30 conseils de sécurité pour les victimes de violence conjugale

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violence conjugale conseilsDans cet article, je donne des conseils de sécurité, car bien planifier peut faire toute la différence quand on se retrouve dans une situation de crise, en cas de départ précipité, de séparation ou de divorce. Cette partie complète le premier article dans lequel sont cités les documents à préparer et mettre en sécurité pour le long terme, ainsi que ceux à emporter avec soi dans l’urgence. Dans cette deuxième partie, tu trouveras des conseils de sécurité, dont certains peuvent sembler évidents, voire naïfs…… cependant, quand on se retrouve en situation de crise ou de danger, le cerveau ne fonctionne pas comme lorsqu’on est calme. L’afflux d’adrénaline peut brouiller la pensée et faire prendre des décisions irrationnelles. Avoir préparé soi-même son plan de sécurité, avoir réfléchi aux solutions pratiques qui s’appliquent dans sa propre vie,
dans son propre logement et avec ses propres moyens permet d’enclencher les actions les plus adéquates, même sous pression. 

 

Rappelez-vous, je citais (dans cet article) mon professeur de plongée dont le mantra est :
« En situation de stress (ou d’urgence), on a tendance à faire ce qu’on a l’habitude de faire. »
C’est pour cela que nous apprenons les gestes à faire si nous perdons notre masque ou si notre arrivée d’air est coupée : ce sont des situations rares, mais auxquelles nous nous préparons avant nos premières plongées-plaisir, pour notre sécurité.

 

I. 30 conseils de sécurité

 

Dans la suite de cet article, tu trouveras des conseils de sécurité très pratiques que j’ai regroupés dans les 10 sections suivantes :

  • 1- les situations de crise
  • 2- le plan de fuite « prêt à l’emploi »
  • 3- les prétextes et les moyens de partir
  • 4- les enfants : explications et action
  • 5- le code d’urgence
  • 6- sécuriser son environnement
  • 7- utiliser ses contacts
  • 8- garder les idées claires
  • 9- si tu ne peux pas éviter les coups
  • 10- si ton plan de sécurité est découvert
    (Ainsi que quelques conseils si tu es enceinte.)

Reviens sur cette liste à plusieurs reprises et régulièrement, afin de bien mémoriser tes options et les adapter à l’évolution de ta situation.

1. Repérer les situations qui déclenchent des crises :

1.1- Analyser les déclencheurs 

Identifie quels sont les disputes, les sujets de discussion, les comportements ou les situations
qui déclenchent les comportements violents de ton compagnon.
(Retard, accusations, consommation d’alcool, stress, etc.)

1.2- Désamorcer le conflit

Comment peux-tu les éviter ?
Je t’invite à consulter l’article sur la communication préformatée.
Ne te fustige pas : seul l’auteur des violences en est responsable.
Essaye cependant d’identifier s’il y a des microchangements que tu peux mettre en place pour éviter, retarder, minimiser les crises.

1.3- À quel moment partir ?


Comment peux-tu t’extraire d’une situation en train de s’envenimer ?
Apprends à reconnaître le déroulement des crises et à identifier les moments propices.
(Voir le paragraphe 3.)

1.4- Évaluation des risques physiques 


Identifie le type de comportement et le niveau de force de ton compagnon, afin d’évaluer le risque physique qu’il représente.
Un grand costaud en pleine forme ne constitue pas le même risque qu’un homme qui ne tient pas sur ses jambes parce qu’il est vieux ou qu’il a trop bu,
c’est une remarque volontairement simpliste, pour vous inciter à prendre compte des risques à leur juste valeur.

2. Avoir un plan de fuite « prêt à l’emploi ».

 

2.1- Trajet de fuite chez toi 

  • Identifie quelle est la voie de sortie la plus rapide et la plus sûre chez toi.
  • Réfléchis à l’avance, s’il y a des options, par où tu passeras pour sortir de la pièce et accéder à l’extérieur.
  • Reconnais aussi les endroits à éviter.
    (Par exemple, évite les balcons et les escaliers.)

2.2- Évaluation des lieux inconnus 

  • Fais un plan mental des lieux lorsque tu êtes ailleurs que chez toi, dans une location de vacances, par exemple.
  • Apprends à repérer les sorties de secours, et à éviter les endroits isolés.

 

2.3- Bagage d’urgence

  • Prépare et garde à disposition un sac contenant les effets les plus indispensables : médicaments, quelques vêtements, doudou de secours et couches, brosse à dents, argent et les documents — et contacts — les plus importants (dont la liste est détaillée dans cet article).
  • Garde ce sac bien caché chez toi ou chez une tierce personne, ou bien dans une cachette facile d’accès à toute heure.

