La communication préformatée comme réponse aux attaques

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violence verbaleEn terme de communication…: Vous est-il déjà arrivé de passer les trois quarts de la nuit réveillée parce que votre conjoint vous tient des discours qui vous font tourner en rond ? Des moments où vous seriez prête à jurer l’inverse de ce que vous pensez uniquement pour que ce tournis verbal cesse ?

Ou alors que votre portable coule, inondé par des textos sans queue ni tête qui vous culpabilisent, vous font vous sentir nulle, vous serrent le cœur, vous font valser de l’espoir à la plus sombre déprime, en passant par la colère ?

Il y a un terme pour cela. Deux, en fait.
Il s’agit de violence psychologique et de violence verbale.

Il se peut aussi que la communication ne soit pas aussi excessive, mais simplement très accusatrice. Critique. Insultante. Dévalorisante.

(Je ne vais pas parler dans cet article du mutisme, qui est aussi une forme de violence psychologique/verbale.)

 

Quel est le but d’une telle communication ?


C’est une question que vous vous êtes sans doute posée, si vous en avez eu le temps (car ces discours en consomment énormément) ou si vous en avez eu l’énergie (car ces discours sont épuisants).

Le but de ces harangues, car c’est bien ainsi qu’il faut les appeler, n’est jamais de résoudre quoi que ce soit.

Il n’est pas non plus de « communiquer », c’est à dire échanger à pied d’égalité en écoutant et en respectant l’opinion de l’autre. Il n’est pas d’aboutir à une entente qui soit acceptable aux deux parties.

Les adeptes de ce mode de manipulation (je ne peux absolument pas utiliser le mot communication ici) n’ont qu’un objectif : atteindre la suprématie par l’abandon de la partie « opposée ». 

Et pour cela, ils utilisent tout un arsenal de mensonges, d’omissions, de fausses accusations, de mauvaise foi, etc. qui vous donnent le tournis… et vous finissez par vous demander si c’est vous qui devenez folle.
Tels de vilains matous, ils ne lâchent pas la souris tant qu’elle se démène encore.

Combien de fois vous êtes-vous dit que vous auriez mieux fait de vous taire ? Combien de fois avez-vous compris trop tard que l’invitation à la discussion était un piège ? Ou bien avez-vous, à l’instar de Sophie, capitulé depuis longtemps ?

 

Comment se protéger en communiquant autrement ?


Si je rédige ce blog, c’est pour inspirer et inciter les personnes qui souffrent dans des relations abusives ou violentes à prendre leur vie en main. Dans la plupart des cas, cela signifie aussi se séparer de l’auteur des violences.

Mais je suis tout à fait consciente que

  • on ne part pas d’une manière efficace et réussie sans s’y préparer : il faut donc parfois cohabiter des semaines, des mois ou des années (presque deux ans dans le cas d’Agathe),
  • une fois partie, si l’on a des enfants ensemble, il faudra trouver un système de communication qui ne nous fasse pas couler.

C’est donc une bonne idée de développer autant que possible un mode de communication qui nous protège.

Il ne s’agit pas de communication en profondeur, mais bien d’un moyen de se rendre moins vulnérable dans les échanges, de détourner les attaques, et d’éviter au mieux possible les dommages collatéraux.

Comme d’enfiler une armure, et si vous arrivez à vous imaginer habillée en côte de maille, tant mieux ! Ça vous aidera à jouer votre rôle « préformaté ».

 

L’objectif est de donner le moins de prise à votre adversaire verbal.
Vous avez observé qu’il se sert de tout ce que vous lui dites pour retourner
vos arguments et vous les renvoyer, déformés, à la figure.

Alors : NE LUI DONNEZ RIEN.

 

Communiquez comme si vous étiez votre portable.

 

Vous avez dans votre téléphone portable des réponses préformatées, des textos types, que vous pouvez envoyer rapidement quand vous ne pouvez (ou ne voulez pas répondre). Ces messages sont des messages à UN SENS.

  • Je suis occupée.

  • Je te rappelle plus tard.

  • Je suis en réunion.

C’est rapide, c’est efficace. Ça n’attend aucune réponse. La communication à sens unique imparable 🙂

 

FAITES PAREIL !

Vous pouvez très vite apprendre à utiliser des messages préformatés dans votre communication
et à ainsi reconstruire vos propres limites, réplique par réplique. Il n’y a qu’une condition :

 

VOUS DEVEZ ACCEPTER

QUE VOUS N’AUREZ JAMAIS RAISON

ET QU’EN FAIT, DÉSORMAIS,

ÇA VOUS EST ÉGAL.

Car vous « achetez » à bon marché

la paix de votre esprit et des heures de sommeil.

 

C’est donc goodbye aux explications, aux justifications, aux raisonnements.

