La fantastique leçon de survie de Paul Barney, rescapé de l’Estonia

Posted on

Il y a quelques années, j’ai lu un livre sur la survie qui m’a beaucoup marqué. À tel point que je l’ai lu plusieurs fois, et je suis allée le chercher sur mon étagère pour écrire cet article… Il s’agit de « The Survivors Club » du journaliste et producteur américain Ben Sherwood, malheureusement pas traduit en français.
Pourquoi est-ce que je veux vous parler de survie, vous demandez-vous ? Et de catastrophe telle que le naufrage du ferry Estonia en 1994, qui coûta la vie à 852 passagers, sur 989?

Parce que les enseignements des incroyables rescapés de catastrophes sont des leçons dont nous pouvons tous tirer parti lorsque nous rencontrons l’adversité. Ce que je vais vous montrer dans le dernier paragraphe, après vous avoir présenté le sujet du livre et les leçons inestimables de Paul Barney.

 

The Survivors Club de Ben Sherwood

 

Curieux de découvrir si les survivants de catastrophe partageaient des qualités communes, l’auteur a interviewé pour son livre des victimes de toutes sortes de désastres, des personnes qui, en toute logique, n’auraient pas dû s’en sortir, mais l’on fait quand même. En outre, Ben a traversé la planète pour rencontrer des experts en sécurité, en survie, des médecins-urgentistes, des psychologues, etc. Tel que le Dr John Leach, l’un des experts mondiaux en psychologie de la survie, qui déclare sans délicatesse : « Le déni et l’inactivité préparent les gens très bien pour le rôle de victime et de cadavre ».

Effectivement, l’un des exemples qui m’ont le plus touchée dans ce livre est celui de Paul Barney. Aucun déni, aucune inactivité chez cet homme. Il voyageait à bord de l’Estonia, la fatidique nuit du 28 septembre 1994, sans cabine parce qu’il avait voulu économiser 40 dollars sur son trajet de l’Estonie à la Suède. Cette histoire m’a certainement touchée particulièrement du fait de la proximité géographique et de la quasi-banalité de ces croisières en ferry pour quiconque réside dans les régions baltes et scandinaves. Cependant, ce qui m’est resté en mémoire, c’est la manière dont Paul Barney avait été capable de synthétiser son aventure et les étapes de son comportement qui ont mené à sa survie.

Ce voyageur a réussi à s’orienter dans la semi-obscurité du navire qui s’était couché sur le côté avant de sombrer, à affronter cette architecture nouvelle de l’espace qui lui permettrait de sortir sur la coque du bateau, à être évacué sur un radeau, à remonter sur le radeau après être emporté par une vague dans les eaux glaciales, à survivre toute la nuit dans le froid jusqu’à être repéré des heures plus tard par un hélicoptère, alors que seulement 6 des 16 passagers du radeau de secours survécurent.

Était-ce juste de la chance ? C’est justement la question que se posait Ben Sherwood et il démontre dans son livre que beaucoup de rescapés partagent des traits et comportements communs, bien illustrés par l’histoire de Paul Barney.

 

Quels sont les gestes de survie de Paul Barney ?

Si vous m’avez suivie jusqu’ici, vous comprendrez immédiatement pourquoi je vous raconte cette histoire aujourd’hui, car le premier point est dans le prolongement direct de mon article précédent (cliquez ici) est :