 

2.4- Attention à ton cou 


Évite de porter des longs colliers, des écharpes ou des vêtements qui peuvent être utilisés pour t’étrangler.

 

2.5- Visualisation et répétition 

  • Prends l’habitude de visualisez une fuite potentielle :
    ce que tu prendras, comment tu alertera tes enfants ou tes proches, où tu te dirigeras dans ton logement pour éviter les risques et prendre ce qui est indispensable (si tu le peux), dans quel direction partiras-tu une fois dehors, etc. Réfléchis à l’avance quelle sera ta destination dans une telle destination (la police, chez des amis, des voisins, un refuge..)
  • Répéte régulièrement afin que ce soit un automatisme, le cas échéant avec tes enfants et animaux domestiques.

 

3. Réfléchir à des prétextes pour sortir et aux moyens de partir :

 

3.1- Prétextes pour partir à temps 

  • Il n’est pas nécessaire d’attendre la dernière minute pour te mettre en sécurité (avec tes enfants). Lorsque les signes reconnus en paragraphe (1) apparaissent, il peut être tout à fait pertinent et censé de prendre de la distance.
  • Réfléchis à l’avance aux prétextes susceptibles de fonctionner dans ton contexte : sortir la poubelle ou le chien, aller au magasin, etc.
  • Réfléchis aussi à des prétextes plausibles valables à différentes heures de la journée ou la nuit.

3.2- Ta voiture

  •  Prends l’habitude de toujours garer votre voiture en marche arrière pour pouvoir partir rapidement.
  • Garde toujours le réservoir au moins à moitié plein.
  • Décide à l’avance où tu iras, si tu dois partir.
  • Si tu ne sais pas où te rendre, dirige-toi vers un commissariat ou la gendarmerie, de manière à être en sécurité. (Même si tu n’as pas l’intention de rentrer à l’intérieur). Cela implique que tu recherche où il se trouve et comment y aller.
  • Garde des écouteurs pour ton portable dans ta voiture pour pouvoir conduire et appeler, si nécessaire.

 

3.3- Taxi et bus 

  • Repére la borne de taxi et les arrêts de bus près de chez toi.
  • Étudie les horaires et notamment à partir de quelle heure il n’y a plus de service.

 

3.4- Éviter les lieux isolés

  • Repére les endroits proches de chez toi où il y a du passage le soir ou la nuit : près d’un bar, dans un endroit où les gens promènent leur chien, etc. Ce n’est peut-être pas du meilleur effet que des passants assistent à une scène, mais leur présence peut servir de garde-fou.

 

4. Expliquer la situation à ses enfants 

 

4.1- Trouve un moment calme pour expliquer la situation à tes enfants, et les enjeux 

  • Les crises sont très difficiles pour les enfants, qui sont pris dans un conflit de loyauté. Et même si tu pense qu’ils n’ont rien vu, ils savent, et ils s’inquiètent. Même s’ils voient que c’est leur père qui est violent, cette personne reste leur unique père. Quitter le domicile est une situation dramatique pour eux, mais souvent préférable.
  • Ainsi il vaut mieux leur expliquer à l’avance les enjeux, et ceci quel que soit leur âge :

« Quand nous devons partir, nous devons le faire immédiatement pour nous protéger,
mais tu reverras ton papa quand la situation sera calmée 
»
ou si l’on est forcée à partir sans eux leur dire clairement « que l’on ça revenir pour les chercher dès que possible. »

4.2- Explique que la violence n’est jamais justifiée 

  • Il est très important de parler le plus ouvertement de la violence et d’expliquer que ces comportements sont inadmissibles. Condamne les actes et pas les gens.
  • Même quand c’est quelqu’un qu’ils aiment qui commet la violence, et que ce n’est jamais leur faute ni leur responsabilité.
  • Sois ferme et dis-leur que quand quelqu’un est violent, la priorité est de se mettre en sécurité.

 

4.3- Donne-leur un plan pour aller chercher de l’aide

  • Explique aux enfants, en fonction de leur âge, comment demander de l’aide et interdis-leur d’intervenir entre vous.
  • S’ils ont l’âge de fonctionner de manière autonome, crée un code et une procédure pour qu’ils se mettent à l’abri dans votre logement ou quittent le domicile (par exemple pour se réfugier chez un voisin qui appellera de l’aide).

