 

(Dans ce blog, l’objectif de la rubrique « 1CPJ » est de donner des conseils concrets d’actions faciles mettre en application, pour reprendre des forces et se préparer.)

 

Si vous êtes la victime d’abus psychologiques ou de violence :

Je suis tout à fait consciente que tout le monde n’a pas toutes les possibilités de faire ce que moi, j’ai pu mettre en place. Quand il faut partir en urgence pour sauver sa peau, et celle de ses enfants, il FAUT PARTIR.

Cependant, dans les cas de relations abusives, les ruptures sont souvent précédées par un phénomène de yoyo (intellectuel ou réel : je pars, je reviens, je reste, je pars…) Dans tous les cas, le fil finira par casser, alors préparez-vous. Toute information que vous glanez, tout contact que vous prenez, etc. TOUT ce que vous préparez vous servira.

Dites-vous aussi qu’au mieux vous n’aurez pas besoin de vous servir des armes que vous aurez rassemblées. Mais qu’au pire, vous devrez vous servir de tout votre arsenal, sans hésitation aucune. Votre compagnon ne vous a pas fait de cadeaux pendant votre union, il ne vous en fera pas quand vous le quittez. Maintenant, c’est fini.

Vous ne tendrez plus le moindre petit doigt qui fait avaler la personne entière. S’il faut bombarder, c’est ce que vous ferez. S’il faut faire venir la police, la justice, les alliés, c’est ce que vous ferez.

Entre lui et vous, vous devez choisir sans l’ombre d’un scrupule : vous, vous, vous et VOUS !

 

Si vous êtes un(e) proche :

Je crois que pour les proches, il est important de prendre conscience de la vulnérabilité de la personne pour laquelle vous vous inquiétez, de son manque de ressource, du fait même qu’elle ne comprend pas qu’elle aurait besoin de soutien ni de quelle aide elle aurait besoin.

Vous êtes les alliés. Vous ne pouvez pas intervenir si vous n’avez pas fait de contrat pour cela. Vous ne pouvez pas enfreindre la souveraineté de votre amie, parente, collègue… Vous ne pouvez pas décider à sa place de ce qui serait bien pour elle.

C’est très dur, pour vous aussi, d’assister à cette détresse sans pouvoir intervenir.

Vous pouvez cependant agir et regrouper vos troupes, former une coalition qui se tiendra prête quand on aura besoin d’elle. Une coalition qui respectera les choix que la victime fait, qui soutiendra sans questionner, sans moraliser, sans juger. Et pour vous en sortir le moins mal possible, je recommande de vous armer vous aussi. Informez-vous. Informez-vous réellement. Pas uniquement sur les sites qui parlent des théories de la violence conjugales, ce qui est bien, mais pas suffisant. Où sont les refuges dans votre région ? Les avocats spécialisés ? Qui peut garder des enfants ? Où trouve-t-on des groupes de parole ? Des thérapeutes ?

Que votre victime puisse préparer son départ ou qu’elle s’enfuie en urgence, c’est avec des armes aussi concrètes que celles-ci que vous vous apporterez une aide réellement palpable.

Faites une chose par jour, bâtissez votre propre vie et la liberté d’être vous-même.

J’attends vos réactions à cet article pas très « Gandhi »… Utilisez le formulaire ci-dessous et dites-moi ce que vous en pensez !

publié le 16 juillet

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Virginie Loÿ

Je m’appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d’une relation abusive ou violente.

2 thoughts on “Faut-il s’armer et sortir l’artillerie lourde pour notre sécurité?”

  1. “Il faut partir” c’est souvent ce qu’on dit aux victimes de PN. Selon notre pays les lois ne sont pas les mêmes, en France ça commence doucement à changer alors que aux USA, Canada les lois protègent depuis longtemps la victime de violences, en Finlande je en sais pas ce qu’il en est ? Lorsque j’ai été dans cette situation, en France on considérait que c’était à la victime de partir et de quitter le foyer conjugal et on lui ordonnait bien hypocritement d’aller demander une place dans un foyer social, alors que ces foyers là n’avaient pas la capacité déjà pour recevoir les mères avec enfants en bas âge (pourtant prioritaires) alors que dire d’une femme seule et sans enfants comme je l’étais ? Partir c’était se retrouver à la rue et parfois, comme dans mon cas perso, continuer à payer les traites d’une maison où notre bourreau allait continuer à vivre tout à son aise et gratuitement !

