Pour comprendre la violence domestique: Petits secrets, grands mensonges de Liane Moriarty

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petits secrets grands mensonge moriartyUn roman peut-il aider à comprendre la violence domestique ?

 


Je recommande la lecture de ce roman :
– aux proches des victimes de violence domestique et aux gens qui s’interrogent parce qu’ils n’arrivent pas à comprendre pourquoi une victime ne quitte pas son conjoint,
– aux femmes qui se demandent si leur relation est « normale » , pour comprendre comment les relations peuvent évoluer (mais toujours dans le cas des autres, vous savez comment c’est…)
– aux victimes de violence physique, si elles en ont le cœur,
aux rescapées, pour le faire lire à leurs proches qui comprendront alors peut-être un peu mieux d’où elles reviennent.

Pourquoi lire ce roman ?

À combien pourrait-on s’approcher, en toute prudence, du quotidien d’une femme qui vit une relation abusive, ou même violente ?
Pour essayer de se l’imaginer ? Pour essayer de comprendre ? Pourquoi elle ne part pas. Pourquoi elle reste. Pourquoi elle n’est pas partie la première fois (« Moi, c’est ce que je ferais. La première claque, je me barre…», entendons-nous à la volée…) Pourquoi elle est encore là ? Pourquoi elle ne parle pas, pourquoi les autres ne voient rien ?

(À propos, vous pouvez lire cet article tranquille, jusqu’à mon signe STOP!!!. Ne vous inquiétez pas, contrairement aux revues de livre pratique, il n’y a de résumé ici.)

Je n’irai jamais jusqu’à dire que la lecture d’un livre, qu’il soit pratique ou théorique, ou encore d’un roman, puisse donner une image exacte de la réalité multiple et complexe qu’est la violence domestique. Cependant, en refermant le livre « Petits secrets, grands mensonges » de Liane Moriarty, je me suis demandé si elle avait elle-même vécu une ou des situations similaires, pour être capable de si bien les transcrire.

Alors, si vous avez soif de compréhension, et que vous préférez vous informer sur la violence domestique en mode « light », en lisant un récit à moitié enquête, à moitié « chicklit », qui vous rappelle l’ambiance des copines et des sorties d’école, allez-y, foncez !
L’histoire est sympa, le suspense demeure jusqu’à la fin ; le style –sans être recherché- est agréable et direct, et à certains moments, peut-être, éclaterez-vous de rire, en vous disant que « c’est exactement ça », comme si l’auteur avait vécu les mêmes anecdotes que vous lors des fêtes d’anniversaire de vos enfants, et en plus drôle.

Ce livre a été adapté en série pour HBO sous son nom original “Little Big Lies” avec Nicole Kidman, Reese Witherspoon et Shailene Woodley (je ne l’ai pas vue).

Vous pouvez lire le descriptif officiel (ci-dessous), acheter l’ouvrage et le lire. Et ensuite, seulement revenir pour finir l’article, puis me dire dans les commentaires ce que vous avez pensé du livre… et de l’article !

Les secrets finissent toujours par être dévoilés.
Et toujours quelqu’un doit payer…

Jane, mère célibataire, vient d’emménager à Sydney avec son petit garçon et un secret qui est le sien depuis cinq ans.
Le jour de la rentrée scolaire, elle rencontre Madeline, un personnage haut en couleur avec lequel il faut compter (elle se souvient de tout et ne pardonne jamais) et Céleste, une femme à la beauté époustouflante, mais qui, paradoxalement, est toujours mal à l’ aise. Elles prennent toutes deux Jane sous leur aile, en faisant attention de dissimuler leurs propres secrets.
Cependant, quand un simple incident impliquant les enfants de chacune des trois femmes survient à l’école, les choses s’enveniment : les commérages vont bon train, les rumeurs empoisonnées se propagent jusqu’au point où il est impossible de démêler le vrai du faux.”

STOP !!! STOP !!! STOP !!!

(À bientôt, quand vous aurez fini le livre ! Achetez-le ici *)

 

* Vous pouvez commander le livre en utilisant le lien ci-dessus. Le prix pour vous est le même qu’en achetant directement à Amazon. Comme je tiens à être totalement transparente, sachez que je touche sur vos achats par ce lien une petite commission, qui contribue à financer le fonctionnement du blog. Et si c’est ce que vous choisissez de faire, je vous en remercie d’avance.


Vous voilà de retour, continuons donc !

Céleste incarne la violence domestique contemporaine

 

1. Comment-avez vous lu le livre ?

Le personnage de Céleste, qui incarne la violence domestique, n’a plus de secrets pour vous, ni de grands, ni de petits.
Alors, dites-moi, êtes-vous de celles (ou ceux) qui trouvent qu’on parle d’elle comme une femme « un peu malmenée » (ce que j’ai lu dans l’une des critiques du livre, j’en étais verte de rage)?
Ou bien, êtes-vous de celles (ou ceux) qui ont lu en se demandant qui était mort, qui était le père de Ziggy, est-ce que c’était bien Ziggy qui faisait du mal à Amabella, et sinon, qui ?