4.4- Apprends aux enfants à appeler le 112 

  • Dis-leur dans quelles circonstances ils doivent appeler de l’aide et/ou téléphoner au 112 et ce qu’il faut dire : adresse, description de la situation, nom et âge et qu’un adulte leur expliquera ce qu’ils doivent faire.
  • Faites une ou des simulations.
    (Les numéros pour d’autres pays que la France se trouvent ici.)

 

5. Codes d’urgence

 

5.1- Un code pour les enfants

  • Invente un « code d’urgence » à partager avec vos enfants. Cela peut être un mot ou une phrase, ou bien un signe, qui permet de communiquer avec ses enfants pour leur faire comprendre un départ imminent, et/ou pour appeler de l’aide.
  • Pense à l’exemple de la 2e guerre mondiale : « Les carottes sont cuites ».
  • Choisiss avec les enfants une phrase qui dénote de leur quotidien tout en étant compréhensible : « Vous vous rappelez ce que fait Pokemon quand il pleut ? ».
  • Adapte le code à l’âge des enfants, mais une fois établi, ne change plus la phrase ou le mot.

 

5.2- Un code pour les proches 

  • Convient d’un code que tu peux envoyer à des proches pour leur demander du secours ou pour qu’eux appellent la police.
  • Entends-toi avec cette personne à l’avance sur la démarche à mettre en action à réception de ton message. Ce code peut être un mot ou une suite de chiffre, par exemple, 456 (qui sont consécutifs sur le cadran).

 

6. Sécuriser ton domicile.

 

6.1- La pièce la plus sûre

  • Réfléchis quelle est la pièce la plus sûre chez toi.
  • Évite les pièces contenant des objets pouvant être utilisés comme arme (typiquement, la cuisine, mais aussi le garage ou la cave) et évite aussi les pièces n’ayant qu’une issue (les toilettes ou une salle de bain aveugle, la cave…) (Je sais… dans un logement standard, il ne reste plus beaucoup de possibilités !)
  • Cependant, il est important de réfléchir à ta pièce de repli, afin de partir dans cette direction en cas de panique.
  • En te préparant bien, tu peux éventuellement y avoir caché un portable bon marché avec carte prépayée, par exemple.

 

6.2- Réorganise tes affaires 

  • Modifie certains rangements et complique l’accès aux objets dangereux.
  • Placeles couteaux de cuisine en fond de tiroir, emballez-le dans un torchon plutôt que de les laisser sur un présentoir sur le plan de travail.
  • Cale le tisonnier sous les bûches,
  • “oublie” un fauteuil ou l’aspirateur devant l’armoire où sont les armes à feu (vérifie qu’elle est verrouillée), etc.
  • N’hésite à passer en revue votre domicile avec l’œil du « pire scénario possible », en te demandant qu’elles seraient tes armes si tu devais te défendre contre un intrus. Cela ne te servira peut-être à rien, mais cela peut aussi te sauver la vie (ou t’épargner des blessures).

6.3- En cas de conflit 

  • Dirige-toi immédiatement vers la pièce de repli.
  • Par exemple, déplace-toi le plus tranquillement possible vers la pièce de sécurité ou vers ton issue de sortie. De la cuisine au salon, même si vous dois interrompre ce que tu fais, par exemple, de préparer le dîner des enfants.

6.4- Ton animal 

  • Si tu avez un animal domestique, réfléchis à l’avance à un plan de sécurité pour cet animal, afin de ne pas vous laisser retenir par le fait que tu ne veux pas l’abandonner derrière toi.
  • Trouve un voisin ou un proche qui peut le garder ou contacte un refuge où tu pourras le laisser temporairement.

 

7. Utiliser ses contacts.

 

7.1- Tes proches

  • Préviens les proches en lesquels tu as confiance (famille ou amis, éventuellement voisins).
  • Il n’est pas nécessaire de leur confier toute ton histoire, juste de demander un service éventuel.
  • Évalue quelle personne peut vous rendre quel type de service.
  • L’aide sera plus facilement mise en place si tu les as informés à l’avance que tu « risques de faire appel à eux », mais même sans cela, il est utile d’identifier à l’avance quelle est la personne qui pourrait t’héberger, votes véhiculer, garder tes enfants, te prêter de l’argent, te prêter une épaule pour pleurer…

 

7.2- Tes voisins

  • Tu peux aussi demander à vos voisins d’appeler la police en cas de vacarme… C’est difficile à franchir, comme étape.
  • Ne t’inquète pas, ils sont déjà au courant s’il y a déjà eu des cris et ils se morfondent de l’autre côté de la paroi sans savoir ce qu’ils devraient faire.

