Vous vous demandez comment aider une victime? Engagez-vous !

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Comment aider une victimeJ’ai souvent remarqué, lors de conférences ou bien sur des forums, qu’une partie non négligeable des participantes (ou participants, il s’agit parfois d’hommes) est présente « pour aider une victime ». C’est-à-dire qu’elles viennent, de leur propre gré, elles utilisent leur temps libre, dans le seul but de s’informer pour le compte d’une tierce personne. Il s’agit de quelqu’un de proche, une amie ou une sœur, et plus fréquemment, de leur fille.

Ces proches, parents, amis, s’inquiètent pour la victime, ne comprennent pas pourquoi elle ne réagit pas, ou au contraire pourquoi elle refuse qu’on s’immisce dans sa vie, pourquoi elle repousse les propositions de soutien, voire défend le conjoint abusif. Ces personnes veulent comprendre les mécanismes en jeu, elles se font du souci pour les enfants du couple. S’il ne tenait qu’à elles, elles jetteraient le malotru à la poubelle et qu’on en finisse !

D’ailleurs, c’est peut-être votre cas ? Peut-être êtes-vous arrivée sur ce blog parce que vous vous demandez comment aider une victime ? … Surtout que « votre » victime, souvent, refuse votre aide.

Que vous soyez une partie de son problème ou pas (eh oui, y aviez-vous pensé ?), vous n’êtes peut-être pas la meilleure personne pour l’écouter, la conseiller ou la soutenir. Ou peut-être vous ne pouvez qu’écouter, ou que garder les enfants, ou que prêter de l’argent. Vous vous sentez inutile, quelques fois futile, et bien sûr, vous souffrez de voir détruire une personne qui vous est chère.

Et je n’ai malheureusement pas de très bonnes nouvelles pour vous, car :

on ne peut pas aider quelqu’un contre son gré.

Que la personne souffre de dépression, d’alcoolisme, de je-ne-sais-quoi ou d’une relation abusive ou violente, si elle ne reconnaît pas qu’elle a un problème et si elle ne demande pas votre soutien, vous n’y pouvez rien.

Est-ce que cela veut dire que vous devez ne rien faire ? Juste, attendre et vous morfondre, avec le cœur chaque jour un peu plus brisé ?

Non, bien sûr. Vous trouverez, en deuxième partie de l’article, des conseils concrets pour vous guider dans vos contacts avec la personne qui vous est proche. Et si vous ne voyez pas trop ce que vous pourriez faire de plus, je vais dans cette première partie vous donner UN conseil :

 

1. Pour aider une victime: engagez-vous !


Savez-vous…

… quels sont les services offerts par votre municipalité ? Quelles sont les positions défendues par votre député ? Quelles sont les ressources de votre association locale ? Où se trouve le plus proche refuge, combien de personnes peut-il accueillir ?

 

“Mais… ma fille, elle n’habite même pas la même ville que moi… Mon (ma ?) député, je ne sais même pas qui c’est… J’ai autre chose à faire que du bénévolat… Une victime, j’en connais une, une vraie, personnellement… Les problèmes des autres, je les laisse aux autres…”

STOP !

 

Quand vous vous dites que ce qui se passe chez les autres, ça vous est égal et que la seule victime qui vous intéresse, c’est la vôtre, vous ne faites que déplacer le problème. Vous le regardez par la lorgnette, mais vous la tenez dans le mauvais sens.

 

 

Le problème des autres est aussi le nôtre.

Car derrière d’autres murs violents et malsains grandissent des enfants.

Des enfants perturbés,
des petites personnes dont NOS enfants et NOS petits-enfants tomberont amoureux un jour.
Des petites personnes qui grandissent dans la peur, qui ne se construisent pas correctement et qui, un jour, reproduiront les scénarios de domination ou de soumission que leurs parents leur ont offerts en modèle.
En lieu d’amour, d’éducation et de sécurité.

 

“Oh la la, je ne suis pas très bénévolat, je ne pourrais jamais aider une victime que je ne connais pas. Et répondre au téléphone pour aider des femmes, je ne pourrais jamais. En plus, je n’y connais rien…”

 

Alors, ne vous inquiétez pas : des moyens d’agir, il y en a plein ! Et les besoins peuvent être aussi pratiques qu’intellectuels.