 

 

Exemples de communication préformatée

 

Je vais attaquer par la réponse préformatée qui fait le plus mal à prononcer, mais qui est très efficace… Vous verrez, comme ça marche, avec le temps et l’habitude, ça devient plus facile à utiliser… mais vous n’êtes pas obligée de commencer par celle-ci !

 

« Tu as raison. »

ainsi que toutes les adaptations : C’est vrai, (ça doit être vrai), Je te crois, Je comprends… ou tout simplement « Oui »

Avec cette réponse, on diffuse la situation en prenant d’emblée le parti de l’autre. C’est un peu difficile au début, surtout quand on sait que ce n’est pas vrai (il n’a pas raison) et qu’on n’a pas l’habitude de mentir. Et puis, on s’y fait 🙂

 

  • Tu as un gros cul. C’est vrai.

  • T’as encore oublié le sel. Ah oui.

  • Tu t’es trompée de chemin. Tu as raison.

« J’ai dû me tromper »

Avec celle-ci vous endossez immédiatement la responsabilité de ce qui vous est reproché.

  • T’as encore trop dépensé. J’ai dû me tromper dans les comptes. T’es pas fichue de faire les choses correctement. C’est vrai

    .

« Je ne l’avais pas vu sous cet angle là. »

C’est ton opinion. Nous avons donc des avis différents (ce n’est pas grave).

Ces réponses donnent la possibilité de se dissocier de l’avis de l’autre en manifestant que vous n’avez pas l’intention d’entrer dans une discussion. Vous déclarez simplement accepter que vos avis soient différents, sans en savoir plus sur le sien ni en donner davantage sur le vôtre.

 

 

« Peut-être. »

C’est possible. Ah bon ?

Les réponses évasives et reports dans le temps sont aussi une bonne technique.

Je vais voir. Demain…

Pour que cela fonctionne au mieux, il faut éviter de tomber dans le piège de l’argumentation. Si, face à ces réponses, votre interlocuteur cherche à les contourner pour vous provoquer, rester aimablement butée est indispensable.

  • T’as encore oublié le sel. Ah bon. C’est pas assez salé. Je t’ai entendu, ou c’est vrai.

 

La réponse préformatée parfaite est courte et assertive. (Elle n’ouvre pas la discussion, vous n’attendez pas de réponse.) Utilisez le flou (« peut-être »), le général (« on »), les proverbes ou réponses toutes faites (« demain sera un autre jour », « qui vivra verra », etc.)

D’une manière générale, toute réponse ironique ou un tant soit peu « maline » fera sortir l’interlocuteur-manipulateur de ses gonds : à proscrire donc. Si vous utilisez l’humour, autant que ce soit une forme d’autodérision. (Ah oui, tête de linotte, j’oublie toujours le sel.) Rappelez-vous sans cesse que le seul objectif est de vous épargner des complications inutiles et vous faire gagner du temps.

Oubliez aussi l’agressivité, l’énervement. Et si vous y arrivez avec un petit sourire, c’est encore mieux.

 

apprendre la communicationInutile d’ajouter que c’est mieux d’oublier le sel que d’en mettre trop, que vous avez un cul digne des Kardashian et que des femmes paient des fortunes pour avoir le même, et que sans son amende pour excès de vitesse, le compte ne serait pas à découvert. Et à propos, puisqu’il connaît si bien le chemin, il pourrait prendre le volant et comme ça vous pourriez bouquiner au lieu d’écouter ses inepties…

Tout ça, vous le gardez pour vous bercer le soir…
quand il n’aura plus très envie de vous saouler
parce que ça ne prend plus.

 

Entraînez-vous avec des copines, si vous le pouvez. Commencez par une réponse par-ci par-là, vous verrez, on acquiert vite les habitudes qui nous font du bien !

 

PS : En cherchant un peu, j’ai trouvé cet article dans lequel sont listées une multitude de réponses qui peuvent vous rendre service (lire l’article, c’est vers la fin du texte).

 

Et vous, avez-vous des astuces qui fonctionnent ? Vous pouvez les partager avec nous dans la boîte de commentaire si dessous. Puisque nous parlons de « communication », autant que l’information circule !

 

Attribution photos dans l’ordre: Alex Van (couverture), Alex Van, Janeke88

Publié le 18 oct

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Virginie Loÿ

Je m’appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d’une relation abusive ou violente.

7 thoughts on “La communication préformatée comme réponse aux attaques”

  1. Merci Virginie pour cet article fort intéressant 🙂

    Moi aussi j’utilise cette formule magique “oui, tu as raison”. C’est incroyable, cette seule formule a changé mes relations. Dès que je sens qu’on va se battre pour savoir qui va avoir raison avec mon interlocuteur, hop ! Je sors cette carte joker et ça met fin immédiatement au conflit qui aurait pu naître.