    Eh oui, que d’idées reçues en France, bien vivaces encore aujourd’hui ! Pour la plupart des gens, la victime d’un conjoint violent et manipulateur accepte tout car elle ne gagne pas d’argent et dépend de l’autre matériellement : que nenni ! quelle bêtise ! Même si ce cas là existe aussi bien sûr (en général parce que le manipulateur a exigé que l’autre abandonne son travail d’ailleurs) ce n’est pas le seul cas de figure : j’ai été la seule à travailler des années durant, c’est moi qui ai acheté la maison, c’est moi qui payais les traites et mon ex a contracté maintes dettes que j’ai dû payer à sa place, alors non la dépendance matérielle n’est pas toujours en cause.

    La dépendance affective oui, bien sûr ! Il ou elle a su la mettre en place petit à petit insidieusement, nous faire couper les ponts avec toutes nos relations pour nous isoler etc, mais il faut arrêter de croire que la femme (homme) victime vit forcément chez son mari (épouse, concubin(e)) et exiger d’elle qu’elle fuit, quitte et abandonne tout ce qu’elle a construit alors qu’elle n’est pas la coupable ?

    Que penser d’un système judiciaire qui protège le délinquant et accable la victime en la condamnant à la rue ? Honnêtement ? Pour ma part, fuir signifiait me retrouver à la rue et continuer à payer le crédit de la maison pour que mon PN puisse continuer à s’y prélasser en toute quiétude ! Comment accepter une telle chose ?

    Aux USA à la même époque, la plainte de la victime entraînait une ordonnance d’éloignement immédiate (en attendant le procès) et le délinquant violent était condamné à quitter le foyer conjugal tout de suite qu’il lui appartienne ou pas, que ce soit lui qui paye ou pas. En France pour les victimes c’est l’empilement des peines, soit il faut accepter des conditions insupportables, fuir pour se retrouver à la rue entre deux cartons alors qu’on continue à payer la maison au profit du délinquant, soit on reste parce que c’est NOTRE maison et qu’on la paye et du coup on est regardé avec un mépris extrême, celui de la femme masochiste qui “aime ça”, clichés encore très vivaces ici.

    Il faut se débrouiller seule, avoir cette force. C’est possible, la preuve : je l’ai fait. Mais seule et c’est ça qui n’est pas normal, la justice, les services sociaux en France, tout favorise et encourage le comportement violent et décourage l’envie de s’en sortir des victimes. Celle qui ne veut pas fuir et tout laisser à son bourreau doit se débrouiller, tout accompagnement, tout soutient lui est refusé. Victimes, on leur demande en plus de tout sacrifier. Il y a vraiment un problème avec le système judiciaire dans l’hexagone, je sais que ça bouge et que de nombreuses associations militent en ce sens. Il le faut, pas seulement pour résoudre les cas individuels mais aussi pour changer les mentalités car c’est triste à dire mais il faut que les lois changent pour que les mentalités changent…

    Courage à toutes. Merci Virginie pour ton blog, plus que nécessaire ! Il y a encore beaucoup de travail à faire, surtout pour éduquer les mentalités. Et chaque initiative compte.

    1. Effectivement Véronique, c’est encore un parcours du combattant pour s’affranchir de ses chaînes, aussi bien matériellement que juridiquement, financièrement, socialement… sans parler des côtés psychologiques et émotionnels.
      Il y a beaucoup de travail à faire, mais je fais partie de ceux qui, bien que le déplorant, regarde les progrès accomplis, surtout dans le fait que les tabous tombent, les gens parlent, les médias s’intéressent (plus ou moins habilement), les lois changent. C’est lent, c’est long, mais c’est justement la raison pour se mobiliser et communiquer.
      D’où le blog: faites circuler les liens! merci 🙂

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