 

8. Garder les idées claires.

  •  Évite la consommation d’alcool ou de drogues qui affectent ton jugement et peuvent empêcher d’évaluer une situation correctement,
  • Elle constitue un risque supplémentaire en cas de conflit ou de fuite.

 

9. Si tu ne peux pas éviter les coups

9.1- Fais-toi minuscule

  • Essaie de te faire la cible la plus petite possible :
  • Jette-toi dans un coin de la pièce, roule-toi en boule en enveloppant ta tête avec tes bras des deux côtés et tes doigts croisés.
  • Appele les urgences dès que tu as accès à un téléphone, un portable de secours ou un autre moyen (appelle les voisins…)

 

9.2- Fais-toi soigner

  • Rends-toi le plus rapidement possible chez un médecin ou une unité médico-judiciaire pour
    (1) obtenir des soins si tu en as besoin et
    (2) faire constater les coups et blessures.

 

10. Si ton plan de sécurité (ou une partie) est découvert :

 

La possibilité que ton plan soit découvert par hasard, ou parce qu’un enfant commet une indiscrétion, n’est pas une raison pour ne pas faire de plan. Ce risque existe, certes, donc autant le prendre en compte d’emblée. Réfléchis aux explications que tu donneras, ce qui t’évitera de tomber dans la justification. Reconstruis un autre plan.

 

 

II. Conseils de sécurité dans le cas particulier
où tu es enceinte

 

  • Les risques de violence sont augmentés dans cette période (lire mon article sur la période de la grossesse).
  • Essaye d’utiliser les rendez-vous de suivi pour demander de l’aide.
  • Si ton conjoint t’accompagne systématiquement, envisage la possibilité de faire passer un message écrit à un soignant pour que celui-ci impose un examen en privé qui te donnera la possibilité de confier ta situation et d’obtenir de l’aide.

Cette liste est constituée sur la base de celles proposées par l’association des refuges de Finlande ( en finnois) et la ligne nationale Hotline (en anglais).

 

III. Fais ton plan

 

Maintenant que tu as parcouru cette liste des 30 conseils pratiques et concrets, je t’invite à te munir d’un papier et d’un crayon et à reprendre chaque point, un par un,
en te posant la question de savoir ce qu’il représente concrètement pour toi, dans ton contexte
La solution qui marche pour l’une ne fonctionne pas forcément pour une autre,
et mes exemples sont des illustrations non exhaustives. 
Si tu as la chance d’avoir une personne de confiance avec laquelle tu peux faire le tour des questions, n’hésite pas, car deux cerveaux produisent toujours davantage d’idées qu’un !
Si tu es seule, isolée ou que personne n’est au courant de ta situation, ne te décourage pas, bien au contraire : tu es en train de prendre des actions concrètes pour ta protection et la reprise en main de ta destinéeChaque action que tu mets en place est un petit pas que tu prends vers ta liberté.
Félicite-toi 🙂

 

Si tu as trouvé cette liste de conseils de sécurité utile, n’hésite pas à le dire dans les commentaires ci-dessous. Si tu as des astuces ou conseils à ajouter, de même : je me ferai un plaisir de l’actualiser.

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Attribution des photos : Felix Russell-Saw

Publié le 18 décembre

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Virginie Loÿ
Je m'appelle Virginie Loÿ . Dans ce blog, je souhaite partager avec vous des informations et des conseils pour se libérer des liens d'une relation abusive ou violente.

2 thoughts on “30 conseils de sécurité pour les victimes de violence conjugale”

  1. Excellents conseils qui, pour qui ne connaît pas, peuvent sembler issus d’un scénario de série B et pourtant …. collier, écharpe, portes, fenêtres, escaliers …. certains meubles, rebords de cheminée …. la façon de garer son véhicule, le nez vers la sortie, le sens de la rue …. Ainsi que toutes les autres précautions, en amont. En “aval”, au cas où je me retrouverais à l’hôpital, morte ou vive , victime d’une “mauvaise chute” bien sûr, j’avais pris l’habitude de glisser dans ma chaussette ou ma chaussure un petit bout de papier bien plié indiquant qu’en cas d'”accident” domestique il serait judicieux de diligenter une enquête …

  2. Merci pour ton commentaire Anne.

    C’est souvent ce genre de détails qui fait prendre conscience que “ce n’est pas normal”, mais c’est quand même ce que l’on fait, car on tient à la vie. Malgré tout.

    Et heureusement, nous sommes là pour témoigner, partager et conseiller d’autres, qui je l’espère sauront aussi retrouver leur liberté.

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