  2. Merci pour ton commentaire, Emily…

    Il m’en a coûté d’apprendre cette formule magique! C’était, au début, comme si je vendais mon âme au diable!
    Jusqu’au jour où j’ai lu “Do you want to be right or to be happy?” (Voulez-vous avoir raison ou bien être heureuse?) et j’ai eu un déclic.

    J’ai choisi 🙂

  3. Salut Virginie,
    Article super intéressant et très concret.
    J’ai particulièrement aimé la partie “faîtes comme si vous étiez votre portable”.
    Je vais voir sur La Réunion, pour communiquer ton site aux associations concernées :-)).

  4. Merci Thomas pour ta visite et ton commentaire.

    Parfois il faut vraiment du concret pour commencer à (re)poser ses limites. Et effectivement, le côté “robot” d”un objet tel qu’un portable, qui n’a pas d’affect, est une bonne image à garder en tête quand les émotions nous montent à la tête…
    On peut se répéter en boucle “Je suis mon portable, je suis mon portable…” 🙂

  5. Bonsoir. Excellente technique dans le cadre d’une sollicitation par l’autre. Mais quand c’est nous qui avons besoin d’une reponse ou d’un accord, dans le cadre de l’autorité parentale conjointe avec des enfants commun, comment ne pas tendre le baton pour se faire battre avec ce type de personnalité?

  6. Vous avez raison, Trivard, de noter ce point. Tout serait plus simple sans ces obligations 🙁
    Il y a des techniques… Aucune n’est infaillible, bien sûr, et il faut tester ce qui marche dans son propre environnement.

    Tout part d’une « petite révolution intérieure », que l’on parvient à faire en soi petit à petit. Pour son bien et celui de ses enfants.

    C’est dur d’accepter que l’on ne trouvera jamais aucun consensus, même pour le bien des enfants et d’accepter aussi que RIEN de tout cela ne soit « juste ». Accepter aussi qu’il faille souvent avaler quelques couleuvres avant que l’autre comprenne notre détermination, parfois troquer une solution bancale et injuste pour nous à courte échéance, pour se débarrasser à longue échéance du contrôle que l’autre essaie constamment d’imposer.

    Vous connaissez sans doute une technique parfois utilisée avec les enfants capricieux qui ne veulent jamais enfiler les vêtements qu’on leur donne : leur demander de choisir entre 2 propositions qui nous conviennent. Pour tous les cas possibles, vous pouvez vous en servir avec des messages très clairs : « Tu prends les enfants à 17 h vendredi ou à 9 h samedi, je dois savoir avant mercredi 20 h, sinon je serais obligée de m’organiser à ma façon pour respecter mes engagements ». (Pas besoin de justifier quoi que ce soit, c’est votre vie, vous avez les engagements que vous voulez, qui peuvent être des RV avec votre tasse de thé.)

    Et si vous n’avez pas de réponse, vous passez outre, et vous faites ce qui vous arrange vous. Qu’il se débrouille pour venir les chercher là où vous serez s’il n’a pas respecté ce message clair. (Tout par écrit, bien sûr, et vous confirmez par écrit l’arrangement choisi.).

    Ça demande de la volonté, du courage et de la persistance, ça ne marche pas du premier coup, mais pour tout ce, où il n’est pas illégal de prendre une décision seule, ça peut marcher très bien et vous libérer d’une manière incroyable. Et vous pouvez expliquer aux enfants, à leur niveau bien sûr, sans incriminer votre ex (il sera assez doué pour se couler lui-même).

    La révolution intérieure est que vous choisissez une ligne d’action et que vous vous y tenez, quelque soit la répartie (notamment avec les techniques de l’article). Réfléchissez aux questions vitales où vous avez vraiment besoin d’un accord pour ne pas être dans l’illégalité. Il y en a peu finalement.
    À partir du moment où vous lui offrez toujours la possibilité de se saisir de son droit, mais qu’il ne le fait pas, ce n’est plus votre problème.

    C’est difficile parce que ça va en général à l’encontre de ce que l’on a toujours fait « avant », que l’on a peur que les enfants « payent » (au contraire, les situations claires sont meilleures pour eux) et qu’il faut s’y habituer. Mais on a tout à y gagner.

    J’espère que cette réponse vous donne une piste. Je vous remercie de l’avoir posée ouvertement, car la discussion peut en aider d’autres.
    Un sujet à explorer pour un prochain article…

  7. Merci de votre réponse!
    Je me rends compte qu’après toutes ces années c’est ce que je pratique naturellement comme “sollicitation “.
    Exemple: je devais solliciter mon ex conjoint pour obtenir son autorisation pour un voyage scolaire. Je lui ai écrit “l’inscription de X sera définitivement validée à telle date”. A lui de s’opposer s’il souhaite le faire. Et je ne sous entends même pas qu’il peut s’y opposer évitant ainsi d’alimenter son fantasme de domination à mon égard. Si aucune nouvelle dans les délais, je considère qu’il donne son accord. Point barre. Cordialement.

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