  • Il faut faire bouger des gens pour participer à des manifestations de sensibilisation, installer des stands, distribuer des stickers, récolter des fonds…
  • … et il faut faire bouger les mentalités pour influencer les décideurs, ceux qui rédigent, proposent et votent les lois, il faut mettre de la pression pour faire appliquer ces lois correctement.
  • Il faut des personnes qui écoutent au bout du fil…
  • … et il faut des gens qui font du bruit sur les réseaux sociaux…

S'engager pour les victimes

S’investir auprès d’associations féministes, défendre l’égalité des droits et des opportunités, se battre contre la misogynie au travail, inscrire sa fille au foot et son fils à la danse, il y a de nombreuses manières de s’engager. Alors, ne restez pas sur le seuil, franchissez ce cap intellectuel : refusez l’accord tacite de cette violence. Et passez aux actions concrètes.

Ne vous inquiétez pas, si vous voulez vraiment aider, vous avez aussi en vous les moyens de trouver comment.

 

Les effets secondaires appréciables de l’engagement :
  • vous ferez forcément du bien, et pour cela, vous vous sentirez mieux que dans l’inaction,
  • vous vous informerez petit à petit, et serez plus confiante dans le soutien que vous êtes susceptible d’apporter à « votre » victime,
  • vous serez un vecteur de communication, et susceptible d’aider des personnes qui vous demanderont spontanément conseil,
  • la personne qui vous est proche comprendra la profondeur de votre engagement et que vous êtes prêtes à aider en connaissance de cause (et non avec des préjugés, des principes tirés d’un chapeau, ou des conseils mal appropriés), elle reste cependant libre de ne pas faire appel à vous et préférer les soutiens anonymes ou extérieurs.
Quelques pistes pour s’engager
  • se renseigner sur la politique, les services locaux, les lacunes et les besoins
  • contacter les associations locales (pour les localiser rapidement, utiliser les liens en fin de cet article, les associations féministes,
  • veiller au respect des droits des femmes sur votre lieu de travail
  • participer aux manifestations du 25 novembre,
  • lire sur Internet et la littérature spécialisée
  • ne jamais accepter de propos indécents, même dans un cadre convivial (lire cet article)
  • donation pour aider les victimes
  • Ah oui, dans mon élan… j’ai presque oublié le nerf de la guerre : si vous ne pouvez pas donner de votre temps, faites des donations !

 

 

Lignes directrices pour aider une victime

 

Je cite ici des conseils qui peuvent s’appliquer à la personne proche que vous aimeriez soutenir aussi bien qu’à une personne inconnue dont vous croisez le chemin, une nouvelle voisine, une maman à l’école,…

 

Vous ne savez pas tout, mais…

Faites confiance à votre intuition. Mieux vaut avoir la puce à l’oreille, quitte à vous apercevoir plus tard que vous aviez tort, plutôt que de rester sourde et aveugle. Dans le doute, soyez vigilante.

 

Gardez le contact

Isoler la victime est l’un des traits caractéristiques des relations abusives. Cherchez à conserver un lien, même ténu (des petits coups de fil réguliers, des invitations, même si vous savez qu’elles sont systématiquement déclinées…) Dites-vous que le jour où la victime comprendra qu’elle a besoin d’aide, votre numéro SERA dans son téléphone.
Gardez le contact si elle quitte son conjoint, si elle y retourne, si elle le quitte encore (soyez certaine que c’est plus dur pour elle que pour vous) et continuez de la soutenir après la séparation, car pour elle, ce n’est qu’un début.

 

Communiquez votre disponibilité

Ne vous attendez pas à ce que la victime vous sollicite, mais faites-lui savoir que vous êtes alerte et disponible. Posez des questions : « Je te trouve pâlichonne en ce moment, tout va bien ? » et réaffirmez votre disponibilité : « Tu sais que je suis là si tu as besoin. Tu n’as rien à me dire, je peux garder tes enfants… »

 

Écoutez, validez, respectez

Si la victime se confie, rappelez-vous que c’est encore plus difficile à dire qu’à entendre. Écouter suffit, les conseils ne sont utiles que s’ils sont demandés. Croyez la personne qui vous parle et validez ses sentiments, sans prendre parti contre le conjoint (car elle risque de le défendre) : « Moi aussi, j’aurais peur dans une telle situation », « Ce n’est pas gentil », ou « C’est un crime de frapper quelqu’un. »

Respectez le fait que, malgré ses confidences, elle peut être encore très loin de prendre des décisions concrètes et qu’elle est libre de ses faits et gestes, même s’ils vous choquent ou vous contrarient.