  • RESPIRER
    Respirer profondément ralentit le cœur et oxygène le cerveau. Alors que Paul, frigorifié dans le radeau, commençait à entrevoir glisser dans la mort comme une douce et chaude perspective, une grande respiration lui remit les idées en place et lui permit de se sortir de l’étourdissement qui l’emportait.
  • AVOIR UN OBJECTIF, AVOIR FOI EN QUELQUE CHOSE
    Les idées remises en place, Paul réagit fortement en se rebellant intérieurement contre la perspective que sa vie s’arrête sur ce bateau, à ce moment : « Il y avait tellement de choses qu’il n’avait pas faites dans sa vie, que ce n’était pas ici ni à ce moment que son existence s’achevait. » Ben Sherwood mentionne l’importance de ce qu’il nomme foi, une foi occasionnellement religieuse, mais plus particulièrement une conviction intime que partagent les survivants qu’ils n’ont pas encore accompli la mission de leur vie, qu’ils n’ont pas d’autre choix que de survivre pour s’en acquitter. De même, sa sortie du bateau était jalonnée d’objectifs : parvenir à l’extérieur, atteindre les bateaux de sauvetage, résister au froid.
  • COUPER L’ÉLÉPHANT EN MORCEAUX
    Ce que l’on peut assimiler à faire une chose par jour (si nous ne sommes pas dans la carlingue en feu d’un avion ou sous les décombres d’un tremblement de terre). Dès qu’il réalisa que le navire ne se balançait pas, mais restait bien de plus en plus penché sur un côté, Paul réagit : il comprit que sa vie était en danger, et alors que certains passagers restaient cloués sur place, il entreprit de décomposer son trajet vers la sortie en petites étapes. (Les issues étaient désormais situées au plafond, la vaisselle et le mobilier éparpillés partout, le tout dans la pénombre). Le concept même de sortir ou se sauver était un éléphant qu’il lui fallait couper en morceau pour l’avaler. De la même manière que gravir nos Himalayas se fait pas à pas (1CPJ).
  • DANS L’ACTION, SE COUPER DE SES ÉMOTIONS
    La foi dans le fait que l’on doit s’en sortir s’accompagne d’un réalisme brutal face aux obstacles pratiques à surmonter. C’est le paradoxe de Stockdale, d’après un Marine américain qui résista à des années de captivité au Vietnam. Les accès d’optimisme excessif auxquels succèdent de violentes déceptions constituent des montagnes russes émotionnelles qui usent la résistance. Toutes les forces de Paul étaient utilisées à garantir sa survie d’une manière pratique, ainsi que d’assister ceux qu’il était en position d’aider. Mais il s’était détaché de leurs émotions, comme s’il avait mis une paroi de verre entre lui et eux, afin de ne pas être emporté par les fluctuations des émotions des autres rescapés et de continuer à être capable d’agir.
  • NE PAS RELÂCHER SA VIGILANCE TROP TÔT
    Après des efforts incommensurables, certaines victimes s’écroulent dans la dernière ligne droite, alors que le secours est à portée. C’est uniquement dans la sécurité de l’hélicoptère que Paul relâcha ses gardes, son corps fut alors pris de convulsion et il souffrait terriblement, mais il était en sécurité.

 

Ben Sherwood ajoute en fin d’ouvrage l’importance de l’entourage, de faire partie d’un groupe dont les membres nous apportent à la fois une raison d’espérer et le soutien nécessaire. Enfin, après avoir rencontré des dizaines de rescapés, il conclut sur l’importance d’être pleinement conscient à sa vie et de n’en pas perdre un seul souffle.

 

Les leçons de survie de Paul dans nos vies

 

Lorsque je travaille à la ligne de soutien pour les femmes victimes de violences conjugales, il m’arrive fréquemment de parler avec des femmes pour lesquelles quitter leur relation est une épreuve aussi insurmontable que de quitter un bateau qui coule. Cela leur semble impossible, elles sont terrifiées, les émotions qui les traversent les vident de toute énergie. Elles ont parfois du mal à voir, ou parfois à croire, que ça en vaut la peine. Jusqu’au jour où la foi intervient. Le jour où elles se disent que leur vie vaut mieux que cela. Parfois, c’est d’être face à une menace de mort qui les fait réagir et prendre conscience qu’elles ne sont pas venues sur Terre pour que « ça s’arrête ici et comme ça ».

Dans ces cas, les leçons de Paul Barney sont toutes aussi importantes pour elles que pour chacun d’entre nous, pris dans un incendie ou un accident de voiture.

  1. Respirer sera toujours le moyen d’avoir le cerveau le plus performant possible, d’évacuer le stress et de détendre ses muscles. Et c’est un bon exercice même pour les petits tracas de la vie de tous les jours.
  2. Décomposer la tâche impossible en multitudes de mini-tâches gérables permettra d’avancer petit à petit. Et chaque étape franchie, si petite soit-elle, consolidera notre confiance et nous rapproche du but.
  3. S’isoler des émotions est l’une des tâches les plus rudes, puisque le foyer est construit sur des sentiments. C’est pour cela que se préparer est primordial. Suivre un plan est un moyen d’agir sans se poser de questions au pire moment, c’est-à-dire dans le feu de l’action.
  4. Déterminer ses objectifs sont les bases pour définir son plan d’action. Ce plan qui va permettre de (re)trouver la liberté de remplir notre mission de vie.

Voilà pourquoi je vous parle de Paul Barney!

J’espère que son exemple vous inspire autant que moi !
Laissez un commentaire ci-dessous pour me faire part de vos réactions à cet article. Merci !

publié le 13 juillet

Partager cet article
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Virginie Loÿ

Je m’appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d’une relation abusive ou violente.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Recevez gratuitement le guide "Comment reprendre le contrôle de sa vie"
x