Parce que c’est ce que nous faisons, très souvent. Trop souvent.
Nous passons, sans la remarquer, à côté d’une personne qui est emprisonnée dans sa relation, victime de violence domestique (les abus psychologiques SONT de la violence conjugale à part entière). Nous passons tout près, sans y penser.
Même les amies proches de Céleste ne voient rien (et s’en veulent plus tard).

 

2. La situation de Céleste est-il réaliste ?

Pour moi, il n’y a pas d’exagération. Des femmes, victimes de violence domestique, dont l’entourage ne se doute de rien nous appellent (nous, les bénévoles des associations) toutes les semaines, tous les jours. Liane Moriarty a campé un personnage plus que réaliste. Céleste a tout pour être heureuse. Elle avait tout pour attirer un mari qui obtenait, en la présence de sa femme (« -trophée » ?) la validation de sa propre importance. Céleste, de son côté, n’avait aucune idée que de tels comportements existaient, entre gens civilisés, éduqués. Elle ne se méfiait pas. Elle s’est engagée dans la relation. Puis un point décisif d’engagement a été franchi (la venue des jumeaux), comme un point de non-retour, et le bonheur a viré.

Combien de femmes se sont trouvées piégées de cette manière ? (Ce point de non-retour où il devient difficile de renverser le cours des événements peut être des photos ou des informations compromettantes, l’achat d’un bien, etc. Imaginez que ce soient VOS ENFANTS ?!)

 

3. Le comportement de Céleste est-il réaliste ?

L’auteur dévoile très bien le cheminement intellectuel qui fait qu’une brutalité s’efface, un affront s’oublie. Les montagnes russes qui, de haut et de bas, apportent des flots d’adrénaline addictifs, pour les deux personnes impliquées. Les retrouvailles (-et les excuses-) qui font douter de la réalité, ou du moins, de la gravité des coups portés (physiques ou non).

Liane Moriarty décrit très bien la dissociation à laquelle la victime a recours, en se « détachant » justement de son rôle de victime. D’une part, Céleste s’estime responsable (au moins en partie) des violences qu’elle subit. Et d’autre part, elle n’arrive pas à se convaincre que les services proposés par les associations sont pour elle. Elle qui n’est pas comme les autres. Elle qui ne reconnaît pas son histoire unique dans les clichés offerts soit par les médias soit par le manque d’information sur la violence domestique.

 

4. L’entourage est-il réaliste ?

Les proches ne voient rien, parce que chacun est pris dans son histoire et ses problèmes et Céleste, elle, ne fait rien pour donner prise à cet entourage. Comment d’autres croiraient-ils à son histoire alors qu’elle n’y croit pas elle-même (alors qu’elle ne VEUT pas y croire elle-même) ? Ce qu’elle lit dans le regard des autres, c’est l’envie ou l’admiration, rien qui conforte l’idée que dans sa vie, tout est faux, tout est faussé, tout est fou. Comment tomber d’un tel piédestal sans se faire mal ?

Alors elle est « absente », nerveuse. Elle marche sur des oeufs, elle s’use à essayer de tenir bon. Elle pense qu’elle peut attendre que ses enfants soient grands, elle pense qu’on ne prive pas des enfants d’un « bon père ». Et elle est tellement devenue comme cela, que tout le monde pense que c’est sa vraie personnalité. Un peu décalée, mais tellement belle et généreuse (dans la vraie vie, remplacez par « marrante », « sûre d’elle », « dynamique », en fait, presque tous les qualitatifs fonctionnent, s’ils permettent de cacher son désarroi).

5. La fin est-elle réaliste ?

Pour moi, ce roman est l’un de ceux où la violence domestique est le mieux mise en scène.

Céleste incarne un personnage très crédible, un personnage d’aujourd’hui, une femme victime contemporaine. Les questions qu’elle se pose sont les mêmes que celles auxquelles il m’arrive de répondre à la ligne de soutien. Et comme mes interlocutrices, elle aimerait qu’on lui dise que ce n’était qu’un mauvais rêve, que tout va s’arranger, que tout va s’arrêter.

Bien sûr, la fin du livre est théâtrale … mais ô combien pratique ! C’est un roman, après tout!

Dans nos vraies vies, nous ne nous débarrassons pas si facilement de l’auteur des violences domestiques… (Nous serions subitement beaucoup moins nombreux sur Terre…)

Et vous, qu’avez-vous pensé de ce livre ? Vous a-t-il aidé à entrevoir une facette de nos vies qui vous était inconnue ? Commentez ci-dessous, partagez vos impressions à la suite de cette lecture !

publié le 30 juillet

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Virginie Loÿ

Je m’appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d’une relation abusive ou violente.

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