 

Si des enfants sont en danger, indiquez les limites et agissez

Dans le cas où des enfants sont en danger, il faut prendre les choses en main et l’informer. Expliquez que vous êtes contraintes de prévenir les autorités/services sociaux pour protéger les enfants ET faites-le. Il ne faut pas tergiverser, ce n’est pas quelque chose que vous faites « contre » elle, c’est quelque chose que vous faites « pour » ses enfants. Eux n’ont aucun libre-choix, ils auront besoin de nombreux adultes responsables sur leur route.

 

Informez-vous sur les services locaux

Ayez par exemple les coordonnées de votre association, d’un avocat, d’un thérapeute sous la main.

 

Aidez d’une manière pratique et soyez prête à agir vite

Gardez les enfants, proposez l’hébergement temporaire, accompagnez à un rendez-vous, etc. Toutes ces aides concrètes sont les bienvenues. Et soyez prête à agir vite et sans trop d’explication le cas échéant,

mais à tout moment, …

 

vous devez vous écoutez et respectez vos propres limites

Il n’incombe à personne de jouer le rôle de « sauveur » ni de « sauveteur ». Vous devez vous écouter, recenser vos forces, savoir dire non quand un effort vous coûte. Il n’est utile à personne que votre propre mariage s’écroule ou que vous tombiez dans la déprime.

Alors avant d’aider une victime, scotchez dans un coin de votre tête, mais pas trop loin quand même, cet adage bien connu :

Charité bien ordonnée commence par soi-même

 

Comme toujours, n’hésitez pas à partager vos réactions à cet article. Comment vous engagez-vous dans votre vie quotidienne contre la violence et les inégalités ?

Publié le 20 août

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Virginie Loÿ

Je m’appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d’une relation abusive ou violente.

2 thoughts on “Vous vous demandez comment aider une victime? Engagez-vous !”

  1. Bonjour,

    Il y a aussi au sein des entreprises, les représentants du personnel et notemment les CHSCT (Comité Hygiène Sécurité et Conditions de Travail) dont vous pouvez faire appel pour vous aider ou aider un collègue en souffrance, lorsque ceux-ci existe évidement et font bien sur correctement leur job.
    En tant que secrétaire du CHSCT dans mon entreprise, je suis souvent confronté à des collègues victimes d’abus de pouvoir. Malheureusement, même si vous savez que le collègue rencontre ce genre de problème, il n’est jamais facile sans son accord, d’aller résoudre le problème, car bien souvent le lien de subordination contraint le salarié à se taire.
    Alors, dans ces cas difficiles nous engageons une communication empathique avec le collègue que nous suivrons de prêt jusqu’à ce qu’il ait confiance en nous et soit prêt à intervenir avec nous auprès de la direction.
    Où si vraiment le problème est très grave, c’est-à-dire que la santé de la personne est gravement en danger, nous informons la direction du problème pour trouver ensemble au plus vite une solution sinon nous utilisons alors notre “droit d’alerte” pour tirer la sonnette d’alarme. Cette dernière solution fera alors rentrer dans la boucle l’inspection du travail et la médecine du travail.

    Merci pour toutes ces précieuses informations.

    A bientôt

    Paul

    1. Merci Paul, pour ce commentaire.
      Vous avez tout à fait raison de mettre en avant que les relations abusives ne se trouvent pas uniquement dans la sphère intime. Et je vous remercie tout particulièrement d’apporter une piste pour une solution CONCRÈTE, et comment l’appliquer, car c’est l’objectif du blog Une Chose Par Jour: apporter des pistes et des conseils pour pouvoir se sortir de sa situation. Savoir que l’on n’est pas seul et que des ressources existent est capital.
      Je suis sûre que votre contribution sera utile à quelqu’un. 🙂

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